Faustérité

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Un mot-valise réunissant fausseté et austérité, la «faustérité» se trouve au coeur d’un débat en trompe-l’oeil. Selon le dictionnaire Larousse, le mot austérité vient du latin austeritas (âpreté) et a pour synonyme rigorisme. Où les syndicalistes ont-ils pu voir ne serait-ce qu’une once de rigueur chez un ministre des finances qui n’a que le mot relance à la bouche ? Relancer les dépenses, ce n’est pas une politique austère ! Il n’existe pas d’austérité sous un gouvernement populiste : il y a le problème de l’État obèse, bureaucratisé, réglementé. 

Oh oui, une circulaire des Finances appelle à tous les ministères de «focus on reducing recurrent expenditure by 25%». C’est là jeter de la poudre de perlimpinpin aux yeux de Moody’s, tant un tel objectif est impossible à réaliser. Pour l’atteindre, il faudra sabrer les dépenses courantes par environ Rs 33 milliards, et ce, en coupant dans les deux plus gros postes que sont les rémunérations des fonctionnaires et les bénéfices sociaux. 

L’année dernière, la proposition du grand argentier d’une coupe de 10 % est restée lettre morte. Le budget projetait des dépenses courantes 2020-2021 de 6 % inférieures à celles de 2019-2020 (mais de 17% supérieures à celles de 2018-2019). Or leur évolution demeure à la hausse dans la présente année fiscale : elles s’élevaient à Rs 105,2 milliards pour la période juillet 2020-février 2021, contre Rs 82,7 milliards pour juillet 2019-février 2020 (+27 %). 

Une cure d’austérité est inimaginable aujourd’hui quand l’État d’avant-Covid n’a pas connu de baisse nominale de dépenses courantes, véritable Arlésienne. Même ramenées au PIB, elles se sont accrues continuellement sur une base calendaire, de 21,1 % en 2014 à 24,1 % en 2019. Si austérité il y a eu, elle est fiscale : les impôts ont augmenté par rapport au PIB, de 18,3 % à 19,9 % au cours de cette période. 

C’est justement cette approche que prônent les économistes keynésiens, et qu’a suivie le premier budget de Padayachy : plus de dépenses, plus d’impôts et plus de dettes. L’austérité pour eux, c’est que les dépenses publiques ne sont jamais assez, d’où une insuffisance de la demande qui conduit au chômage. Lequel fait tomber encore plus la demande et, par conséquent, les recettes fiscales. Pour limiter une hausse du déficit budgétaire, le gouvernement diminue les dépenses, ce qui abaisse davantage la demande et entraîne l’économie dans un cercle vicieux. Il faudrait donc plutôt stimuler les dépenses. 

Or la relance keynésienne ne peut réussir que dans une économie fermée et si le gouvernement utilise ses ressources judicieusement. Mais le rapport de l’Audit parle de lui-même, et les dérapages des finances publiques sont une indication que le multiplicateur de dépense publique ne fonctionne pas. Lorsque la dette gouvernementale croît bien plus vite que le PIB, comme vient de le souligner Moody’s, c’est que l’État ne dépense pas à bon escient. 

Alors, pour rembourser ses dettes, le gouvernement s’alignera sur le Fonds monétaire international pour qui l’austérité, c’est moins de dépenses et plus d’impôts (point commun avec les keynésiens). C’est sans doute cette philosophie qu’épousera le deuxième budget de Padayachy. Mais le problème avec une hausse des taux d’imposition, c’est que les entreprises (et les particuliers) investissent (et consomment) moins, avec pour résultats moins de bénéfices et moins de recettes fiscales, ce qu’explique bien la courbe de Laffer. Et puis, une telle politique réduit certainement le déficit budgétaire, mais pas nécessairement la taille du secteur public. 

Diminuer celle-ci constitue la vraie austérité, à savoir moins de dépenses et moins d’impôts à la fois. C’est ce que ferait le troisième budget de Padayachy dès lors que l’heure de vérité aura sonné pour le gouvernement, confronté à la dure réalité économique. Un rétrécissement du périmètre de l’État signifie gel des emplois publics, baisse des traitements des fonctionnaires, fermetures d’entités para-étatiques, comme actuellement aux Seychelles. 

L’austérité réelle, avec l’allègement fiscal, libère des ressources pour le secteur privé et stimule ainsi l’activité économique. Le meilleur plan d’austérité, c’est la privatisation, et puisqu’il n’y en a pas eu depuis belle lurette, elle devrait revenir sur le tapis. La vente des participations de l’État dans les entreprises publiques ou de son patrimoine immobilier (terres, bâtiments) aidera à renflouer le Trésor public sans s’attaquer aux poches des contribuables. 

L’austérité ne marchera pas toute seule. Elle doit aller de pair avec des réformes structurelles, la dérégulation et une amélioration du climat d’investissement, autant de conditions qui favorisent l’expansion du secteur privé. L’austérité est pour l’État, pas pour les entreprises et les ménages. 

En vrac, l’austérité signifie que l’État vit selon ses moyens. Que Renganaden Padayachy ne refasse pas, avec l’argent facile, le coup de «l’équilibre budgétaire», incarnation d’une fausse austérité.

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