Des promesses qui… s’évaporent

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Quand un enfant naît, il a le poing fermé. Quand il mourra des années plus tard, on dira qu’il a démontré le succès de son existence sur terre… en ayant la main ouverte !

Il y a un peu plus d’une semaine, le leader de l’opposition, en écho à un éditorialiste ou pas, avait eu le geste méritoire de tendre la main au gouvernement, proposant, par ces temps de crise, une collaboration, un partage de réflexion afin de maximiser nos chances de réussite face au Covid et à ses séquelles économiques. Cette main paraissait propre et était grande ouverte. Le leader de l’opposition allait même trouver, pendant quelque temps, un changement d’attitude matériel chez le speaker. C’est dire le risque pris. Mais à voir la foirade totale du Parlement ce mardi, il est sans doute juste d’écrire que la main ouverte a rencontré un poing fermé ! En fait, un véritable coup de poing !

Sous prétexte qu’il n’était pas content de la question du parlementaire Assirvaden, le speaker (dont le ruling était étrangement silencieux sur mon écran) ne sut rationnellement expliquer pourquoi ladite question n’était pas recevable et finissait par sa botte favorite, ‘ordering out’ le sieur Assirvaden, parce que celui-ci exigeait vigoureusement une réponse ! Devant les protestations de Bérenger, de Boolell et de Bhagwan, ces trois-là furent virés aussi ! Presque immédiatement, le PM, tout affûté, très motivé, lançait l’uppercut en faisant voter des motions exigeant de plates excuses (pour quoi exactement ?); faute de quoi ils seraient expulsés pour toute la session présente. La politique de la main tendue s’arrêtait, assommée, stupéfaite. On ne pouvait même pas parler de la main tendue, ayant désormais un poignet sectionné ; mais carrément d’une promesse rapidement devenue… manchote. Des deux bras !

Le gouvernement ne veut pas de dialogue, ni de collaboration, ni d’intelligence collective face aux urgences nationales ! Soit ! Il est aux commandes et n’entend aucunement perdre de sa superbe, voire perdre la face devant ce qui n’est qu’une proposition de réflexion commune ? On l’aura bien compris : l’intelligence ne sera pas, pour l’heure, collective dans ce pays. Elle sera, nous le rappelle-t-on, exclusivement logée là où réside le pouvoir du jour. La promesse de la main tendue est irrecevable dans ce pays où pourrissent alors les cervelles mises à l’écart et où l’on déprave régulièrement les principes. Quelle aberration et quel gâchis ! D’autant que cela ne va pas faire du bien au contrat confiance dont a besoin tout peuple pour croire et suivre son gouvernement dans les moments risqués et de plus en plus dangereux.

Autre attente évaporée, celle du déconfinement partiel suggéré par le constat tardif, le 23 mars dernier, qu’il nous faudra bien, au final, «vivre avec le virus». En fait quand le PM annonçait le confinement actuel du 10 au 25 mars, il ne manquait pas de nous rappeler que Maurice avait un des protocoles sanitaires anti-Covid parmi «les plus sévères au monde». Dans sa dernière allocution annonçant l’extension du confinement du 25 au 31 mars, le PM remerciait son gouvernement et son peuple pour leur «sens de responsabilité» exemplaire pour contrôler le Covid. Pas avare pour un sou quand il s’agissait de mettre en valeur ses succès, il soulignait ce jour-là, l’efficacité de la nouvelle stratégie de confinement localisé, baptisée ‘zone rouge’, qui permettrait ainsi «d’assouplir les restrictions ailleurs» et de permettre à encore plus de secteurs économiques d’opérer. Il ajoutait même que c’était le moment de mettre nos différences de côté et de ‘marié piké’ en vrais patriotes, comme «enn sel lepep»…

Mais peut-on vraiment ‘marié piké’ avec le poing fermé ? Et peut-on croire le gouvernement sincère quand il expulse à tour de bras et utilise l’ICAC comme bouclier face à l’Auditeur Général? Il faudra nous expliquer…

Par ailleurs, croit-on vraiment que nous maîtrisons la situation quand les cas de Covid éclaboussent le paysage mauricien un peu partout, qu’ils s’invitent même dans les hôpitaux et chez le personnel soignant et que la courbe de nouveaux cas ne se tasse pas ? On est mieux outillé qu’en 2020, pour sûr, mais à un prix; on teste plus, c’est vrai, mais est-on plus discipliné, mieux contrôlé ? Pas si on en croit les amendes, multipliées par DIX cette semaine !

Et pouvons-nous vraiment évoquer un second souffle à l’économie nationale quand les nouveaux secteurs qui rouvrent comprennent des ‘piliers’ comme les salons de coiffure, les employés de maison et les opticiens-lunetiers ?

La main fermée et l’inconfiance qui résultent de ces promesses qui se dissipent a des conséquences que nous allons sans doute constater dans les jours à venir. Chacun assumera ses responsabilités!

Autre promesse qui s’effiloche, celle du maximum de transparence. Un phénomène qui m’inquiète particulièrement c’est comment tous les soirs les représentants officiels de l’État, ministre de la Santé en tête, annoncent invariablement qu’il n’y a pas de nouveaux cas après plusieurs centaines de tests et que, le lendemain matin, on nous annonce, alors sans parrains, quelques dizaines de cas de plus. Vendredi soir, le ministre annonçait, c’est vrai, 24 cas, dont 23 cas déjà ‘cadenassés’ puisque émanant de personnes déjà en quarantaine. Ça, c’était plutôt une bonne nouvelle à annoncer. En parallèle de sortir quelques villages non atteints des circonscriptions 15, 16, 17; on décrétait, par contre, six villages du sud ‘zones rouges’ et la mappe alors brandie par Jagutpal suggérait un pays passablement atteint par… la variole ! Le filtrage serré des questions de journalistes n’aide pas non plus. Le ministre qui n’a certes pas la tâche facile et qui paraît pourtant sincère, sombre alors, avec la politique du poing fermé et de la parole filtrée. D’ailleurs, pour un pays avec un des protocoles sanitaires les plus sévères du monde, dont le peuple et le gouvernement étaient chaleureusement félicités par le PM il n’y a pas 10 jours, les zones rouges qui se multiplient et qui illustrent les cas qui se propagent, ça fait au moins un peu désordonné. Ça engendre la confiance tout ça ?

Je souhaite beaucoup de chance à mon pays. Car les hommes qui le dirigent, s’ils évoquent le ‘marié piké’ continuellement, ne semblent pas capables de le pratiquer dans les faits, sauf, exclusivement, à leurs conditions. En langage de guerre, les troupes nationales perdent alors confiance et se démobilisent... Or, les ennemis ne sont plus une vague menace à l’horizon. Ils sont là, aux portes. Ils ont le bras tendu aussi. Le doigt sur la gâchette.

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