Affronter la complexité

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Albert Einstein aurait dit que “the definition of insanity is doing the same thing over and over and expecting different results”. D’aucuns se sont appuyés sur «l’expérience» du premier confinement pour relativiser la décision du 10 mars de confiner à nouveau la population. Comme si le facteur expérience pouvait immuniser l’économie contre les répercussions du second confinement ! Le déconfinement étant bienvenu, suffit-il de reproduire les politiques économiques du premier confinement dont personne ne peut affirmer qu’elles ont marché ? Faire la même chose encore et attendre des résultats différents relève de la folie de ceux qui traitent la pandémie de Covid-19 comme un phénomène simple quand la réalité est plutôt complexe.

Un phénomène complexe, c’est un système dans lequel ses éléments n’interagissent pas de façon linéaire, et où le nombre d’éléments et les interactions sont trop vastes pour être compris par un observateur. Tout ce qu’un scientifique peut faire, c’est de saisir les principes généraux qui permettent un ordre de se former entre les divers éléments du système, et non de prédire la forme précise que prendra cet ordre. Une pandémie est un phénomène complexe qui interagit avec des processus socio-économiques tout aussi complexes.

Selon Friedrich Hayek, un des rares économistes à penser la complexité, un système complexe ne saurait faire l’objet d’un contrôle par une intelligence directive parce qu’il y a un immense problème de connaissance. La complexité des interactions entre le coronavirus et les processus socio-économiques fait que les décideurs politiques manquent de connaissance pour identifier les solutions qui répondent efficacement aux problèmes de l’épidémie à un coût supportable.

Une politique intelligente consiste alors à trouver des règles et des mécanismes qui aident les gens à s’adapter rapidement aux circonstances changeantes de la vie. Avec les droits de propriété, la liberté contractuelle et la concurrence comme règles, et avec les signaux des prix du marché et le compte de profits et pertes comme mécanismes de rétroaction, l’économie de marché est un système adaptatif complexe qui facilite l’apprentissage, l’expérimentation, l’ajustement et la communication des connaissances mieux que l’administration centralisée.

Cela n’exclut pas que le gouvernement puisse avoir un rôle important dans des situations d’urgence comme une catastrophe sanitaire où des coûts de transaction excessifs ne suscitent pas une réponse effective des agents privés. Cependant, l’action gouvernementale doit être évaluée selon une juste appréciation des facteurs de complexité en jeu.

Le premier facteur concerne l’épidémiologie du virus qui est lui-même un phénomène complexe. Si l’on peut établir les principes par lesquels le virus se propage, la transmission dans la population dépend de variables spécifiques peu discernables. N’est-il pas plus contagieux dans un endroit clos qu’à l’extérieur ?

Une deuxième couche de complexité, c’est l’ignorance de la réaction du virus aux actions des pouvoirs publics. On ne sait pas si le premier confinement a contribué à la deuxième vague de propagation. Car s’il a limité la première vague, il a aussi empêché l’immunité collective.

Un troisième niveau de complexité, c’est les incertitudes autour des attitudes et des croyances individuelles devant l’évolution de la pandémie. Dans la macroéconomie de Robert Lucas, les changements de politique peuvent modifier les comportements des agents sur lesquels la politique est censée agir : si le gouvernement cherche à accroître l’inflation pour réduire le chômage, les anticipations inflationnistes des employeurs peuvent changer, les amenant à diminuer l’emploi. Dans un contexte épidémique, quand la vaccination sera près d’atteindre l’immunité collective, les gens commenceront à baisser la garde avec le risque d’aggraver la situation. Déjà le slogan «Seule solution, la vaccination» du Premier ministre adjoint est inapproprié, car ce n’est qu’une solution parmi d’autres (port du masque, distanciation sociale, hygiène des mains).

Le confinement a sauvé des vies, mais à un coût économique (contraction du PIB et chômage) et une perte de bien-être social (absence de liberté et souffrance psychique) très élevés. De plus, on ne connaît pas le nombre de morts dus à des conditions non diagnostiquées en raison du confinement. Et si la nouvelle manière de faire des affaires – télétravail, livraison en ligne – reste après la pandémie, elle implique une restructuration économique et des réaffectations du travail et du capital génératrices de pression sociale et de grogne syndicale.

Le gouvernement croit trouver l’eurêka avec ses plans d’aide de plusieurs milliards de roupies, rendus nécessaires par le confinement. Mais, financés par plus d’impôts, d’endettement et de création monétaire, ils causeront des dégâts durables à l’économie s’ils sont maintenus longtemps. Un défi qu’il faudra affronter dans toute sa complexité.

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