Salaires et profits

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Le profit n’a pas bonne presse à Maurice. La baisse des bénéfices causée par le Covid-19 n’est pas une situation réjouissante pour les actionnaires et pour les salariés, sauf pour nos marxistes impénitents qui considèrent le profit comme illégitime en soi. Préfère-t-on des entreprises en déficit, qui survivent aux crochets de la population à grands coups de subventions de l’État ? Évidemment, on déteste les pertes, mais on trouve indécent que les salaires n’augmentent pas avec les profits en ce temps où l’économie bat de l’aile.

Évitons deux raisonnements fallacieux, celui d’une vision purement statique de l’entreprise et celui de lier arithmétiquement salaires et profits. Dans le premier cas, l’entreprise serait un gâteau à partager, une hausse des profits impliquant une réduction des salaires. En fait, quand le gâteau grossit, l’entreprise peut distribuer plus aux salariés et aux actionnaires à la fois.

Dans le second cas, on confond salaires et profits dans leur nature et dans leurs effets. Or le salaire est un revenu contractuel et fixé à l’avance selon un contrat de prestation de service passé entre employeur et employé : si l’entreprise subit des pertes, elle doit respecter le contrat qui la lie aux salariés. En revanche, le profit est un revenu résiduel et aléatoire qui récompense l’entrepreneur pour sa création, sa qualité de gestion et sa capacité à découvrir des opportunités.

Le salaire rémunère un service, celui du travailleur, dont la valeur n’est appréciée que par le client, pas par le patron. Le profit est d’une part un signal, qui révèle un marché porteur, et d’autre part une incitation, celle à investir, à innover et à embaucher.

Des profits obtenus à partir de choix libres sur un marché concurrentiel sont justifiés sur le plan moral. C’est lorsque l’État accorde des privilèges et des monopoles artificiels à l’entreprise que le profit devient immoral : ce n’est alors pas un profit, mais une rente.

À rebours du discours ambiant, les revenus des employés ont globalement progressé plus vite que ceux des employeurs au cours des deux dernières décennies. La valeur ajoutée, soit la différence entre le prix de vente du produit et les consommations intermédiaires, est partagée entre les salariés (Compensation of Employees), l’employeur (l’excédent brut d’exploitation) et le gouvernement (impôts nets de subventions). D’après la comptabilité nationale, la part de la rémunération des employés dans le PIB (la somme des valeurs ajoutées) a grimpé à 39,0 % en 2020, le taux le plus élevé depuis 1998, après être tombé au plus bas en 2007 (33,9 %).

Inversement, l’excédent brut d’exploitation (Gross Operating Surplus) a diminué à 48,9 % du PIB en 2020, se retrouvant au même niveau qu’en 1999. Il était au plus haut à 54,1 % en 2007 et 2008. Sans aller jusqu’à parler de «baisse tendancielle du taux de profit», chère à Marx, on note une tendance baissière des résultats juste avant la pandémie : selon The Top 100 Companies, les bénéfices consolidés des cent premières sociétés ont reculé d’environ 10 % entre 2018 et 2019.

En s’appropriant la moitié de la valeur ajoutée, les entreprises mauriciennes sont tout de même mieux loties que les firmes françaises qui n’en jouissent qu’un tiers. Il est vrai que les premières sont plus endettées que les secondes, les intérêts des emprunts qu’elles doivent obligatoirement payer étant comptabilisés dans l’excédent brut d’exploitation. Mais qu’en est-il du reste ?

Le surplus restant sert à l’autofinancement et au paiement de dividendes. Privilégier le premier plutôt que le second, c’est assurer la pérennité de l’entreprise suivant la formule du chancelier social-démocrate Helmut Schmidt que «les profits d’aujourd’hui font les investissements de demain, et les investissements de demain font les emplois d’après-demain».

Or il semble que le profit ne soit pas la principale source du financement des investissements productifs des firmes mauriciennes : dans la période de 2009 à 2015, l’investissement privé a connu une seule année de croissance positive (2011). Il a repris de fort belle manière de 2016 à 2019, mais grâce au financement externe avec la chute du taux d’intérêt. En 2020, année du Covid, il a dévissé (-24,2 %).

Le moment est mal choisi pour les grands groupes de distribuer de gros dividendes, surtout si leurs filiales bénéficient de l’argent public de la Mauritius Investment Corporation. On peut comprendre que l’investissement privé ne croît pas quand les profits demeurent insuffisants, mais pas lorsqu’ils sont suffisants pour rémunérer les actionnaires.

Pour relancer l’économie, la majorité des profits doit rester dans l’entreprise afin que celle-ci autofinance les investissements dont elle a besoin. Encore faut-il que les entreprises génèrent des bénéfices. Cela passe par une meilleure maîtrise des coûts, mais les coûts des entreprises, avec l’inflation et la Contribution sociale généralisée, deviennent prohibitifs. Les salariés n’en profiteront pas.

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