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Des élections nationales ont eu lieu au Myanmar le 8 novembre 2020. La Commission électorale avait accrédité 7 232 observateurs pour s’assurer de l’intégrité de ces élections au niveau national et 985 observateurs additionnels à la demande de 23 groupes régionaux. En plus, il y avait 296 observateurs étrangers venant du Carter Institute, de l’Union européenne, de diverses représentations diplomatiques, du gouvernement du Japon, et de l’Asian Network for Free Elections (ANFREL). À quelques anomalies près, les élections furent jugées crédibles par tous.

Si Human Rights Watch avait, en amont de ces élections, critiqué le gouvernement au pouvoir pour l’usage abusif de la radiotélévision nationale et pour trop de censure intempestive des adversaires (tiens !), ce groupe s’insurgeait aussi, bien évidemment, contre les 25 % de sièges réservés aux militaires (ce qui empêche tout changement constitutionnel qui ne leur plaît pas) et contre le fait que de nombreux résidents sans citoyenneté ; Rohingyas, Indo-Birmans, Sino-Birmans en tête, ne pouvaient pas voter.

Dans ce système électoral First past the Post, le parti NLD d’Aung San Suu Kyi raflait, comme logiquement attendu, 82 % des sièges non réservés à l’armée, au Parlement national et 78 % des sièges du même type à la chambre des représentants.

TROIS MOIS plus tard, soit le 1er février, la junte militaire arrête tous les dirigeants du NLD et s’installe au pouvoir, au motif que les élections ont été… frauduleuses ! La première charge formelle initiale contre Aung San Suu Kyi est qu’elle opérait des walkies-talkies illégalement… La deuxième, introduite il y a quatre jours, évoque cette fois son prétendu non-respect des protocoles contre le coronavirus… Le voisin, la Chine, égale à elle-même et par la voie de ses medias nationalisés, présentait ce coup militaire comme un «remaniement ministériel majeur» !

Le ridicule ne tue pas, mais les militaires si !

Les libéraux et les démocrates de ce monde ont été très durs vis-à-vis de Suu Kyi quand elle ne faisait pas ce que l’on attendait d’elle pour les Rohingyas. Mais quand on voit le cynisme et la mauvaise foi dont est capable ce pouvoir militaire, j’aimerais seulement dire que je n’aurais pas aimé être celle (ou celui) qui, dans ce système démocratique aussi batard que factice, serait dépositaire de l’espoir de tout le monde (c.-à-d., de tous les autres «braves» qui ne se retrouvent pas dans les tranchées et qui ne risquent donc rien, sauf la crédibilité éventuelle de leurs palabres !) pour faire entendre raison aux baïonnettes !

La triste leçon pour nous, démocrates engagés, c’est qu’il est crucial pour l’opinion publique de réagir tôt à chaque fois que le pouvoir montre son appétit hégémonique, qu’un judiciaire indépendant et digne de respect est crucial pour freiner les appétits trop voraces (l’avocat de Suu Kyi n’a pas encore pu rencontrer sa cliente jusqu’ici et a appris sa première comparution en cour, expost facto) et que les militaires sont particulièrement dangereux quand leurs intérêts extraprofessionnels sont menacés. Une police qui serait à plat ventre devant le pouvoir politique alors qu’elle est constitutionnellement invitée à être indépendante et qu’elle est protégée pour l’être, peut évidemment relever du même effet.

Autre pays, autres images. Au Texas, une vague de froid arctique anormale (jusqu’à -9 degrés centigrade) a bloqué l’énergie électrique d’environ 3 millions de Texans. C’est pourtant l’État qui produit le plus d’énergie fossile aux ÉtatsUnis, ce qui n’a pas empêché le gouverneur républicain, Greg Abbott, de faire de la petite politique en proclamant que c’était les réseaux d’énergie renouvelables intermittents qui s’étaient littéralement frigorifiés et qu’un Green New Deal relevait, en conséquence, de la folie furieuse !

En vérité, la vague de froid a touché toutes les sources d’énergie électrique. Des 46 000 mégawatts qui ne fonctionnaient plus, 18 000 provenaient bien du solaire et de l’éolien mais le reste (61 %) provenait de générateurs à base de gaz, de charbon et de nucléaire.

Mais les deux vraies raisons de la catastrophe qui menait certains à brûler leurs meubles pour se chauffer ou à dormir dans la voiture, seule source de chaleur disponible dans certains cas, sont d’abord le fait que le Texas a toujours été très fier d’être «indépendant» et libéral et d’être donc géré par ses marchés. Son désir d’«indépendance» était en fait un désir musclé de s’affranchir de la réglementation fédérale. Résultat ? Quand son réseau a flanché, il n’a pu être aidé par celui des autres États voisins. Pire ! Avec la demande de mégawatts anormalement élevée, le prix du mégawatt s’envolait de 20$ à 9 000$ menant certains à postuler qu’il y avait peut-être même des générateurs qui avaient été artificiellement fermés pour générer de «super profits» * ! Vers la fin de la semaine, ça allait un peu mieux pour l’électricité, mais 25 % des Texans étaient invités à bouillir leur eau, les réseaux d’eau ayant éclaté en plusieurs endroits sous l’effet de la glace, compromettant de fait l’eau potable des robinets. Des scénarios plus fréquents dans le tiers-monde…

D’autre part, si l’on a tendance à parler du débalancement climatique en termes de degrés de chaleur supplémentaire, de nombreux scientifiques avaient plutôt prévenu contre les dérèglements climatiques dans tous les sens, comme conséquence inévitable du réchauffement. En fait une vague de froid anormale implique presque immanquablement des pointes de chaleur ailleurs. Comme en Somalie ces jours-ci. De la neige à Dallas, des cyclones en Espagne, des vagues de chaleur dans le permafrost de Sibérie ; les extrêmes de climat s’accélèrent partout. Certains avaient d’ailleurs prédit cette catastrophe comme provenant de la rupture du vortex de froid polaire. D’autres prédisaient que c’est la fonte des glaces en Arctique qui allait possiblement causer ce genre de vague de froid ** Doit-on vous faire un portrait de ce qui se passera après la fonte des glaces ? *** Ce qui est certain, c’est que le bilan net est au réchauffement et que ce réchauffement de 1,2 degré centigrade depuis la révolution industrielle est, pour la première fois dans l’histoire de la planète, causé par l’homme et sa technologie à base d’hydrocarbures. Et que si nous ne faisons rien…

La cinglante leçon pour nous est que nous sommes bien trop souvent des apprentis sorciers vivant pour assouvir nos besoins du jour, même si c’est aux dépens de l’avenir de la planète, du pays et de nos enfants. On favorise le plaisir de l’instant, le frisson du gain facile et immédiat, peu importent les conséquences. Les politiciens sont particulièrement à blâmer à cet effet, jouant littéralement avec les équations les plus importantes de notre devenir pour tenter de scorer des points politiques souvent inutiles ou fugaces ou même irresponsables.

Certains parmi eux, il est vrai, sont d’ailleurs capables de bien pire !

*https://timesofindia.indiatimes.com/world/us/ why-the-power-grid-failed-in-texas-and-beyond/ articleshow/81083051.cms **https://www.washingtonpost.com/ world/2021/02/18/texas-cold-global-climate-change/ ***https://www.theguardian.com/us-news/ ng-interactive/2020/oct/13/arctic-ice-meltingclimate-change-global-warming -

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