Revisiter le modèle textile

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Beaucoup ont suggéré de changer de modèle économique dans le monde Covid et post-Covid. L’industrie textile et de l’habillement peut montrer l’exemple. Alors qu’on s’achemine vers la fin des préférences commerciales, ouvrant la voie au libre échange mondial, la compétitivité des coûts n’est pas un atout pour Maurice. La combinaison du bas coût de main-d’oeuvre et de la dépréciation de la roupie n’est plus une option viable.

Singapour vient de dévoiler un plan de 10 ans pour faire croître sa manufacture de 50% d’ici à 2030, son ministre de l’industrie soulignant que « manufacturing is no longer about repetitive tasks done in a structured environment ». Pour être un pays à revenu élevé, Maurice doit lui aussi devenir compétitif par une capacité à innover rapidement et à produire des biens à plus forte valeur, plutôt que par un abaissement des coûts. Pour le secteur textile, il s’agit de se réinventer en s’appropriant de la révolution numérique et du concept de développement durable.

Actuellement, presque la totalité des exportations mauriciennes bénéficient d’avantages préférentiels, c’est-à-dire non-réciproques, notamment des pays de l’Union européenne et des Etats Unis. Or les marchés préférentiels, qui comptent pour 30% du commerce international, le sont de moins en moins au fur et à mesure de nouveaux entrants. Les exportateurs mauriciens ne peuvent pas proposer des prix concurrentiels quand les coûts du travail et du fret augmentent.

Le mantra patronal du surcoût salarial ne fait plus recette. On ne nie pas la contrainte salariale, mais il faut savoir comment optimiser. Dans la manufacture, la pression de moderniser vient justement des hausses salariales. Maurice ne peut pas rivaliser avec les pays à faibles coûts comme le Bangladesh, à moins de monter dans la chaîne de valeur. Dommage que des usines n’investissent pas dans la technologie autant que nécessaire.

La concentration des exportations nationales dans un groupe de produits à bas niveau de compétences (l’habillement) témoigne d’une faible base technologique avec des capacités limitées de moderniser la production pour des exportations de plus grande valeur. Contrairement aux pays asiatiques, Maurice n’a pas une structure d’exportation très différenciée ni un grand éventail de compétences lui permettant de fabriquer des produits de haute technologie. La modernisation technologique est pourtant indispensable pour générer des gains d’efficacité et ainsi soutenir l’exportation des articles d’habillement. Pour cela, il faut investir.

Malheureusement, selon Statistics Mauritius, les investissements annuels dans la manufacture aux prix constants de 2006 ont chuté de 40%, de Rs 5 milliards en 2006 à Rs 3 milliards en 2019. Au cours de cette période, les investissements directs étrangers dans ce secteur ont totalisé Rs 9,9 milliards, soit seulement 4,6% de l’ensemble. La faiblesse des investissements entrants indique une insuffisance de transferts de technologie et de savoir-faire. Ceux-ci sont essentiels pour qu’une petite économie soit compétitive sur les marchés mondiaux tout en se diversifiant dans de nouveaux créneaux, surtout lorsque l’accroissement des coûts sape l’avantage concurrentiel du pays.

Qui dit technologie dit robotisation, et les pertes d’emplois sont inévitables. Si l’utilisation de robots peut réduire le nombre d’employés par cinq, des emplois hauts de gamme sont créés. La valeur provient, non pas d’une main-d’oeuvre bon marché, mais de l’automatisation, de l’innovation, de la conception, de la stratégie de marque et de la qualité des services. Hier à forte intensité de main-d’oeuvre, le textile-habillement est aujourd’hui à base de connaissance, le travail devenant plus intellectuel que manuel. Aux instituts polytechniques de fournir des formations pointues dont a besoin l’industrie, telle l’ingénierie.

Tout aussi incontournable est la dimension environnementale et sociale de l’industrialisation, la production devant s’adapter non seulement au style de vie mais aussi aux idées à la mode, celles de l’écologie et des droits de l’homme. Les Ralph Lauren, Armani et Lacoste ne s’associent pas avec des pays qui tolèrent l’exploitation des travailleurs ou le travail des enfants. C’est une opportunité pour Maurice d’attirer des acheteurs de marque à établir un bureau d’achat ici.

Ayant un accès facile à l’information sur l’internet, le client s’intéresse autant au produit qu’au processus de fabrication. Idéaliste, la génération des réseaux sociaux est influencée par les objectifs du développement durable. L’accent est mis sur une manufacture qui minimise les déchets (coloration au laser sans substances chimiques), qui fait du recyclage (économie circulaire) et qui utilise des chaudières d’énergie propre (certifiées par le label Ecotech).

C’est dire que la numérisation se marie avec une production verte, favorisant la viabilité environnementale de l’industrie. Un modèle de développement qui évite de filer un mauvais coton.

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