Le Graal des échanges

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Voici moins d’un an, les fermetures des frontières provoquées par le Covid-19 donnaient aux protectionnistes de tout poil le faux espoir d’un recul de la liberté des échanges. L’année 2021 semble débuter par une nouvelle ère du libre échange. Avec le départ de Donald Trump de la Maison Blanche, on table sur une politique commerciale moins protectionniste des États-Unis. Avec l’accord entre Londres et Bruxelles sur le Brexit, aucun quota ni aucun droit de douane ne sera instauré dans les échanges commerciaux entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Il faut aussi saluer le traité de libre échange entre l’UE et la Chine, ainsi que celui de 15 pays de l’Asie-Pacifique. 

À juste titre, l’île Maurice ouvre son économie aux vents du commerce mondial, moteur de la croissance économique et de l’industrialisation. Depuis le 1er janvier, trois accords de libre échange, qualifiés d’«historiques», sont entrés en vigueur, le premier avec la Chine, le deuxième avec la Grande-Bretagne, et le troisième étant l’African Continental Free Trade Area dont fait partie Maurice. Ils ont «le potentiel de transformer le paysage économique de Maurice», estime Narainduth Boodhoo du ministère du commerce international. Comme dans le pari de Pascal, le jeu en vaut largement la chandelle… 

Étonnamment, beaucoup d’industriels mauriciens n’ont pas entendu parler de la zone de libre échange continentale en Afrique (Zleca) quoique 27 % des exportations du pays soient destinées au marché africain. À peine 20 % du total des exportations et importations de biens de Maurice se font avec les 55 pays membres de l’Union africaine, qui comptent 1,27 milliard de personnes avec une classe moyenne en croissance. Ce taux devrait être accru par la Zleca dont l’ambition est de faire passer les échanges commerciaux en son sein de 16 % actuellement à 60 % d’ici à 2034. 

La mise en oeuvre de la Zleca est un processus : chaque État membre doit éliminer 90 % des lignes tarifaires sur une durée de cinq ans. La suppression des barrières commerciales constitue le meilleur moyen de favoriser l’intégration continentale des économies africaines par la stimulation du commerce intra-africain. La Zleca contribuera à une harmonisation des législations commerciales et à une coordination des régimes de libéralisation et de facilitation du commerce entre les communautés économiques régionales telles que la SADC. Le continent devient un grand marché qui permettra aux économies individuelles de tirer parti des complémentarités (le textile mauricien a besoin du coton que le pays ne produit pas) et d’exploiter collectivement les terres et les richesses naturelles de l’Afrique. 

Plus un espace économique s’élargit, plus il devient viable. On explore de nouveaux marchés, on construit de nouvelles relations, on tisse des partenariats – autant d’opportunités pour les petites et moyennes entreprises. L’information étant cruciale, une plateforme de technologie numérique sera développée pour connecter les entrepreneurs du continent. 

Sur les marchés de l’Afrique centrale, de l’Ouest et du Nord, les exportations mauriciennes étaient assujetties à des taxes douanières de plus de 25 %, mais la Zleca leur accorde libre accès. Une chaîne d’approvisionnement régionale peut être créée au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et en Mauritanie, des pays producteurs de coton. D’autres sources de matières premières s’offrent donc à Maurice, ce qui devrait catalyser les flux d’investissements entrants et sortants. 

Il n’est cependant pas sûr que les populations visées aient le pouvoir d’achat pour les articles d’habillement haut de gamme fabriqués par Maurice. Ses exportateurs auront à réadapter leur offre à ces marchés et revoir leur gamme de produits. Ils développeront de nouveaux créneaux mais ne feront pas du volume. 

Du reste, les règles d’origine ne sont pas encore définies mais toujours en négociation. Régissant les conditions dans lesquelles un produit peut bénéficier des avantages de la Zleca, elles ne doivent pas être une barrière aux échanges commerciaux. Il ne saurait y avoir une seule règle appliquée à tous les produits. Si la Zleca adopte les règles d’origine de la SADC ou du COMESA, cela conviendra à Maurice. 

Il existe d’autres barrières non tarifaires comme les normes, les réglementations, la corruption, la lourdeur administrative ou les goulets d’étranglement infrastructurels. Des gouvernements jouent de ces freins au développement parce qu’ils subissent des pertes de revenus douaniers et des coûts d’ajustement dus à la délocalisation de la main-d’oeuvre et du capital et aux fermetures d’entreprises locales. À charge pour Maurice de renforcer ses capacités productives dans la manufacture. 

De par ces obstacles non tarifaires, le libre échange n’est pas près d’être gagné en Afrique. Aussi, il convient de libéraliser le commerce des services afin d’accroître le surplus du consommateur (plus de choix à des prix plus bas). Le Graal des échanges est encore loin de la coupe aux lèvres.

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