Au-delà de l’AGOA

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Il est très peu probable, même sous Joe Biden, que l’«Africa Growth and Opportunity Act» (AGOA), qui arrivera à son terme en 2025, soit renouvelée. Les États-Unis étant favorables à des accords commerciaux bilatéraux, Maurice aura à se mettre à la table des négociations dans l’espoir de continuer à exporter des produits affranchis de droits de douane sur ce marché. Si le pays de l’Oncle Sam veut bien l’y inviter en dépit des effets de manche du Premier ministre mauricien à l’endroit des Américains…

Depuis le 1er juillet dernier, Maurice est classé comme pays à haut revenu. Le gouvernement s’en est félicité même si le représentant de la Banque mondiale pour Maurice, Erik von Uexkull, y a mis un bémol en précisant que «it is possible that a strong recession this year due to Covid-19 would cause Mauritius to temporarily return to upper-middle income level next year once the 2020 data is considered».

L’ironie est que cette précision a toute son importance pour Maurice, car les pays à revenu élevé ne sont pas éligibles à un accès en franchise de droits aux États-Unis. Heureusement qu’il existe une transition de deux ans avant qu’un pays devenu inéligible ne soit enlevé de l’AGOA. De toute façon, Maurice basculera l’année prochaine dans la catégorie des pays à revenu intermédiaire. D’ailleurs, l’île en fait toujours partie aux yeux du Fonds monétaire international (FMI) selon ce qu’il a publié dans ses perspectives économiques régionales d’octobre 2020.

Avec un revenu national brut (RNB) par habitant de 12 740 dollars en 2019, Maurice a donc dépassé le seuil de 12 535 dollars établi par la Banque mondiale pour devenir un pays à haut revenu (cela ne fait pas de lui un pays développé). Mais en 2020, on assiste non seulement à une sévère contraction du revenu national (qui retourne au niveau de 2016), mais aussi à une forte dépréciation de la roupie contre le dollar. Par conséquent, le RNB par tête chutera aisément à moins de 10 000 dollars.

En supposant que le taux de change de la roupie demeure plus ou moins stable, il se peut que Maurice, tout en restant un pays en développement, se hisse de nouveau au rang des pays à haut revenu d’ici à 2025. Mais alors, l’AGOA aura expiré. Face à cette quasi-certitude, il faut dès maintenant penser à l’après-AGOA, la fermeture des usines Esquel sonnant le tocsin. Et la meilleure alternative pour Maurice est de créer une «Free Trade Area» (FTA) avec les États Unis.

Ces derniers ont commencé à négocier une zone de libre échange avec le Kenya, et tout laisse croire qu’un accord sera conclu en 2021. Il importe que Maurice fasse le maximum pour se trouver dans le deuxième groupe de pays en négociation avec les Américains sur la base du modèle kenyan de FTA. S’il se laisse doubler par d’autres pays africains, il risque de pas tirer parti des bénéfices de l’Accord de libre échange continental africain (l’épineuse question des règles d’origine sera réglée d’ici là), ce dernier favorisant des accords bilatéraux avec les États-Unis.

Maurice ne doit pas se croire la plus belle fille de l’Afrique. Considérée par le FMI parmi les «pays pauvres en ressources naturelles», elle n’a pas de matières premières à offrir aux Américains, ni des opportunités de privatisation. Même sous les années AGOA, depuis 2000, les investissements directs étrangers venant des ÉtatsUnis ont été relativement faibles. À part l’année 2007 (20,7 %), ils représentaient moins de 2 % du total la plupart du temps, soit quelques centaines de millions de roupies par an, alors que plus de la moitié des investissements étaient de l’Europe.

La libéralisation des échanges commerciaux n’a pas entraîné chez nous une invasion des produits américains, qui comptent toujours pour seulement 2% de nos importations. Une FTA non plus ne mettrait en péril l’industrie locale mais devrait stimuler nos exportations vers le marché américain. Il est incongru que les États-Unis ne participent qu’à 4% de notre commerce extérieur de biens, alors que 62% des transactions sont libellées en dollar américain.

Devant The American Chamber of Commerce – Mauritius (AMCHAM), Rundheersing Bheenick, alors gouverneur de la Banque de Maurice, déclarait que «what is more important for a small open country such as ours is to have a free international trading point as it is just not possible for us to deal on a bilateral basis with each and every market that exists». Interrogé pour savoir si des secteurs autres que le textile peuvent exploiter le potentiel du marché américain, l’actuel président de l’AMCHAM, Ravin Lama, répond que «there is none».

Tel est le revers de la médaille des accords préférentiels comme l’AGOA qui concerne pourtant plus de 6 500 produits. Les marges préférentielles incitent à se concentrer sur quelques créneaux commerciaux plutôt qu’à s’engager dans la diversification et la transformation structurelle de l’économie. Une libéralisation étendue, créant des conditions concurrentielles, vaut mieux qu’un traité limitatif.

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