Corruption du PIB

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Parler de «signes de reprise» au troisième trimestre et en même temps annoncer une contraction de l’économie cette année, c’est assurément contradictoire. La parole publique du ministre des Finances devient ainsi peu crédible, et personne ne croit sérieusement à ses prévisions chiffrées pour 2021 même si elles s’alignent sur celles du Fonds monétaire international. Car aucun modèle économétrique ne peut mettre en équation l’activité humaine par des agrégats et des moyennes. 

Le produit intérieur brut (PIB) n’est qu’une statistique qui est corrompue par la création monétaire. Le PIB est supposé refléter la valeur de ce qu’un pays produit. Comme la production est égale aux dépenses, le PIB est la somme de la consommation et de l’investissement privés, des dépenses publiques nettes des impôts et des exportations nettes des importations. Le PIB est réduit par la valeur d’une voiture importée, mais sa vente est comptabilisée comme consommation, et ce sont les services rendus autour de cette vente qui contribuent au PIB. 

Les activités économiques ont repris après le confinement national, mais pour qu’il y ait reprise de l’économie, il faut un accroissement du volume de production ou de dépenses, c’est-à-dire en termes réels (excluant l’effetprix). Or nombreux sont ceux qui ne produisent, n’investissent, ne consomment ou n’exportent pas plus qu’avant le Covid-19. Les chiffres de Statistics Mauritius pour le deuxième trimestre de 2020 en rythme annuel le confirment : contraction de 32,5 % de la production nationale, recul de 42,2 % de la consommation des ménages, chute de 70,2 % de la formation brute de capital fixe et baisse de 52,4 % de l’exportation de biens et services. 

Seule la consommation publique s’est accrue durant cette période, par 4,3 %. Comme quoi le secteur public ne souffre pas de la crise et ne connaît pas la rigueur ! Néanmoins, la consommation globale a diminué de 34,2 %. On ne comprend donc pas comment les recettes de la TVA aient pu augmenter, sauf qu’elles ont été gonflées par l’impact de la dépréciation de la roupie sur les prix à l’importation. Il est à noter que le total des impôts encaissés par l’Etat s’élève à Rs 11,2 milliards en juillet-août 2020, soit Rs 1,4 milliard de moins qu’en juilletaoût 2019. 

Tout compte fait, le PIB nominal évolue en fonction de la quantité de monnaie dans l’économie. Si les variations du PIB et de la monnaie diffèrent, c’est parce que le PIB ne saisit pas toutes les activités économiques, mais seulement celles considérées officiellement par les statisticiens. Il n’y aurait pas de différence si toutes les transactions étaient prises en compte dans le PIB. 

Le PIB ne mesure pas le progrès économique, mais la somme d’argent utilisée dans les transactions. À mesure que la banque centrale crée de la monnaie et l’injecte dans l’économie, les prix montent. Des prix plus élevés signifient que la valeur monétaire des biens et services qui sont inclus dans le calcul du PIB augmente aussi. 

Ainsi, le PIB reflète largement l’inflation, et non la richesse du pays. Ce qui nous rend riches, ce sont les produits réels (tels que maisons, réfrigérateurs et aliments), la monnaie n’étant qu’un moyen d’échange qui nous montre les prix relatifs de diverses choses. Plus on fabrique des produits, en gardant constante la quantité de monnaie, plus les prix baissent : le PIB nominal ne progresse pas, mais le niveau de vie s’améliore. 

Pour calculer le PIB réel, et donc la croissance économique, la valeur des prix courants est déflatée par un indice de prix, appelé le déflateur du PIB. Le problème est que les prix ne sont que partiellement déflatés parce que l’indice sous-estime sensiblement le taux d’inflation effectif. Le véritable déflateur devrait être la mesure de la monnaie au sens large, et non un quelconque indicateur fabriqué de l’indice des prix à la consommation. 

Le comité de politique monétaire est d’avis que «the annual pace of growth in broad money supply remained solid, recording a double digit figure of 12.3 per cent in July 2020 and indicating the availability of ample liquidity in the banking system». Comme si l’expansion monétaire devait stimuler la croissance économique ! Les injections monétaires ne font que s’ajouter au PIB sans créer de la richesse. Du reste, une hausse de la masse monétaire ne s’applique pas à l’ensemble des composantes du PIB ni uniformément aux secteurs de production. Et au lieu d’être dépensée, elle peut se constituer en épargne. 

Finalement, le PIB aurait dû exclure les dépenses gouvernementales, comme le préconisait Simon Kuznets, prix Nobel d’économie 1971. Parce qu’elles peuvent donner lieu à des biens intermédiaires plutôt qu’à des produits finals. Parce que la plupart des services gouvernementaux ne sont pas déterminés par les prix du marché. Et parce que beaucoup de ces services ont des motivations politiques, et non économiques, et ont donc peu de valeur. 

Enlevez du PIB sa part publique, et il sera moins corrompu par l’argent.

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