Croissance potentielle

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On parle beaucoup de la croissance réelle de l’économie, mais pas assez de sa croissance potentielle. La contraction de cette année ne doit pas faire oublier que l’économie mauricienne est confrontée à un sérieux problème de croissance potentielle. Si celle-ci est faible, même un rebond de la croissance réelle ne résorbera pas le chômage. 

Il revient à James Tobin de définir la production potentielle comme correspondant à la production obtenue en situation de plein-emploi et d’absence d’inflation. Dans son rapport d’avril 2019 sur Maurice, le Fonds monétaire international (FMI) écrit que «the potential output growth rate in Mauritius has dropped from over 6 percent in the late 1980s to below 4 percent in 2017». C’était avant le Covid-19, et il va sans dire que ce taux a baissé davantage. 

Notre économie doit retrouver non seulement une forte croissance réelle, mais aussi un niveau élevé du PIB potentiel à long terme. Il y va de notre niveau de vie futur et de l’équilibre des finances publiques. Or les obstacles qui handicapent la croissance potentielle sont structurels et ne seront donc pas enlevés par les politiques conjoncturelles. 

Ainsi, ce ne sont pas les anabolisants budgétaires et monétaires qui vont doper la croissance. C’est une folie de croire que les problèmes structurels qui minent l’économie réelle peuvent être réglés par les déficits publics ou la création monétaire. Qu’il s’agisse de la subvention partielle des salaires, de la dépréciation de la roupie, de l’injection de liquidités ou de la protection contre la concurrence des produits importés, les facilités gouvernementales compromettent encore plus le redressement économique. 

Elles ne s’attaquent pas aux fondamentaux de l’économie. D’abord, à l’étape actuelle de son développement, Maurice a un taux d’épargne trop bas, d’où un investissement inadéquat dans le capital physique et humain pour relever son potentiel de croissance. Puis, sa force de travail est sous-utilisée : en 2019, seulement 59,3 % de la population active se présentaient sur le marché du travail (46,2 % chez les femmes), et rien que 55,3 % de la population en âge de travailler avaient un emploi, selon Statistics Mauritius. 

Ensuite, les gains de productivité restent minimes alors même que, pour le FMI, «productivity growth would be the key driver of economic growth in the future». La productivité globale des facteurs (PGF) dans toute l’économie n’a crû qu’environ un pour cent par an en moyenne ces 40 dernières années, sinon « around 1.1 percent since 2000, which is half of the rate observed during the 1990s». La moyenne annuelle «will have to rise to about 3 percent» pour que la croissance économique soit de 5 % à 6 %. 

Paradoxalement, les gains de productivité s’avèrent bien plus élevés dans un secteur qui se rétrécit, en l’occurrence la manufacture (12,5 % du PIB), dont la PGF «has rebounded since 2010 (3.1 percent relative to 1.2 percent in the 2000s)». En revanche, «annual productivity growth in the finance and insurance sectors has been negligible, while that in the professional, scientific and technical activities category has seen a sharp decline». Cette déformation de la structure de l’économie au détriment de l’industrie mais au profit des activités de service à faible productivité est de mauvais augure pour la croissance future. De quoi faire retourner Schumpeter dans sa tombe ! 

Les technologies de l’information et de la communication font exception, enregistrant la plus forte croissance de la PGF entre 2009 et 2016, soit 6,4 % par an. Malgré tout, la part de ce secteur au PIB a stagné autour de 5,8 % depuis 2010, et la croissance économique n’a été que de 3,6 % par an entre 2009 et 2019. Il faudra traquer l’impact de l’internet sur l’économie, faute d’une politique publique agressive, comme hier Robert Solow pistait les ordinateurs dans les indicateurs de productivité : «You can see the computer age everywhere but in the productivity statistics.» 
Une autre déformation structurelle est la dualité du marché du travail. L’emploi dans le secteur public est protégé, contrairement au secteur privé où les travailleurs non qualifiés sont quand même bien moins payés — un paradoxe renforcé par la Contribution Sociale Généralisée. Dans cette structure inégalitaire du marché du travail, ce sont les jeunes et les précaires qui paient un lourd tribut pendant que les salaires réels progressent plus vite que la productivité. D’après Statistics Mauritius, entre 2011 et 2019, l’indice global des salaires réels est passé de 83,2 à 104,9, soit une hausse de 26,1 %, mais l’indice de la productivité du travail de 112,7 à 134,6, soit une augmentation de 19,4 %. 

L’anémie de la productivité, associée au vieillissement de la population, met la croissance potentielle au régime sec. Dès lors, un gouvernement très endetté doit s’engager à stabiliser la part des dépenses de retraite dans le PIB. Entre promesse électorale et engagement post-Covid, il existe un écart de croissance.

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