Croissance productive

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La croissance économique n’est pas l’horizon indépassable des aspirations nationales. Pour autant, une économie en contraction a absolument besoin de croissance pour créer des emplois et accroître le niveau de vie de la population. Un modèle à forte composante sociale comme l’État-providence mauricien ne peut pas fonctionner sans une bonne dose de croissance. Mais il faut une croissance qui sort l’île Maurice de l’engrenage mortifère dans lequel elle patauge, et non une croissance due à un effet de base statistique favorable, celle qu’on annonce pour 2021.

Dans ce dernier registre se trouvent les signaux de croissance de la Banque de Maurice. Son gouverneur écrit noir sur blanc que «currency in circulation, registration of new and second-hand vehicles, and monetary transactions have been gradually pointing towards an improvement in economic activity». S’il suffisait pour la Banque centrale d’augmenter la base monétaire (+40 % sur un an) en faisant tourner la planche à billets, et ainsi la valeur (et non le volume) des transactions, il n’y aurait pas de pauvreté dans le pays !

La croissance annuelle de la monnaie en circulation a, en fait, fléchi depuis la fin du confinement national, de 23,7 % en mai à 19,9 % en juillet. Néanmoins, elle demeure dangereusement élevée. Les hausses nominales de la monnaie en circulation ou des transactions ne sont pas des signes de croissance de l’économie, mais elles augurent mal de l’inflation future. Elles risquent ainsi d’amollir la croissance économique, puisqu’il faut éliminer l’effet prix.

Le nombre de voitures enregistrées n’est pas non plus un indicateur de l’économie, car elles ne sont pas produites ici, mais sont importées. Toujours est-il que beaucoup de voitures sont rendues aux sociétés de créditbail. De même, on ne saurait se fier à l’évolution de l’indice boursier, vu la déconnexion évidente entre la Bourse et l’économie réelle. De toute façon, le Semdex n’a pas repris par rapport à la période pré-Covid, enregistrant les plus mauvaises performances du monde malgré les injections monétaires.

L’économie mauricienne ne sera pas sauvée par les politiques monétaires expansionnistes et autres subterfuges du même genre. La véritable croissance économique, qui rend le pays résilient, voire anti-fragile, est celle qui est générée par des gains de productivité, par la productivité multifactorielle ou productivité globale des facteurs (PGF). Celle-ci reflète la capacité d’un pays à produire des richesses, non pas simplement en accumulant des facteurs de production (capital et travail), mais en les combinant de la manière la plus efficace possible.

La croissance de la PGF est la part de la croissance de la production nationale (27 % en 2019) qui n’est expliquée ni par l’augmentation des emplois ni par celle du stock de capital. Elle est le reflet du progrès technique (innovation, qualité) et de l’amélioration du capital humain, permettant à l’entreprise de produire davantage avec le même nombre de facteurs de production.

Selon Statistics Mauritius, la PGF a connu une croissance annuelle moyenne de 1,0 % de 2009 à 2019, contre 0,3 % entre 1999 et 2009. C’est un progrès mais qui reste largement insuffisant. La quasi-stagnation de la PGF condamne l’économie aux affres de la croissance molle, d’autant qu’avec la baisse de l’épargne, l’accumulation de capital ralentit (une croissance moyenne de 3,5 % par an en 2009-2019, contre 5,3 % en 1999-2009).

Pour stimuler la PGF et remettre l’économie sur les rails de la croissance durable, il convient de mener des politiques de l’offre : alléger la fiscalité, recentrer les dépenses publiques sur les priorités, rendre flexible le marché du travail, moderniser les équipements, investir dans les nouvelles technologies, innover pour monter en gamme, et améliorer les compétences des employés. Ici, la dégradation de la qualification des salariés coïncide avec la faible progression de la PGF, tant est forte la corrélation entre niveau de qualification et gains de productivité. Dans un pays où seulement 24 % des employés ont une éducation supérieure, selon une enquête de 2019 de Statistics Mauritius, l’insuffisante qualification de la population active ne favorise pas le développement de l’industrie et des services à forte valeur ajoutée.

Il est sidérant que le Budget de 2020- 2021 ne fasse aucune mention de la formation comme s’il encourageait les entreprises à négliger la formation en ce temps de crise où il faut, au contraire, investir dans les formations techniques, professionnelles et qualifiantes. Tout aussi pauvre est l’investissement dans la recherche et développement, qui, bien que fondamental à l’innovation, ne constitue que 0,2 % du PIB. Pas étonnant que Maurice y traîne à la 90e place dans le Global Innovation Index 2020.

La qualité du capital humain décline, mais le salaire réel croît. Si la productivité n’est pas réintroduite comme élément central des négociations salariales, on verra s’assombrir l’horizon de la croissance.

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