L’humain avant tout

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Sous un gouvernement travailliste, il fut question dans le discours-programme 2005-2010 de «Putting People First», puis textuellement dans le discours-programme 2012-2015 de «mettre l’humain au centre du développement». Pour l’actuel ministre de l’Environnement, en revanche, «la nature doit être au coeur des développements», mais il se retrouve dans le collimateur de tous ceux qui pleurent le désastre écologique du «Wakashio». Et comme celui-ci a entraîné indirectement des victimes humaines, il faut rappeler au président de la Mauritius Ports Authority qu’une vie humaine n’a pas de prix, contrairement à la marée noire que le gouverneur de la Banque de Maurice, d’un trait de plume, a évaluée à Rs 10 milliards !

Il n’y a pas lieu d’opposer l’humain à la nature, le philosophe Michel Onfray affirmant dans «Cosmos» que «nous sommes fragments de la nature». Plus prosaïquement, dit Xavier-Luc Duval sur Top FM, «un drame écologique est aussi un drame humain». En effet, à la suite du déversement d’hydrocarbures dans notre lagon, des familles se retrouvent sans revenus, l’avenir bouché.

Mais dans son compte rendu de la marche citoyenne du 29 août, le Premier ministre n’y a vu qu’une seule préoccupation : l’environnement. Pourtant, les manifestants ont crié à tue-tête contre le népotisme, le favoritisme, le chômage, la pauvreté, la corruption, la drogue, bref tout ce qui concerne l’humain ! Le malaise est davantage humain qu’écologique.

Le problème écologique est réel, mais ne saurait être résolu sans croissance économique. Dans une interview à «l’express» du 19 août 2020, Vasantt Jogoo déplore que «when faced with the need to arbitrate between the economy and the environment, leaders invariably opt for growth». Et d’espérer que «Mauritius will strike the right balance between growth and environmental protection».

Il n’y a ni arbitrage ni équilibre. L’économie et l’environnement ne font qu’un : cela s’appelle l’écologie de marché, au coeur de laquelle se trouve l’humain, et non la nature. Suivant les exigences des acheteurs, on construit des maisons écologiques, on fabrique des voitures électriques, on crée des vêtements qui respectent des normes environnementales. Mais c’est un marché en déséquilibre permanent, car les goûts diffèrent et changent au gré de la mode.

Cette adaptation, presque en temps réel, de l’offre à la demande est la première grande vertu des marchés libres. Une deuxième vertu, c’est de susciter l’innovation. Pour cela, il faut être optimiste sur l’homme, la première ressource de l’humanité, en faisant confiance à son intelligence, à son imagination et à sa capacité de se réinventer.

Avec la dématérialisation de l’économie, on produit plus en consommant moins de ressources. Le monde entre ainsi dans une nouvelle phase de croissance, portée par l’économie numérique, quand des écologistes pessimistes militent pour la sortie du système capitaliste par le biais de la décroissance. C’est grâce à la croissance économique qu’on a les moyens d’investir dans des technologies écologiquement vertueuses. C’est sur le progrès technique qu’on devra compter pour créer l’énergie verte.

En matière de politique publique, il faut une écologie incitative, pragmatique, et non une écologie punitive, radicale, qui fait de la nature, à la place de l’humain, le nombril de toutes les préoccupations. Toute l’ambiguïté de l’écologie profonde est qu’elle cherche à punir les hommes, pas vraiment à sauver la Terre, une frange étant même exterminatrice à l’image d’Extinction Rebellion : l’ennemi, c’est l’homme.

Combattre cette tentation humanicide, qui relève d’une pensée totalisante, ne revient pas à justifier des actes d’écocide dont les coupables doivent être sanctionnés. Il convient de distinguer la culpabilité de la culpabilisation. C’est porter atteinte à l’essence de l’homme, à sa liberté de conscience, que de faire éprouver un sentiment négatif aux innocents. Les économistes ont inventé le principe pollueur-payeur qui vise à faire payer pour des externalités négatives, des effets indésirables d’une activité polluante sur son entourage.

Par une analyse coûts-bénéfices, on peut savoir dans quelle mesure des solutions assurent l’efficacité, c’est-à-dire moins de déchets et une réduction in fine de l’empreinte carbone. Si les surcoûts écologiques ne sont pas suffisamment compensés par des économies de CO2, le bilan carbone des énergies renouvelables, très fortement subventionnées par l’argent public, sera alors mitigé. L’autre option est de laisser le marché gérer la transition écologique : la concurrence entre les acteurs de l’industrie les incitera à explorer toutes les solutions possibles pour adopter celles qui s’avèrent les plus efficaces.

La liberté économique n’enjoint pas les hommes à protéger la nature, mais c’est leur instinct de conservation qui les y pousse. Pour transformer cet instinct en action, il faut défendre la propriété privée, un droit naturel de l’homme, pas un droit de la nature.

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