Coopération sociale

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En raison du Covid-19, le gouvernement n’a jamais autant fait ressortir la nécessité pour tous les Mauriciens de coopérer afin de surmonter la crise sanitaire. La même exigence est requise pour venir à bout d’une crise économique. On véhicule toujours ce vieux préjugé collectif que l’économie libérale est axée sur l’égoïsme individuel, donc antinomique avec la coopération humaine ou sociale. En vérité, le marché est coopération et coordination.

La théorie des jeux enseigne que le marché est un jeu coopératif dans lequel des intérêts différents peuvent converger. Sauf que les acteurs du marché ne sont pas des robots programmés par des modèles économétriques de prévision. La marche du 29 août peut se traduire, tel un épiphénomène de la fronde anti-gouvernement, par un déclin de l’effort coopératif qui est si essentiel à la relance économique. Ce n’est pas une question de profitabilité ni de populisme.

En économie, coopérer, c’est échanger. C’est ce qu’a besoin de faire l’être humain, car personne ne peut produire tout seul tous les biens et services qu’il consomme. En cherchant à satisfaire ses intérêts propres par la voie des échanges, chaque individu agit dans l’intérêt de ceux avec qui il collabore, le tout constituant l’intérêt national. Ainsi se crée une confiance mutuelle, soit un lien de dépendance entre les individus qui se fient à l’honnêteté des échanges.

Une société humaine naît de la coopération. Les actions individuelles qui entraînent continuellement une coopération sociale ne relèvent que de l’entraide permettant à chacun de réaliser ses fins singulières, indépendamment de sa couleur ou de sa religion. Ce n’est pas que les gens ont conclu des contrats en vertu desquels ils fondent une société – un contrat social. Ce complexe d’inter-relations qu’est la société n’existe que dans les actions concertées des hommes.

«Social cooperation is our key for survival and reproduction», écrit Yuval Noah Harari dans son bestseller «Sapiens». Si nous, les Sapiens, sommes arrivés à contrôler toute la planète, c’est parce que nous pouvons coopérer de plusieurs manières extrêmement flexibles avec un nombre incalculable d’étrangers. De quoi désarmer ceux qui prônent rigidités des marchés, nationalisme et protectionnisme… Notre survie économique dépend très largement de notre capacité à coopérer à tous les niveaux.

L’Homo Sapiens parvient à coopérer à très grande échelle, affirme l’historien, en se racontant des récits, des fictions et des mythes, auxquels croient suffisamment de gens par le truchement de rituels et de rites. Ces croyances cimentent les liens entre les personnes et sont au cœur du fonctionnement des sociétés humaines. Il s’agit de croyances collectives qui, pour créer de la confiance, doivent reposer sur des valeurs communes.

Cette thèse, partagée par de nombreux scientifiques et économistes, peut être transposée de l’histoire à la science économique. Ici, on postule que l’action humaine est précédée de la perception, qu’elle est ainsi un choix conscient et délibéré, et qu’elle doit donc être libre de toute contrainte. Or, la catharsis provoquée par la manifestation du 29 août a anéanti certaines croyances.

Si les Mauriciens ont coopéré pour soutenir le gouvernement dans sa dure épreuve face au Covid-19, c’est parce qu’ils ont cru en un récit, une fiction et un mythe. Le récit, c’est de dire que l’expansion économique de ces 40 dernières années est durable, mais l’économie se contracte avec des pertes massives d’emplois. La fiction, c’est la banque centrale présentée comme le garant de la stabilité monétaire, mais l’euro s’échangera bientôt à Rs 50. Et le mythe, c’est un pays béni des dieux, mais la marée noire nous a remis les pieds sur terre.

Ces événements réels, qu’ils soient ou non hors de contrôle des gouvernants, ont sapé les bases de la coopération sociale. Celle-ci est davantage minée par des politiques qui sont du ressort du gouvernement. Ainsi de la politique fiscale : les entrepreneurs et les cadres accablés par de nouvelles taxes ou par des impôts plus lourds consacrent moins d’efforts à produire qu’à trouver des moyens de réduire la charge fiscale. Des incitations fiscales, au contraire, encouragent à plus d’activité productive, à de meilleures façons de répondre à la demande, à une coopération plus étendue entre les vendeurs et les acheteurs.

La politique salariale aussi érode la coopération sociale. Avec le salaire minimum national, il y a moins de recrutements, surtout des gens non qualifiés. Les employeurs collaborent moins avec les employés, voire substituent le capital au travail.

Pourtant, dit Ludwig von Mises, «social cooperation means the division of labour». Si les travailleurs coopèrent, c’est parce qu’ils perçoivent la hausse de productivité générée par la division du travail. C’est une coopération volontaire, qui fait le progrès du pays, à rebours de la coopération coercitive qu’entretient la puissance publique, favorisant la division de la nation.

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