I love my country; I am ashamed of my government; I’m also ashamed of my people

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À la marche citoyenne de samedi, le quadricolore a été un symbole fort que personne ne se sentait exclu. 

Cause profonde du problème à Maurice : l’exclusion

On le dit, on le répète, et on le dira toujours mais le problème demeure entier. La cause profonde du problème à Maurice est la frag- mentation de notre peuple en termes de communautés et de castes, et l’importance et l’impact de cette fragmentation dans la vie du Mauricien dans tous ses aspects : privée, sociale et politique. On érige des barrières et on pra- tique l’exclusion par rapport à l’autre communauté et l’autre caste au lieu de voir son prochain comme soi-même, un humain, et abattre toutes ses fausses barrières et pratiquer l’inclusion, l’intégration. Si on voit son prochain comme soi-même, l’inclusion suit tout naturellement ; il n’y a aucun autre effort à faire pour accepter l’autre, pour respecter l’autre, pour ne pas voler l’autre, pour ne pas blesser l’autre puisque on s’identifie avec l’autre.

Mais le peuple mauricien, dans sa majorité, ne veut pas de cela, la majorité du peuple mauricien se plaît dans l’exclusion de l’autre et se bat même pour préserver cette exclusion. On s’identifie avec une communauté, une caste. Il n’y a qu’à constater toutes ces organisations communautaristes et celles basées sur un système de caste et qui militent pour leur communauté et leur caste pour réaliser l’ampleur de la pratique d’exclusion de l’autre.

On aura beau scander le «mauricianisme», ene sel lepep ene sel nasion, linité, on aura beau chanter notre superbe hymne national «…as one people, as one nation…», il ne faut pas se leurrer, tout le monde sait, la réalité est tout autre.

Même, si on prend pour exemple la marche citoyenne du 29 août 2020, où j’étais présent et qui a vu une marée noire humaine déferler dans les rues de Port-Louis et qui a été un succès, une composante de la population mauricienne, dite hindoue, n’était pas, en général, au rendez-vous parce que, pour elle, cela concerne une autre composante ou d’autres composantes de la population mauricienne.

Le Mauricien dans sa vie privée, dans sa vie sociale et donc dans sa vie politique pratique l’exclusion. Et peu importe son niveau d’éducation ou de classe sociale. Et les politiciens en raffolent puisque c’est le garant même de leur élection et de se retrouver au pouvoir. Ils savent qu’il faut jouer sur les appartenances ethniques ou «castéistes» pour se faire élire parce que notre peuple est ainsi conçu et endoctriné, alors pourquoi s’en priver ?

On n’a pas besoin du best loser system qui est le symbole même de l’exclusion pour garantir que les différentes communautés soient présentes au Parlement. Il n’y a qu’à voir ceux qui sont élus d’après le système first past the post. Les candidats de tous les partis dits mainstream sont déjà méticuleusement choisis sur des bases communautaristes et casteistes eu égard à la composition de chaque circonscription. Le système first past the post assure même un élément que le best loser system n’assure pas : la présence assurée des castes. Alors tout le débat sur le best loser system, pour soi-disant conserver une représentation de toutes les communautés, est faux. Tous les débats avec toutes sortes de formules pour réformer le best loser system (encore une aberration) n’a jamais été nécessaire. Cela se fait tout naturellement à raison de la façon dont est conçu notre peuple. Donc le maintien de ce système par tous les gouvernements a, en fait, pour seul but, de grappiller encore quelques sièges au Parlement.

On revient aux mêmes questions que nous nous posons depuis très longtemps: Pourquoi on a toujours besoin d’une personne de la caste des vaishs de la communauté hindoue comme Premier ministre ? Considérez le choix que cette exigence nous offre ? Aucun choix ou presque aucun choix ? «Bizin al mor ou kouma nou bann dofin échouer avek enn sa délamem», Ramgoolam et Jugnauth père… Ramgoolam et Jugnauth fils ! Ce problème démontre aussi un autre problème, celui de la dynastie, comme une sorte de monarchie, le pouvoir doit pas- ser de père en fils sauf que le roi change de temps en temps et le fils héritier du trône aussi.

Pourquoi est-ce que la seule fois qu’un non hindou a été Premier ministre, il fallait une entente à l’israélienne avec… un vaish de la communauté hindoue ?

Pourquoi on pense qu’un vaish de la communauté hindoue peut mieux servir les intérêts de ce caste, qu’un babooji maraz de la communauté hindoue peut mieux servir les intérêts de cette caste, qu’un musulman peut mieux servir les intérêts de la communauté musulmane encore qu’il existe aussi des castes au sein de la communauté musulmane et ainsi de suite ? Est-ce parce que c’est vrai ?

«Comme le chantait Kaya (...) “Nou mantalité inn res an kaptivité”, et empêche de “swiv simé lalimier”. Cela permet aux politiciens de ne pas jouer leur rôle qui est de nous servir, mais au lieu de cela, de se nourrir de nous...»

Est-ce parce que le peuple et les politiciens effectivement pratiquent l’exclusion et se nourrissent de cela ?

La réponse est malheureusement dans l’affirmative. Cette pratique engendre une approche sectaire qui engendre à son tour toutes sortes de maux, y compris l’inefficience, l’incompétence et la corruption. En passant, la pratique du copinage («practice of cronysim») est une autre forme de la pratique d’exclusion qui cependant engendre les mêmes maux.

Tant qu’on aura cette pratique à Maurice, on n’avancera pas ou on n’avancera plus. Les gouvernements changeront, les partis au pouvoir changeront, les alliances se feront et de déferont mais les problèmes subsisteront et on piétinera sur place.

Le Premier ministre vaish sait qu’il n’a pas trop à se soucier de tout mouvement populaire pourvu que ses vaishs (sa base, son électorat) le soutiennent. Au moment voulu, il fera appel à leur sens d’appartenance à la caste vaish et le tour sera joué au grand dam des autres Mauriciens. Même chose pour les politiciens des autres communautés.

Il y en a même qui sont issus de parents de différentes communautés, on aurait cru que ceux-là pratiqueraient l’inclusion, la réintégration, du moins en ce qui concerne les deux communautés dont ils sont issus. Mais c’est mal connaître le Mauricien, le politicien : quand ils vont chez une des deux communautés, ils se prétendent être de leur communauté et on met le paquet : apparence vestimentaire : saris, «sindour», propos tenus et quand ils vont chez l’autre communauté, virage à 180 degrés ; ils prétendent appartenir à l’autre communauté (changement vestimentaire et propos dif- férents tenus). Et le peuple mauricien est dupe, tant il pratique l’exclusion.

Comme le chantait notre grand poète et très regretté chanteur Kaya qui avait, lui, tout compris : «Nou mantalité inn res an kaptivité», ce qui nous empêche de «swiv simé lalimier». C’est ce qui permet aux politiciens de ne pas jouer leur rôle qui est de nous servir, au lieu de cela, ils se nourrissent de nous (Instead of serving us, they feed on us).

C’est ce qui leur permet aussi d’avoir des pratiques douteuses, malhonnêtes et corrompues. C’est ce qui fait que le choix du Mauricien est entre le mauvais (bad, lesser evil) et le pire (worse, evil) et non pas entre le bon (good) et le mauvais (bad). Quand un tel choix s’offre à moi sur des bases purement d’exclusion qui annihilent ou diminuent significativement mon choix, entre the bad or the worse, the one who would loot us less, the one who would feed on us to a lesser extent, je ne puis exercer mon droit de vote, qui, soit dit en passant, est un droit et non un devoir, comme beaucoup le prétendent.

Je ne me fais pas d’illusions quant au règlement de ce «root cause» de notre problème tant c’est enraciné dans notre ADN, tant on est endoctriné pour pratiquer l’exclusion. Mais je sais que tant que ce problème n’est pas éradiqué, les autres problèmes qui prennent ra- cines dans ce problème demeureront et on continuera à «love my country» and «be ashamed of my government», mais il faut aussi dans ce cas «be ashamed of my people» car le premier (my government) est issu du second (my people)

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