Dérapages incontrôlés

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Au plus fort de la crise économique et financière de 2008, le pays était confronté à une troisième crise, celle découlant de deux premières et hors du contrôle du gouvernement d’alors, soit la crise pétrolière. Douze ans après, la crise sanitaire du Covid-19, doublée de la crise économique, était déjà trop pour le pays. L’iresponsabilité et l’incompétence flagrante au sommet de l’État en ont entraîné une troisième, soit la crise écologique, aux conséquences éminemment désastreuses pour l’environnement marin et terrestre de Maurice.

Aujourd’hui, Pravind Jugnauth peut invoquer mille raisons pour justifier ce désastre, la population a, elle, déjà tiré ses conclusions. La légèreté, voire l’imprécision avec laquelle les deux ministres directement concernés, Kavydass Ramano (Environnement) et Sudheer Maudhoo (Pêche) ont géré ce dossier, depuis le premier jour, en portent une large responsabilité. Ce ne sont plus des excuses publiques auxquelles la population a droit de leur part mais carrément leur démission. Quant au Premier ministre, au lieu de se comporter en homme d’État, il a privilégié la posture de chef de parti en défendant ses deux ministres contre vents et marées.

Les prochains jours seront certainement décisifs et démontreront si le gouvernement sera enfin à la hauteur pour gérer cette crise. D’ores et déjà, il a fait appel à l’expertise internationale. Si les dégâts seront contenus, en revanche, les séquelles resteront pendant longtemps, certains experts diront des mois, voire des années. Résultat : une des plus belles plages du pays sera souillée à jamais en raison de l’irresponsabilité du gouvernement actuel.

Le pays n’avait certes pas besoin d’une nouvelle crise. Or, après à peine neuf mois au pouvoir, le gouvernement de Pravind Jugnauth vacille sous le poids d’une succession de scandales, dont le St-Louis Gate, qui a entraîné la révocation d’Ivan Collendavelloo. Et depuis plus d’un mois, la population aura tout vu et entendu : quincaillers et hôteliers se recyclant en importateurs de masques et d’équipements médicaux durant la crise sanitaire ; des VVIP agissant comme des courtiers auprès d’une société européenne bénéficiant de contrat pour fournir des «ventilators» ; ou d’autres encore liés à la mauvaise gouvernance des sociétés d’État. Comme sous le mandat précédent, Pravind Jugnauth se retrouve face à des affairistes de tout poil parasitant le pouvoir pour s’enrichir. Et ce, même dans une périoded’urgence sanitaire. Qui l’aurait cru… ?

Il va sans dire que la crise écologique intervient à un moment où l’urgence économique, après celle sanitaire, aurait dû prendre le «front seat» et mobiliser les efforts du gouvernement. Or, l’urgence sanitaire et environnementale complique davantage la gestion économique. Encore que sur le front politique maintenant, la nouvelle plateforme de l’opposition, regroupant les trois leaders, Paul Bérenger, Navin Ramgoolam et Xavier-Luc Duval est partie pour un «kill», donnant du fil à retordre à un Pravind Jugnauth dont le gouvernement, comme le «Wakashio», est aujourd’hui fissuré et a déjà commencé à prendre l’eau.

Du coup, si Maurice est Covid-free et que le Premier ministre décide de la réouverture des frontières pour plaire aux hôteliers, ces derniers doivent comprendre que les touristes ne vont pas se bousculer au portillon pour remplir les chambres. La catastrophe écologique est venue changer la donne et il faudra du temps pour revoir l’image écornée de la destination touristique de Maurice. Ce n’est certainement pas le nouveau slogan de la MTPA «SUS Island» qui renversera la vapeur.

Entre-temps, le pays s’enfonce dans une crise économique, avec une contraction de 13 % du PIB cette année. Et malgré les assurances de Renganaden Padayachy, son premier Budget, qui se dit de relance et d’investissements, avec une enveloppe de Rs 100 milliards, dont Rs 60 milliards proviennent d’une manne de la Banque centrale, n’aura manifestement pas créé le «feel-good factor» tant souhaité par les opérateurs pour relancer leurs activités économiques. Au contraire, ils ont été refroidis suivant l’annonce de certaines mesures. Dont celles portant sur des changements à la «Solidarity Levy» et l’introduction de la Contribution Sociale Généralisée (CSG) pour remplacer à terme le National Pension Fund, deux mesures qui alourdiront leur charge sociale.

Qu’à cela ne tienne, le ministre des Finances aura lamentablement raté son entrée au Trésor public. Son arrogance à faire la leçon aux autres au Parlement, couplée à un discours politique en déphasage de son rôle de conseiller économique du Premier ministre, est susceptible d’enlever tout le respect que son poste aurait dû inspirer auprès de la communauté des affaires et accessoirement de la population. Il doit comprendre que des propos comme «une alliance de bras cassés», «des Iznogouds en puissance» ou encore «du trio papy flingueurs» ne lui donnent pas malheureusement de la hauteur vis-à-vis des parlementaires aguerris de quelque bord politique qu’ils soient.

Padayachy gagnerait du coup à faire preuve d’une plus grande modestie, en laissant les grandes théories économiques au placard pour répondre au contraire aux inquiétudes réelles d’une population qui ne sait pas de quoi sera fait demain après le passage de trois crises. Et éviter… les dérapages incontrôlés.

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