En sus du ‘socio-culturel’, le ‘contracteur’ aussi

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Le choix de la Hindu House par Kobita Jugnauth comme lieu symbolique ‘socioculturel’ d’où lancer son attaque contre des médias n’était pas fortuit. C’était un choix machiavélique, froidement calculé. Sans le manifester grossièrement à la manière de Somduth Dulthumun, le recours à l’arme communale était plus qu’évident.

Nulle part mieux qu’à la Hindu House a été explicité à maintes occasions une philosophie politique mauricienne qu’on n’enseigne pas à l’université de Maurice, d’ailleurs devenue le symbole même de la médiocrité académique en Afrique. Personne mieux que feu Virendra Ramdhun n’a expliqué cette philosophie, soit ouvertement, soit par la technique de dog-whistling, en émettant un message que seuls certains peuvent déchiffrer.

Un concept bien intériorisé, c’est que le gouvernement nous appartient et que le Premier ministre est l’un des nôtres. Pas question de laisser les autres s’accaparer du gouvernement et pas question surtout de laisser un autre s’installer à l’Hôtel du gouvernement comme Premier ministre. Ce concept, vendu tambours battants lors des élections générales de 2014, a permis à Sir Anerood Jugnauth et à son MSM, qui au début de 2014 ne disposait d’un soutien de pas plus de 10 % au sein de la population, de battre les deux géants qu’étaient le Parti Travailliste et le MMM. Le fait même que Paul Bérenger allait occuper les fonctions de Premier ministre pendant cinq ans était suffisant pour ameuter les tenants de ce concept de pouvoir dans nou la main.

La philosophie Dulthumun/Ramdhun est totalement imperméable au concept de la présidence de la République et des ‘valeurs républicaines’, idée d’ailleurs importée de France et dont l’implantation en terre mauricienne fut vainement tentée par des ‘intellectuels’. En 2014, que Navin Ramgolam est un Président fort, un pêcheur capable de ferrer le requin le plus féroce, tout cela passa sur la tête d’une section déterminante qui ‘fait’ les élections à Maurice et qui croit que le pouvoir est détenu par le Premier ministre et personne d’autre.

Ce concept de ‘nou ki faire élections’ a été bien expliqué à la Hindu House et dans le secteur qu’on appelle, d’après le langage codé, le ‘socio-culturel’. Ce concept repose sur la façon dont on a délimité les circonscriptions dans le pays. La formule magique utilisée avant 2014 était que ‘nous contrôlons’ les circonscriptions 5 à 14, ce qui fait potentiellement 30 sièges et on appelle cela le ‘démarrage’. On part ensuite conquérir d’autres sièges dans les circonscriptions 15 à 20 et 1 à 4 pour se construire une majorité. Ce scénario s’est effectivement produit lors de toutes les élections générales, à l’exception des mouvements qui débouchèrent sur des 60-0 ou autres scores massifs. Mais même dans ces cas-là, le concept de nou bann au pouvoir ne fut jamais menacé.

Évidemment, le concept de 5 à 14 est largement favorisé par le système de First-past-the-post, ce qui fait qu’on ne devrait pas nécessairement obtenir une majorité de voix pour se faire élire. Il suffit d’avoir plus de voix que la multitude d’autres candidats.

Depuis les élections de 2014, le concept géographique de 5 à 14 s’est modifié pour devenir 4 à 14. Tant mieux pour le MSM. Quel facteur a expliqué ce changement ? Ce n’est certainement pas une migration de nouveaux électeurs dans le No 4. C’est un phénomène nouveau, un type de marketing politique qu’on croirait importé des États-Unis, pays des ‘contracteurs’ où même les prisons pourraient être gérées par le secteur privé. Depuis 2014, le MSM bénéficie du soutien actif de certains ‘contracteurs’ particuliers qui jouent à merveille le rôle d’‘anti-establishment’, de défenseurs des opprimés du système mais qui sont, en fait, des rabatteurs opérant pour le compte de la famille Jugnauth.

Le stratagème employé rendrait Machiavel jaloux s’il revenait sur terre. En effet, le rôle de chaque ‘contracteur’ consiste à s’approcher des gens, qui votent traditionnellement contre l’establishment symbolisé par le Parti Travailliste ou le MSM dépendant de qui exerce le pouvoir au moment donné. En utilisant des arguments anti-establishment, ces ‘contracteurs’ parviennent à fidéliser à leur cause de petits groupes çà et là, pas seulement dans les régions urbaines mais aussi dans des poches de pauvreté dans les villages, sur la côte surtout. Au moment des élections, les ‘contracteurs’ donnent un mot d’ordre. Soit on demande subtilement de voter MSM, soit on demande à l’électeur visé de faire un tri et de favoriser un candidat ou deux de la famille orange car ces derniers sont présentés comme des fidèles à la cause, bien qu’officiellement du côté de l’establishment.

Les manœuvres de ces ‘contracteurs’ parviennent à désarticuler le ‘vote bloc’ pratiqué dans ces couches sociales et c’est le MSM qui en profite. Car il suffit d’un mouvement de quelques douzaines, sinon de centaines, pour que le scrutin soit en faveur du MSM. C’est en s’appuyant sur le système First-past-the-post qu’on parvient à produire de tels résultats. Ce qui explique le changement apporté au schéma 5-14 de Virendra Ramdhun en 4-14 en 2014 et 2019 aussi.

Les ‘contracteurs’ restent utiles entre les élections aussi. Car, ils aident à déclencher périodiquement un backlash dans le hardcore du MSM à chaque manœuvre à laquelle ils se livrent soidisant pour mobiliser l’anti-establishment. Après chaque manœuvre, chaque revendication, chaque manifestation, le hardcore se sent réconforté dans son sentiment que, heureusement pouvoir dan nou la main, pas kapav laisse sa sap depi nou la main. Le ‘contracteur’ et le ‘socioculturel’ se retrouvent ainsi en alliés objectifs, chacun assurant le maintien au pouvoir de nou-bann.

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