L’inflation monétaire

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Dans «A Midsummer Night’s Dream» de Shakespeare (1595), Démétrius évite Héléna, qui le convoite, pour courir derrière Hermia, qui est éprise de Lysandre. Les protagonistes finissent par s’arranger en couples, mais pas avant d’avoir formé un premier triangle amoureux, puis un second. De même, une banque centrale qui agit comme Démétrius sème la confusion : elle met du coeur à vouloir contrôler le taux d’intérêt (Hermia), un pouvoir qu’elle n’a pas, plutôt que la quantité de monnaie (Héléna), sur laquelle elle exerce un réel pouvoir. 

Les banques n’ont pas à attendre un quelconque signal du comité de politique monétaire pour ajuster leurs taux d’intérêt. À preuve, Bank One s’est permis de le faire deux jours avant la réunion du 8 juillet du comité. Même s’ils interviennent après, les ajustements ne sont pas nécessairement en proportion avec la variation du taux directeur. Après la baisse cumulative de 150 points de base de celui-ci, les taux moyens pondérés des banques, tels que publiés par la Banque de Maurice, ont diminué de 105 points sur les dépôts en roupies, et de 136 points à l’emprunt. Les banquiers, qui connaissent les préférences temporelles des acteurs du marché mieux que le banquier central, sont à même de trouver l’équilibre entre l’offre et la demande.

Dans sa dernière déclaration de presse, le gouverneur de la Banque de Maurice a confirmé son grand attachement au taux d’intérêt, et non à la quantité de monnaie. Il a exprimé sa satisfaction que «lower interest rates have eased the financial burden on borrowers», sans toutefois aborder la question de la stabilité monétaire, sur laquelle il avait pourtant promis de veiller. 

On le comprend, vu que les indicateurs pointent actuellement vers l’instabilité monétaire : la base monétaire, aussi appelée la monnaie de haute puissance (d’où la Banque centrale tire son pouvoir monétaire), a bondi de 28 % en un an (d’avril 2019 à avril 2020) avec des hausses de 34 % des réserves des banques auprès de l’institut d’émission, et de 17 % de la monnaie en circulation, ce dernier taux représentant l’inflation monétaire. 

Suivant l’abaissement du taux de réserves obligatoires de 9 % à 8 % le 16 mars dernier, l’excès de liquidités s’est accru à 45 milliards de roupies en juin, cinq fois plus en l’espace de 12 mois. Assis entre deux chaises, Harvesh Seegolam fit ressortir que «liquidity in the banking system has gone up since March 2020, partly reflecting the policy decision to substantially ease monetary conditions and ensure the financial system had sufficient liquidity to withstand the crisis. The Bank is gradually normalizing liquidity conditions in the banking system». Injecter des liquidités pour ensuite les éponger : une telle politique, contradictoire à souhait, ne tient pas la route.

De juin 2019 à avril 2020, les gens ont augmenté d’un tiers leurs encaisses monétaires (currency with public), qui sont passées de trois à quatre semaines du revenu national (PIB), et aussi, tenant compte du taux d’inflation, leurs encaisses réelles. En tant que réserve de valeur, la monnaie semble être l’actif préféré des Mauriciens, même si elle ne rapporte aucun intérêt. Le coût d’opportunité de détenir de la monnaie est faible quand les taux d’intérêt à l’épargne et les rendements des obligations sont extrêmement bas. 

L’ironie est que c’est l’inflation qui facilitera la levée de Rs 60 milliards par la Banque centrale sur le marché des capitaux. Celle-ci a annoncé une inflation de 2 % pour l’année 2021, une projection qui paraît invraisemblable et qui ne lui rend pas service. En revanche, la prévision du ministère des Finances d’une inflation de 4 % pour l’année 2020-2021 devrait inciter les agents économiques à trouver une alternative à l’argent liquide en raison d’une perte sensible du pouvoir d’achat de la monnaie. Reste que si les taux de rendement des titres proposés par la Banque de Maurice ne sont pas attrayants, comme lors de l’adjudication du 9 juillet, les banques préféreront garder leurs liquidités excédentaires.

Car il faut se faire violence pour croire au taux d’inflation mesuré par l’indice des prix à la consommation. D’un mois à l’autre, le premier peut reculer même si le second progresse, et inversement. Ce sont deux constructions statistiques qui ne reflètent en rien la réalité individuelle. 

L’inflation, en fait, ne se définit que par rapport à la quantité de monnaie. Ainsi que l’écrit Milton Friedman dans Money Mischief (1992), «inflation is primarily a monetary phenomenon that is produced by a more rapid increase in the quantity of money than in output». Alors que la croissance annuelle de la masse monétaire au sens large (Broad Money Liabilities) est à deux chiffres (13,5 % en mai dernier), une contraction de 12 % du PIB nominal en 2020 fait craindre, horresco referens, une urticaire inflationniste. 

Comme dans un songe d’une nuit d’été, une banque centrale qui n’use pas de son vrai pouvoir laisse songeur sur l’inflation monétaire.

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