S’agit-il d’une stratégie visant Bérenger particulièrement ?

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On assiste à bien d’étranges événements sur fond du scandale St-Louis/Coll-Gate.

Tout d’abord, c’est la première fois dans l’histoire politique du pays qu’un dirigeant révoqué comme ministre par le Premier ministre se comporte de façon à prouver qu’il est plus mam-kolé que jamais avec celui qui l’a humilié. De par la nature humaine, on cherche toujours à se démarquer de celui qui vous fait du tort. Vous cherchez des moyens à vous venger.

Les grands révoqués du passé, de Gaëtan Duval (à g.) à Satcam Boolell (au milieu) en passant par Paul Bérenger (à dr.), n’ont pas tardé immédiatement à se comporter en adversaires du Premier ministre. Quitte à revenir composer plus tard avec le bourreau. Ivan Collendavelloo affiche un comportement totalement différent. Il ne bouge pas du camp de celui qui l’a révoqué.

Il faut reconnaître à la décharge d’Ivan C’velloo qu’il reste un homme sobre dans l’adversité. Comme il l’avait fait en 1983 quand battu par le néophyte Cyril Curé lors d’une partielle dans le n°15. On ne devrait surtout pas s’attendre de lui qu’il se comporte en Samson de l’Afrique. On connaît l’histoire de ce personnage de la Bible hébraïque qui, trahi par sa femme, se vengea de ses ennemis en les tuant mais en perdant la vie lui aussi. Lors d’un spectacle monté pour l’humilier, Samson réussit, à mains nues, à écarter les colonnes d’un palais. L’édifice s’écroula, tuant ses ennemis et Samson. Bien naïf serait celui qui croirait que tel Samson, un Ivan C’velloo déchaîné réduirait en amas de béton les dix étages du bâtiment du Sun Trust surtout au prix de se faire tuer avec ses ennemis.

D’après les mœurs politiques et juridiques de Maurice, un politicien révoqué ou invité à step down en raison d’une affaire en cour finit par retrouver plus tard sa place au gouvernement ou pour le soutenir. Après sa révocation par sir Seewoosagur Ramgolam en décembre 1973, Duval vint secourir le leader rouge après les élections de 1976, en lui offrant des sièges qui lui manquaient pour construire sa majorité au Parlement face à un MMM féroce. De même, Satcam Boolell révoqué en janvier 1984 par Anerood Jugnauth vint le soutenir en 1986 et l’aida à remporter les élections de 1987. Quant à Bérenger révoqué en 1993 par Anerood Jugnauth, il se joignit à ce dernier en 2000 pour remporter une large victoire et devenir lui-même Premier ministre en 2003.

Le coup le plus spectaculaire de stepping down le temps d’une enquête et d’une poursuite en cour pour ensuite revenir en force a été réalisé par Pravind Kumar Jugnauth (PKJ). Il fut contraint de se retirer dans le sillage de l’affaire MedPoint mais retrouva son poste une fois disculpé par la Cour suprême. Il devint même Premier ministre par la suite. Ce qui laisse supposer qu’éventuellement Ivan C’velloo retrouverait lui aussi son siège de Premier ministre adjoint, sa limousine avec moteur de 6-litres, ses motards et ses gardes du corps. On voit d’ailleurs de par son comportement que le DPM en est mode stand-by.

C’velloo en stand-by mais Paul Bérenger sur la sellette ? Voilà un autre événement tout à fait étrange dans cette affaire St-Louis-Coll-Gate. Pourquoi PKJ laisse Ivan C’velloo consulter un document hautement confidentiel et non pas Paul Bérenger dont le nom y serait aussi cité aux dires de PKJ luimême et de son adjoint révoqué ?

Quand PKJ parla à la presse quelques heures après la révocation de son DPM, il fit allusion au leader du MMM comme Paul Raymond Bérenger. Dans le contexte mauricien, quand lors d’une opération politique on ajoute Raymond au nom du leader mauve, cela constitue toujours une déclaration de guerre. Les Américains décrivent ce phénomène comme dog-whistle politics. C’est-à-dire qu’un homme politique adresse un message subtil à ses partisans qui sont capables de le décoder et d’en saisir la portée. Le politicien cherche à ameuter ses troupes à travers un tel message en vue d’une future démonstration de force. Donald Trump est un spécialiste de cette technique.

Toute cette affaire de Bérengerbashing ne trahirait-elle pas la mise en route d’une stratégie politique – et éventuellement électorale – savamment calculée pour rogner davantage la base de soutien du leader mauve ? Tout comme les «technicalities» de la loi permettent à des personnes de se disculper en cour, l’exploitation d’autres «technicalities» pourrait conduire à une condamnation. Il est clair, en analysant le comportement et les déclarations de certains, que tout a été mis en œuvre pour endommager au maximum la réputation du leader historique du MMM construite au cours de ces dernières cinquante années. Les partisans désorientés et déçus du MMM, d’ailleurs de moins en moins nombreux après chaque joute électorale, seraient alors invités à soutenir le MSM ou le ML ou encore Steve Obeegadoo et les autres Ganoo, Tania Diolle et Kavydass Ramano. D’après les réalités politiques mauriciennes, 20 nouveaux étages ajoutés au bâtiment du Sun Trust, partant du principe moralité pa rampli vant, n’auraient pas tant d’effets dévastateurs qu’un seul scandale de maldonne financière savamment mijoté sur le compte du MMM.

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