Flexisécurité

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Le chômage est fortement tributaire de l’activité économique. La croissance et le chômage sont les deux faces d’une même pièce : lorsque l’économie croît, il faut plus de personnes pour produire la quantité supplémentaire de biens et services, ce qui allège le chômage. Inversement, quand la production nationale recule, les entreprises réduisent leurs effectifs : le chômage est contracyclique.

Cependant, le chômage ne diminue pas automatiquement avec une accélération de la croissance. Les firmes cherchent tout d’abord à se remettre d’une baisse d’activité en demandant à leur personnel inchangé de travailler davantage ou de produire plus, en d’autres mots, d’accroître leur productivité. Ce n’est qu’une fois la reprise économique solidement ancrée qu’elles commenceront à recruter. Le chômage réagit donc à l’évolution de la croissance avec retard : c’est un indicateur retardé de l’activité économique.

Après avoir dit que Maurice aurait 100 000 chômeurs en 2020 (le conditionnel est de mise face au risque de manipulation de l’opinion publique), le ministre des Finances n’a donné dans son Budget aucune indication du taux de chômage cette année. Il a toutefois précisé que notre économie se contractera de 11 % en 2020. Pour l’année prochaine, il serait très hasardeux de prévoir, à ce stade, un taux de croissance. Mais même si celui-ci est positif, bénéficiant d’un effet de base favorable, le chômage ne retombera que bien après l’amorce de la reprise.

Si l’on quantifie le chômage structurel à 40 000, l’enjeu du moment est d’attaquer le chômage conjoncturel, soit les 60 000 personnes qui perdent leur emploi à cause de la Covid-19. Soulignons que les sans-emploi n’incluent pas les gens qui sont au chômage technique, en activité partielle, en formation, en stage, en arrêt maladie, en congé de maternité ou à la préretraite. Statistics Mauritius estime la sous-utilisation de la main-d’œuvre (chômeurs, sous-employés et travailleurs potentiels) à 158 000, soit 27 % de la population active, en 2019.

La politique publique de l’emploi peut s’avérer coûteuse sans donner des résultats probants. L’État a déjà décaissé Rs 11 milliards pour le «Wage Assistance Scheme», et encore Rs 8 milliards sont budgétisées pour ce plan. Selon le discours budgétaire, «15 milliards de roupies seront provisionnées» pour «protéger l’emploi». Or, tout cet argent peut être utilisé autrement et mieux.

C’est le salarié, et non l’emploi, qu’il convient de protéger. Dans un monde en pleine mutation économique, il y a constamment des emplois détruits et des emplois créés. C’est pourquoi une politique de l’emploi doit rendre le salarié employable, et non s’appuyer sur une conception du travail datant de l’emploi en usine, surtout que les services représentent 70 % de notre économie.

Le gouvernement reprend d’une main ce qu’il donne de l’autre : il dépense sur l’emploi tout en augmentant les cotisations patronales sur les salaires avec l’introduction du «Portable Retirement Gratuity Fund» et de la Contribution sociale généralisée. Un vrai soutien budgétaire à l’emploi consiste à donner un crédit d’impôt pour la compétitivité des entreprises, à défiscaliser les heures supplémentaires, à détaxer tous les outils du télétravail, voire à remplacer le salaire minimum national par l’impôt négatif sur le revenu.

Reste que ces mesures d’accompagnement ne sont pas suffisantes quand le chômage est un problème de carnet de commande. Il faut aussi déréguler le marché du travail, ce qui ne veut pas dire absence de réglementation. Car face à un choc économique, le maître mot est flexibilité. Si l’entreprise ne peut pas être flexible dans sa gestion des ressources humaines, elle sera réticente à créer des emplois. D’ailleurs, la révolution numérique exacerbe le coût des rigidités et l’appariement imparfait entre salariés et emplois.

Au lieu d’être directive dans la tradition planiste, la loi du travail doit laisser libre cours à la contractualisation : l’État n’a pas à intervenir dans les relations contractuelles entre employeurs et employés. Aussi, qu’il substitue un droit de l’actif au droit du salarié : chacun peut travailler pour plusieurs employeurs, en salariat et en indépendant à la fois.

Le coronavirus a causé un stock d’emplois en latence de licenciement. Il est à craindre une vague de licenciements économiques qui doivent être justifiés par des difficultés financières mettant en péril la survie de l’entreprise. Que le gouvernement institue un mécanisme de responsabilisation : il octroie un bonus à l’entreprise pour chaque emploi créé, elle lui paie un malus pour chaque emploi détruit. À l’instar du principe pollueur-payeur, l’entreprise s’acquitte d’une pénalité pour licencier. Les fonds ainsi obtenus sont alloués à la formation professionnelle des chômeurs (l’État) ou des recrues (la firme) afin de les sécuriser.

Cette flexisécurité ne fait pas partie de notre logiciel économique. C’est pourtant la meilleure approche d’endiguer la montée du chômage.

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