Réajustement économique

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Dans un entretien à une radio privée le 30 avril, l’ex-secrétaire financier du ministère des finances, Ali Mansoor, fait res- sortir, avec raison, qu’«une crise est un moyen de restructurer l’économie», celle due au Covid-19 étant «un problème de production, pas un problème de demande». Dans deux interviews publiées la veille, l’une dans l’express et l’autre dans Business Magazine, le CEO de l’Association of Mauritian Manufacturers, Bruno Dubarry, suggère de «lancer un plan d’augmentation de nos capacités agricoles, aquacoles, élevages», visant «l’autosuffisance alimentaire avec l’agriculture vivrière, la production halieutique (pêche et aquaculture), le renforcement des capacités de transformation locale (industries agroalimentaires)».

S’il y a une leçon à tirer du coronavirus, c’est que nous devons stimuler les activités productives qui répondent à la consommation alimentaire. Or tout est une question d’incitation, et il existe deux contradictions dans nos politiques monétaire et fiscale. D’une part, des taux d’intérêt proches de zéro pourcent favorisent encore plus les industries à forte intensité de capital comme l’immobilier, alors que c’est une hausse du taux d’intérêt qui incitera les propriétaires terriens à quitter la pierre pour revenir à la terre. D’autre part, une relance à la keynésienne (par la demande) ne peut que déstabiliser les processus microéconomiques qui participent aux changements de la structure productive du pays.

Pour comprendre comment s’opère un réajustement de l’économie, il faut savoir ce qu’est une structure de production. Toute action entrepreneuriale est dirigée vers la réalisation d’un bien ou service de consommation. Il est précédé par des produits intermédiaires, tous considérés comme des biens d’investissement (capital goods), tels que la conception, les études de marché, les machines, les technologies, les matières premières, la distribution et la vente, celle-ci étant le plus proche du produit de consommation. Autant d’étapes de production qu’on retrouve dans l’industrie manufacturière…

Ainsi, une structure de production ne comprend pas deux étapes (chez Keynes, les biens d’investissement constituent un capital homogène), mais plusieurs étapes successives et hétérogènes qui font l’objet d’une coordination intertemporelle. Un entrepreneur agit dans le temps, qui est subjectif suivant le contexte de son action. Sa décision essentielle est de savoir, non pas s’il doit produire un bien de consommation ou un bien d’investissement, mais s’il faut investir dans un processus de production qui rapportera un bien de consommation pour un avenir proche ou pour un futur lointain. Plus ce processus contient des étapes, plus il est long, complexe et loin de la consommation finale : c’est le cas de l’immobilier.

Selon Statistics Mauritius, le stock de capital (capital input) de l’économie mauricienne a crû de 3,7 % par an entre 2008 et 2018, cependant la productivité du capital a reculé de 0,1 % par an. Plus grave est le fait que l’accroissement des biens d’investissement a eu lieu sans une augmentation de l’épargne volontaire, la préférence pour le présent des Mauriciens étant très forte. Une telle désarticulation entre investisse- ment et épargne n’est pas soute- nable même sans le coronavirus.

La répartition des ressources dans la structure de production nationale doit être conforme aux besoins et préférences des consommateurs. Elle est dictée par le taux d’intérêt, qui est le prix du temps : plus il est abaissé artificiellement par la banque centrale, plus il crée l’illusion d’une épargne abondante, poussant les entrepreneurs à investir dans des processus de production plus étendus, plus capitalistiques, qui ne seraient pas rentables si le taux d’intérêt n’était pas faible. Lorsqu’il remontera inévitablement avec l’inflation et l’endettement, de tels projets devront être liquidés en guise d’assainissement. RÉPRESSION FINANCIÈRE

Le gouvernement, obsédé par le court terme, empêchera cela en ayant recours à la répression financière, c’est-à-dire qu’il forcera les créanciers à prêter à des conditions peu attrayantes pour eux. Mais avec des taux d’intérêt si bas, la solvabilité des banques se posera, car leurs revenus chuteront. De plus, il retarde les ajustements nécessaires à une reprise économique durable. Tout au plus peut-on s’attendre à une petite réindustrialisation de l’île Maurice, à base de robotisation.

En 1821, David Ricardo écrivit que «machinery and labour are in constant competition, and the former can frequently not be employed until labour rises». La faiblesse du taux d’intérêt, abaissant le coût du capital relativement au travail, encourage la substitution du capital au travail. Cette tendance, que Friedrich Hayek appelle «l’effet Ricardo», allonge la structure productive, engendre une mauvaise allocation de ressources, faute d’une hausse de l’épargne, et entretient un chômage endémique. Il faut alors espérer une baisse des salaires réels qui relancera l’emploi.

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