Coronavirus: amaterus ?

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La façon dont le gouvernement gère la pandémie du coronavirus à Maurice vient conformer le postulat que nous manquons toujours de rigueur dans notre approche. Par exemple, le Premier ministre, le ministre de la Santé et d’autres VIP visitent un centre de quarantaine sans combinaisons hazmat, sans masques, sans gants, sans chaussures spéciales. Toute personne placée en quarantaine est soupçonnée de pouvoir théoriquement porter le virus. Ainsi, son confinement dans la station pourrait aider les autorités à empêcher que d’autres personnes ne soient contaminées. Et au cas où c’est confirmé que la personne est infectée, il sera plus facile alors pour les services de santé de la traiter.

En visitant le centre de Quatre-Sœurs, le Premier ministre a pris le risque de se faire contaminer. Inutile d’y voir une tendance suicidaire ou une vocation à la Mère Teresa. Le Premier ministre voulait tout simplement tirer un capital politique de cette visite. D’ailleurs, cela a bien servi son spin quand des gens l’ont entouré, ce qui équivaudrait à dire que c’est un homme politique très populaire. Mais ces gens auraient pu être infectés par le Premier ministre lui-même.

Les Mauriciens confinés dans le centre de Quatre-Sœurs auraient pu réclamer la levée immédiate de leur restriction, pour rentrer chez eux immédiatement. Car si le Premier ministre a jugé qu’ils ne représentaient aucun danger de contamination – d’où son complet Dior au lieu de l’attirail d’astronaute, il n’y avait donc aucune raison pour les autorités de les maintenir en quarantaine.

Si le Premier ministre lui-même a jugé non-dangereux un frottement avec des gens placés en quarantaine, doit-on être surpris d’apprendre que la gestion même de ces endroits censés contenir tout risque d’infection de la population se fait de façon bien à la mauricienne ? C’est-à-dire qu’on y fait tout sauf contenir le risque de contagion dans la communauté ? Sinon, comment expliquer que les vêtements sales des «détenus» soient repris par des membres de la famille, pour être lavés chez eux ?

Les proches font le va-et-vient entre leur demeure et le centre de quarantaine, partant avec des vêtements propres et parfois avec une bonne bouteille ou des cannettes de bière et reviennent avec des vêtements sales. Puisque le virus est capable de survivre des heures hors du corps humain, il existe une forte possibilité de contamination avec les vêtements si la personne concernée est porteuse du Covid-19. Dans ce cas, les membres de la famille sont aussi exposés au danger.

Le combat contre le Covid-19 est inspiré de notre culture de l’à-peu-près, de toujours manquer cinq sous pour arrondir la roupie. Mais après tout, ne sommes-nous pas une nation de «triangueurs», de «traceurs», d’inconscients et d’amateurs, car il manque dans notre culture cette rationalité dans l’activité humaine qui explique le succès industriel, technologique et économique des pays avancés.

Prenons l’exemple de la conduite automobile des Mauriciens. Chez nous, les conducteurs de poids-lourds réussissent souvent à larguer sur l’autoroute leur conteneur quand ils ne renversent pas tout simplement leur «machine» en violant les lois de la physique. Les Mauriciens – aussi rares qu’ils soient – qui ont conduit sur les autoroutes S 20 ou 1-90 aux États-Unis, se sont sans doute sentis effrayés au moment d’être dépassés par de véritables mastodontes, avec des chargements de plus de 50 tonnes.

Ces monstres n’ont qu’un conducteur, pas d’«enflé» comme à Maurice, et n’ont que très, très rarement un accident. Si on conduisait à Maurice un mastodonte de cet acabit, avec plus de 50 000 cannettes de bière comme aux USA, nos chauffards auraient sans doute assuré une distribution gratuite du breuvage dans différentes régions du pays. «Frin inn persé, misié», aurait été l’explication classique du chauffeur.

Selon les commentaires d’un Mauricien sur le site Web de l’express, notre pays pourrait un jour devenir célèbre pour avoir fabriqué sa propre version du coronavirus. Cet internaute a fondé son argument sur le récent incident de cadavres de poulets lâchés dans un canal et qui se sont retrouvés à La Nicolière. Les éléments du bouillon de culture étaient réunis comme à Hubei, en Chine, pour que nous apportions nous aussi notre contribution à l’histoire de la civilisation humaine. Avec plus d’un million de touristes et des centaines de milliers de Mauriciens voyageant à l’étranger, succès garanti pour notre virus baptisé La Nicolière.

Costume cravate pour une visite à une station de quarantaine : si le Premier ministre n’a pas réalisé la portée scientifique de son geste, il reste un stratège politique de premier plan. Ainsi, si on a utilisé les services du tapeur verbal et institutionnel pour mettre K.O. le leader de l’opposition pendant deux semaines au Parlement, on a jugé utile de l’inviter au Prime Minister’s Office avant l’annonce sur le confinement de la population. Le Premier ministre a tenu d’ailleurs à mentionner cette rencontre lors de son message à la télévision, jeudi soir. On a cherché à associer le Dr Arvin Boolell, vu par Lakwizinn comme le maillon faible de l’opposition, à l’initiative du Premier ministre pour qu’il partage lui aussi le «paquet de ‘gagn zouré’». 

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