Dette publique locale

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Du transfert de Rs 18 milliards de la Banque de Maurice au Trésor public, effectué le 11 décembre dernier, le ministère des Finances révèle qu’un prêt de la Banque africaine de développement, équivalent à Rs 7,1 milliards, fut remboursé le 31 janvier. D’autres prêts étrangers de l’ordre de Rs 10,9 milliards seront repayés d’ici à décembre 2020. Mais alors, pourquoi a-t-on forcé la Banque centrale à créer d’un seul trait dix-huit milliards de roupies à partir d’une écriture comptable ? Pour régler un problème de trésorerie dû à une pension de vieillesse accrue ?

Quoi qu’il en soit, l’idée derrière la prise de contrôle du «Special Reserve Fund» de l’institut d’émission est que la dette extérieure est nuisible contrairement à la dette domestique (53,8 % du PIB). Une réduction de sa dette étrangère permet au gouvernement de favoriser une dépréciation de la roupie pour soutenir l’exportation. En même temps, la Banque de Maurice assouplit le taux d’intérêt afin d’aider le gouvernement à accroître sa dette interne pour financer le déficit budgétaire. C’est ce qui se dessine actuellement, une stratégie précipitée par la propagation du virus Covid-19.

Laisser filer la dette publique locale serait donc économiquement efficace, comme l’affirme Olivier Blanchard, qui est une référence pour notre ministre des Finances. Pour l’ancien économiste en chef du Fonds monétaire international, l’endettement est une politique payante lorsque les taux d’intérêt sont inférieurs à la croissance nominale de l’économie, dans lequel cas le pays peut continuer à vivre avec des déficits publics. Des taux d’intérêt bas signifient que le retour sur l’investissement privé est aussi faible. Dès lors, même si des projets privés sont évincés par le financement des dettes gouvernementales, la société n’aura pas beaucoup à perdre.

D’aucuns vont plus loin en s’appuyant sur la «Modern Monetary Theory», qui postule que le ratio dette-PIB n’a aucune pertinence dans des pays qui émettent leur propre monnaie, et que la seule contrainte sur les dépenses publiques est l’inflation. Cette nouvelle doctrine économique reçoit, heureusement, très peu de soutien des économistes en vue dans le monde. Elle séduit toutefois ceux qui soulignent le très faible taux d’inflation à Maurice.

Le problème avec ces deux approches, c’est qu’elles perpétuent un système où l’État n’est plus financièrement contraint, avec le risque que la dette publique devient incontrôlable. Elles créent même l’illusion qu’il n’est pas nécessaire de trouver de nouvelles recettes ou de réduire les dépenses pour résorber les déficits. Ce sera une aubaine pour les politiciens de faire de la démagogie durant les campagnes électorales en promettant toujours plus de dépenses mais jamais plus d’impôts.

L’accumulation de dettes reste problématique à Maurice, ne serait-ce que parce que l’épargne n’est pas abondante, et que la dette du secteur public augmente plus vite que le PIB. Par rapport au revenu courant du budget de l’État, la charge de la dette (capital et intérêts) est passée de 19 % en 2015-2016 à 27 % en 2018-2019. Elle constituait 6,5 % du PIB en 2019 alors que la croissance était de 3,3 % en volume et de 4,2 % en valeur. La croissance est donc insuffisante pour faire reculer le poids de l’endettement public, qui s’avère coûteux.

Un pays (les États-Unis) ayant un ratio dette-PIB de 77 %, qui réussit à lever 26 % de son PIB en impôt, a une dette plus soutenable qu’un pays (Maurice) ayant un ratio de 65 % mais qui est incapable de collecter plus de 20 % de son PIB en impôt. Ici, la capacité de remboursement de l’État dépend largement de son pouvoir de convaincre les prêteurs à le refinancer. On comprend alors pourquoi le gouvernement mauricien privilégie la dette locale plutôt que la dette extérieure, n’ayant pas de prise sur les étrangers. À décembre 2019, les banques détenaient Rs 116 milliards de titres publics, soit 45 % du total. Devant la menace de se voir davantage taxées et régulées chaque année, les banques sont contraintes de financer le secteur public...

Ramesh Basant Roi nous invite, avec raison, à lire le livre «Public Principles of Public Debt» de James Buchanan, dans lequel le prix Nobel d’économie de 1986 démontre que «there is no important conceptual difference between internal and external debt». Dire que la dette publique locale est sans conséquence parce que «nous la devons à nous-mêmes», c’est un argument spécieux.

D’abord, toute dette gouvernementale influe négativement sur l’investissement privé et donc sur la productivité nationale et les salaires futurs. Ensuite, quand le pays dépense au-dessus de ses moyens, il paiera tôt ou tard le prix de ses excès en matière de consommation. Et puis, la dette publique, qui est un impôt différé, introduit des distorsions dans l’économie, pénalisée par une mauvaise allocation de ressources.

Comme pour la dette externe, en raison des remboursements annuels, une dette intérieure excessive plombe la croissance économique.

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