Au nom du climat

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Comment ne pas s’enthousiasmer du virage vert de la MCB ? J’ai eu envie, comme tout le monde, d’y croire et d’applaudir. De trouver l’initiative de Klima Neutral 2050 formidable, de penser que la MCB aligne ses actions avec son discours.

Saluons d’abord les bonnes initiatives. Au premier plan, cette annonce de la décision de la banque de ne plus financer les projets de charbon. Une initiative qui s’inscrit dans une vague mondiale de comportements bancaires sous la pression de leurs actionnaires. À Maurice, le charbon, ce sont les producteurs d’électricité indépendants. Il leur reviendra de comprendre que leur modèle d’affaires trop charbonné est en perte de vitesse. Ces financements ne représentent que 100 millions de dollars.

Autre bon point : la décision de la MCB d’octroyer un milliard de roupies par an sur trois ans aux projets de transition énergétique. Mais le hic est que cette générosité vient avec un coup de pouce : une ligne de crédit de 75 millions d’euros sur trois ans, que la MCB reçoit de l’Agence française de développement, dans le cadre de son projet de finance verte. Ces fonds n’ont pas été augmentés les trois dernières années (0 % de croissance).

Enfin, un «Sustainability Report» détaillé qui va bien au-delà du rapport annuel en informations stratégiques sur l’impact climatique de ses activités. Aussi détaillées soient-elles, les informations à ce sujet couvrent seulement les activités mauriciennes de la banque. Pas les activités à l’étranger, qui comptent néanmoins pour 55 % des profits de la banque.

Entre-temps, sait-on quel est le «pilier» de la stratégie de la MCB ? Réponse au rapport annuel : «Building an energy and commodities hub». Le CEO explique que la banque «has become increasingly visible in this targeted niche market and is gradually stepping up its role of market marker vis-à-vis oil majors, refineries and commodity traders.» Bref, financer les énergies fossiles !Notamment en Afrique où les projets foisonnent. Des financements qui ont été multipliés par 2,5 de juin 2017 à juin 2019, passant de 890 millions de dollars à 2 013 millions de dollars (250 % de croissance). Ils comptent désormais pour 31 % des prêts accordés aux clients (24 fois plus que les financements verts).

Quel est l’impact carbone de ces financements d’énergies fossiles? «Il est trop tôt à ce stade pour évoquer un chiffre», répond la banque. Qui choisit de ne suivre que les financements verts sur le territoire mauricien (rentable sur le plan de l’image). Mais qui promet, encore, «une évaluation plus transparente et rigoureuse associée à ces financements ‘oil and gas’».

Si les climatologues s’inquiètent du «business as usual», la MCB, pour sa part, s’est engouffrée dans le «more business than usual». 250 % de croissance sur des financements dont les impacts ne sont pas quantifiés, contre 0 % de croissance pour ceux qui le sont. La raison de ce choix pollutant :«It is important to understand that our Energy and Commodities activities in Africa still contribute to the socio-economic development of the impacted regions by providing access to energy. It is therefore important to understand the energy context and imperatives of the countries in which we operate.»

Pour être équitable envers la MCB, nous avons tenté de mieux comprendre le contexte et les impératifs. Nous avons été du côté de la Banque mondiale. Pour l’expert et leader mondial du développement, les impératifs ont changé. Depuis 2019, la Banque mondiale ne finance plus les projets portant sur des énergies fossiles. La raison : «Technological and market shifts offered countries a range of low-cost options (such as solar and wind power) to increase access to energy», dit-elle, pour expliquer son retrait progressif de projets d’énergies fossiles qu’elle avait financés dans le passé.

Le développement restant un leurre, l’attrait de ces projets reste donc dans le service offert aux consommateurs d’énergie carbonée. Les opportunités d’affaires dans ce créneau sont encore robustes. La «niche» des énergies fossiles est d’autant profitable pour les banquiers du Sud que, dans les pays du Nord, on ne se bouscule plus pour la servir. D’autres institutions l’ont délaissée pour des raisons... climatiques. La Banque mondiale, la Banque européenne de développement, les fonds de placements des universités, du Vatican, les fonds de pension, les fonds indiciels. Tous se tiennent loin des énergies fossiles au nom du climat.

Jusqu’où ira ce double jeu ? Combien de temps la MCB communiquera-t-elle tambours battant sur ce qui est petit, sans impact majeur sur le changement climatique ?Et financera, dans l’ombre, des projets qui contribuent à l’aggraver

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