Pour chaque lauréat, 300 échoués: quelle justice éducative ?

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Ils sont environ 13 000 garçons et filles qui n’ont pu arriver jusqu’au bout de leurs études scolaires avec succès : ils ont délaissé l’école en cours de route suite à un échec ou à cause de leur situation socio-économique. Des 20 000 Mauriciens nés en 2002, on n’en retrouve que moins de 7 000 à la fin de leur scolarité avec un certificat de Higher School Certificate (HSC). Un système éducatif qui produit autant d’échecs et de drop-outs, année après année. Incapables d’inverser la tendance alors que nous parlons d’investissement dans la jeunesse, de leur avenir que nous tenons à coeur, de l’espoir qu’elle représente pour le pays.

Droit à l’éducation et injustice éducative

Qui dit droit, dit justice. Ou inversement. La justice éducative est déjà dans le vocabulaire de toute démocratie dite développée, tout comme la justice sociale ou la justice économique. Comme quoi, il n’y a pas que justice criminelle dans une société avancée ! 

Il y a deux mois, le Primary School Achievement Certificate (PSAC) nous révélait l’injustice d’un système à l’encontre des enfants de dix à 12 ans et issus de familles et de quartiers pauvres et fréquentant des écoles condamnées à l’échec. On sait aussi que ces enfants ne pourront jamais entrer dans ces collèges qui font des classes de HSC. 

S’ajoutent à ceux du PSAC, les résultats du HSC de la semaine dernière qui viennent nous rappeler d’autres aspects de l’injustice éducative devenue une caractéristique de notre société. Alors que l’éducation devrait servir à éradiquer les inégalités, le paradoxe veut que chez nous, elle les reproduise de manière récurrente, assurant du coup le maintien des marginalisés dans leurs ghettos de mal instruits et des mal lotis. Le droit à l’éducation dans notre société reléveraitil plus de la rhétorique pour politicien que d’une mission à réaliser ?

Quel gâchis fait-on de la jeunesse !

Le système éducatif mauricien n’est pas monolithique et il existe dans notre société des situations éducatives qu’il va falloir analyser dans une perspective de justice sociale. Pourquoi nous peinons à Maurice à instaurer cette justice éducative alors que nous avons de bons pédagogues, des éducateurs et autres experts, et que nos élites politiques proclament vouloir travailler pour une société inclusive et se gargarisent de vision moderne et d’investissement pour notre jeunesse, qualifiée «l’espoir du pays». Quel gâchis que l’on fait de la jeunesse, quelle tragédie pour un pays de constater que presque deux tiers de ses jeunes voient leurs capacités anéanties par un système éducatif fondé sur des prémices injustes. Le droit à l’éducation pour réaliser l’égalité des chances dans la vie serait-il si difficile à promouvoir dans le concret ?

Évidemment, ils ne sont pas tous riches ceux qui ont réussi à quitter l’école avec un certificat de HSC. Les parents ont consenti à bien de sacrifices. Mais pourquoi faut-il encore faire des sacrifices alors que l’éducation est gratuite ? Et, est-il donné à ceux vivant au seuil de la pauvreté le moyen de faire ces sacrifices, de dépenser l’équivalent de plus de la moitié du salaire minimum dans des leçons particulières ? 

L’exclusion, d’une majorité des enfants, du rêve d’être un jour lauréat s’amplifie. Puisqu’ on tue davantage l’espoir de justice sociale avec cette décision révoltante des 5 «credits», décision, dont on ne sait à ce jour si elle est «evidenced-based».

Folklore et paradoxe

Le folklore autour du phénomène lauréat exposé la semaine dernière dans les médias se culminera avec une réception au château. On y célébrera le départ de nos meilleurs jeunes pour des universités des pays très développés, aux frais du contribuable mauricien. Après leurs études, nos lauréats iront travailler dans ces pays, et contribueront à leurs économies. Réalise-t-on le paradoxe dans cette tradition qui se perpétue : on finance l’éducation depuis la maternelle jusqu’à l’université de ceux qui iront travailler pour d’autres pays ? 

Ou bien, est-ce une question de priorités ? Évidemment, lorsqu’on est plus occupé à transférer les pédagogues syndicalistes, à méditer sur les paroles de Rihanna, on n’aura pas trop de temps pour écouter les Mahend Gungapersad et les autres vrais du métier ! 

Entre-temps, pei pé fel.

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