Le choc du coronavirus

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Il semble qu’une pandémie éclate tous les cent ansEn 1720, une peste bubonique tuait 100 000 personnes à Marseille. Un nombre similaire de morts s’ensuivit en 1820 après qu’une épidémie de choléra s’était propagée en Thaïlande, en Indonésie et aux Philippines. En 1920, la grippe espagnole infectait au moins 500 millions d’individus et aurait causé plus de 50 millions de morts. Et voici, en 2020, le coronavirus de Wuhan..

Ces années-là furent aussi marquées, au plan économique, par des crises historiques.

En 1720, l’éclatement de «la bulle des mers du Sud» provoqua un krach de la Bourse de Londres, cependant que l’innovation monétaire proposée par l’économiste et banquier John Law permit la résorption de l’endettement public. Provoquée par la panique de 1819 qui entraîna un effondrement agricole, manufacturier et immobilier, la première dépression américaine fut toutefois de courte durée, s’achevant en 1821 lorsque la confiance dans la monnaie fut rétablie. Toujours aux États-Unis, la récession de 1920-1921 fut surmontée grâce à une correction des distorsions du marché, une réduction des effectifs du gouvernement et une relance monétaire.

Et aujourd’hui ? Pour paraphraser le philosophe espagnol George Santayana, si seulement nous pouvions tirer des leçons de l’histoire au lieu de répéter l’histoire..

Évitons d’abord de tout mettre sur le dos d’une épidémie les manquements du gouvernement pour redresser l’économie. La peste ou le choléra ne fut pas à l’origine des crises financières. Mais de nos jours, la Nouvelle École Classique, incarnée par le trio Lucas-Sargent-Barro, fait valoir que seul un choc exogène au système (tel le coronavirus au même titre qu’un choc pétrolier) peut être la cause du cycle économique, du boom-bust cycle. Celui-ci, en d’autres mots, ne résulte pas de la dynamique interne du marché. Une thèse qui néglige toutefois la responsabilité des autorités monétaires.

Les risques économiques du coronavirus doivent être évalués, mais il n’y a pas lieu de pousser des cris d’orfraie. Voilà cinq mois, les Cassandre avaient prédit un «Armageddon financier» pour la Grande-Bretagne si elle quittait l’Union européenne, l’OCDE affirmant que le Brexit «would be a major negative shock to the UK economy». Le peuple britannique a ignoré ces «experts» en élisant Boris Johnson, tout comme les investisseurs qui n’ont pas abandonné ce pays.

l est encore trop tôt de dire que «le coronavirus a paralysé l’économie mondiale». Son incidence pourrait, selon des études, s’élever à 500 milliards de dollars si l’épidémie durait une année. Elle serait, en tout cas, bien plus que celle du SRAS, car la Chine représente 17 % du PIB mondial aujourd’hui, contre 4 % en 2003. Toujours est-il qu’estimer un événement stochastique comme le coronavirus est aussi difficile que prédire le temps à Maurice.

Chez nous, on laisse entendre que la croissance économique pourrait perdre 0,5 point de pourcentage, une baisse assez conséquente pour faire douter qu’elle soit entièrement due au coronavirus. Même sans ce dernier, le taux de croissance glisserait vers les 3,0 % en l’absence de véritables réformes économiques. On veut bien admettre une chute des arrivées chinoises, mais elles ne représentent que 3 % de nos touristes, et les vols entre la Chine et Maurice ne sont pas rentables pour Air Mauritius. Si 17 % de nos importations viennent de la Chine, la production est plutôt concernée par les biens intermédiaires, notamment les matières premières pour l’industrie de la laine et du fil. Nos exportations textiles en souffriront, mais bien moins que notre concurrent chinois !

Il faut considérer l’impact net sur le PIB qui bénéficiera des effets de substitution positifs. Les biens de consommation locaux seront plus compétitifs que les produits chinois, devenus plus chers. La destination mauricienne sera plus attrayante aux touristes que les pays asiatiques, sauf si elle enregistre un cas avéré de coronavirus. Et la baisse des prix des matières premières et du pétrole atténuera l’appréciation des devises et bénéficiera aux producteurs et consommateurs.

C’est dire que le gouvernement paniquerait s’il succombait aux appels pressants des organisations patronales à grands coups d’injections monétaires et de déficits budgétaires. Son espace fiscal est d’ailleurs assez restreint : pour l’élargir, il lui faudrait revenir sur ses généreuses promesses électorales. En période de crise, les politiques dites de stabilisation sont vouées à l’échec. La maîtrise des dépenses publiques, la stabilité monétaire, la déréglementation et le libre échange sont de meilleurs moyens de renforcer l’économie.

Depuis les écrits de Malthus, la hantise de «la crise» habite les esprits. La crisis latine renvoie à la manifestation violente d’une maladie, alors que la krisis grecque signifie jugement et décision. Le temps est à l’action, essentielle pour que la crise née du choc du coronavirus fasse jaillir des opportunités salvatrices.

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