Met lazwa dan to leker

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Dimanche matin. Tu te réveilles avec le chant du coq, aux aurores. Tu as envie de tordre le cou à ce gallinacé de malheur mais tu te ravises : la voisine risque de mal prendre la chose ! Déjà qu’elle est de nature bougonne et a l’habitude de te surveiller tel un radar. Pire que toutes les caméras de Safe City à elle seule ! À cette pensée, tu rigoles un bon coup. Finalement, ce n’est pas si mal de se lever de beau matin, même un dimanche. Tu as tout à coup envie que ta journée se passe bien. Le sourire aux lèvres, tu vas faire tes ablutions matinales. «Je suis heureux de vivre. Heureux de voir les premiers rayons du soleil nous réchauffer. Heureux de me sentir vivant…»

Tu quittes la maison. Direction la boulangerie du quartier. De loin, tu humes la bonne odeur du pain frais et chaud. Assise sous la varangue de la boutique de Ton Anand, Amaye Mala est en train de transformer du plomb en or : elle prépare des gâteaux piments. Ô le merveilleux parfum de ces petites boulettes de bonheur ! Ton estomac crie sa faim dès qu’il reçoit le signal qu’il y a des «gato pima» dans les parages. Vite, tu achètes ton pain et tu fonces faire la queue devant le petit fourneau vivant d’Amaye Mala. Et là, en attendant ton tour, tu écoutes les dernières palabres du quartier…

Faut dire que ça cause, une file d’attente ! Ça vaut toutes les radios du monde et ça fait même concurrence à Facebook, exception faite des selfies «en veux-tu en voilà». Tu te dis que les gens s’aiment tellement qu’ils veulent en faire profiter à la Terre entière, en montrant leur tronche à leurs amis et même à leurs ennemis. Histoire de leur dire «ki mo pe la, mo touzour pe la», sans doute. Tu sors de ta rêverie car tu viens d’entendre prononcer ton mot fétiche : Liverpool. On cause foot car il y avait match, la veille. Tu le sais bien, parce que tu as regardé ton équipe préférée écraser l’autre, là (to kone kisannla, mo sir), sans aucune pitié.

Tu te régales de la description de ce massacre et tu pousses un gloussement d’autosatisfaction. L’amateur de «gato pima» qui se trouve devant toi se retourne. Il sourit. C’est un frère de foot. Ouf, tu ne vas pas de faire écharper par un fan de l’autre équipe (to kone kissanla, mo sir).

Enfin ! Après trois jurons contre l’arbitre, deux malédictions contre l’entraîneur (de la part des vaincus) et dix éclats de rires moqueurs des vainqueurs, tu es enfin devant les boulettes de joie dorées. Amaye Mala t’en remplit un grand cornet et tu ne peux résister à la tentation d’en manger une, là, tout de suite. C’est chaud et ça fait du bien partout. Tu repars vite chez toi. Le pain maison est croustillant. Tu te fais un thé rapidos. Le beurre n’attend que ton couteau pour venir amoureusement caresser la tendre mie moelleuse du pain. Tu enfournes cinq «gato pima» dans ton pain. Mais, gourmand, tu en rajoutes un. Quand on aime, on ne compte pas. Et tu savoures ton instant de bonheur…

La panse bien tendue, tu te dis qu’il faut se dépêcher pour aller au bazar du coin. Les légumes ne vont pas attendre longtemps, sous ce soleil qui te brûle déjà la peau. Là-bas, tu regardes avec amusement les gens aller et venir entre les étals des maraîchers. Certains semblent pressés, d’autres, au contraire, flânent avec nonchalance, allant de ci et de là. Mais tout ce monde te fait te sentir vivant, heureux d’être là. Car ta situation aurait pu être pire. Tu aurais pu être malade, alité, malheureux, ou pire…

Alors, tu savoures ce bonheur d’être vivant. Tu réaffirmes ta confiance en la vie. Tu te dis que les gens courent souvent derrière l’éphémère et le superficiel, en oubliant tout simplement de prendre le temps de vivre. Le paraître qui a pris le dessus sur l’être. Tu te dis que c’est dommage, que des vies sont gâchées ainsi, irrémédiablement. Que le bonheur est dans notre coeur. Il flotte en nous, tel un suave parfum de «gato pima» frit…

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