Prendre la clé des champs

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Comment naît une habitude, cette «faculté qui conserve en nous les actes passés», cette «force qui tend à reproduire ces mêmes actes» ? Comment s’enracine-t-elle au sein d’un groupe social ? Comment finit-elle par dépasser la simple notion de tendance et devenir mode de vie ? On ne peut s’empêcher de se poser ces questions en assistant à la croissance exponentielle du «trail running» à Maurice et dans la région océan Indien et à l’adhésion populaire qu’il suscite.

À Rodrigues, où les trailers de Maurice et de la Réunion s’étaient donné rendez-vous le 3 novembre, et quelques autres aussi venus d’horizons plus lointains – Afrique du Sud, France, Allemagne –, le trail est non seulement en passe de devenir phénomène de société, il est l’événement phare et le moteur du principal pilier économique de l’île : le tourisme. Il est la vitrine d’un pays de quelque 42 000 habitants qui a fait de la simplicité de son mode de vie et de l’authenticité sa signature identitaire.

Tous ceux qui ont posé les pieds dans ses sentiers sont devenus les ambassadeurs de la sérénité retrouvée. L’harmonie naît de l’équilibre. Si le progrès et le développement comportent de nombreux avantages, ils s’accompagnent hélas de nombreux désagréments également. À force d’être réduit au rang de simples éléments dans une chaîne de production géante n’ayant pour but final que le profit, à force de vouloir faire toujours plus vite, toujours «mieux», l’Homme est pris dans un engrenage infernal qu’il a créé lui-même et dont il ne peut plus s’extirper. Il est la victime consentante sacrifiée tous les jours sur l’autel du stress insidieux et permanent. L’Homme se déshumanise et c’est peu dire.

Il n’a qu’un souhait au fond de lui : s’arrêter, faire halte. Respirer comme avant, comme au temps de son enfance, au temps de l’insouciance. Comme il fait bon alors se retirer à Rodrigues pendant quelques jours, se protéger de la folie d’un monde qui a déifié son dérèglement. Prendre la clé des champs, gambader parmi boeufs, cabris et moutons, cueillir l’aube à nouveau en entendant le chant du coq.

C’est cette promesse que réalise Rodrigues tous les ans en sus d’offrir à des coureurs qui préfèrent les sentiers à l’asphalte un terrain de jeu tout en collines et en défis. En espérant que cette île qui rappelle Maurice et la Réunion il y a cinquante ans sache se protéger aussi des méfaits du progrès et du développement qui ne manqueront pas d’accoster ses terres hospitalières. Sa grande richesse est d’avoir su préserver son âme et de nous rappeler que nous en avons une aussi. Ce que le monde moderne nous oblige à oublier trop souvent.

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