Diaspora, les exclus du scrutin et l’autre campagne

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Évidemment, c’est trop tard pour cette fois-ci. Mais il est nécessaire que le système entourant l’exercice du droit de vote soit revu avant les prochaines élections générales. Au moins pour deux raisons : premièrement, il est nécessaire aujourd’hui de revoir l’interdiction faite à un citoyen mauricien établi à l’étranger de voter lors des élections générales qui se déroulent à Maurice. Deuxièmement, ces jours-ci, on est confronté à de multiples cas où des citoyens mauriciens, électeurs ayant déjà voté lors de précédentes élections, constatent que leurs noms ont été enlevés de la liste électorale.

Pour la diaspora mauricienne, la proposition est conforme à ce qui se passe dans d’autres pays où la sauvegarde du lien entre le citoyen et le pays relève d’un impératif national de non-exclusion et de la liberté du Mauricien d’être ailleurs. Il est grand temps que notre pays reconnaisse le droit à ceux qui sont de nationalité mauricienne, citoyens de la République de Maurice, de maintenir un lien, autre qu’émotionnel, social ou culturel, avec le pays : le patriotisme implique une participation à la vie publique, politique, notamment la possibilité de voter à des élections générales. Il y aura bien sûr des questions de logistique à résoudre, mais l’essentiel de notre proposition porte sur le principe de la reconnaissance de la diaspora mauricienne, et sa compatibilité avec les réalités politiques et économiques du jour.

Sur le plan politique, la participation de la diaspora correspond à un élargissement de notre champ démocratique. Le fait d’être dans un autre pays ne devrait pas enlever au citoyen mauricien son droit constitutionnel. D’ailleurs, en laissant voter une certaine catégorie de personnes, celles affectées à nos ambassades à l’étranger, il est démontré que l’éloignement géographique n’est pas une raison de refus du droit de vote au citoyen mauricien. Est-ce donc le statut de fonctionnaire qui fait la différence ?

Le cadre réglementaire concernant le droit de vote des Mauriciens à l’étranger est resté figé dans le temps alors que le contexte a largement évolué concernant l’importance qu’un pays devrait accorder à sa diaspora. On n’a qu’à regarder ce qui se passe dans d’autres pays qui font tout pour rattacher leurs citoyens à la mère patrie. Regardons l’Inde.

À Maurice, nous devons comprendre l’urgence de nous relier avec nos compatriotes établis à l’étranger car au-delà du maintien des liens sociaux et familiaux, il importe de saisir leur apport dans un nouveau modèle de développement économique de notre pays. Aussi, compte tenu de la décroissance démographique et le vieillissement de la population de Maurice, il y a lieu de considérer la ressource que représente la diaspora pour faire face à de tels défis. Nous voilà avec un chantier à venir, pour que des Mauriciens se trouvant ailleurs pour de bonnes raisons, puissent être reconnus comme électeurs !

Autre question dans l’actualité : ces Mauriciens, à Maurice, frustrés de ne pas pouvoir exercer leur droit et qui se voient opposer la laconique réponse de la commission électorale, selon laquelle tout a été fait dans les règles. D’accord. Mais, il importe de questionner ces ‘règles’ qui produisent des cas de frustration, démontrant que le système d’enregistrement doit être revu. Et que l’enlèvement d’un nom du registre électoral soit traité différemment. Nous sommes bien à l’ère digitale, et parlons de «e-government», et la commission électorale a bien introduit une application pour suivre le nombre de votants le jour du scrutin, n’est-ce pas ? Alors pourquoi s’en priver pour l’enregistrement des électeurs ?

Un peu de spéculation pour conclure. Malgré la tenue des élections générales en ce jour, la campagne électorale ne va pas s’arrêter, elle va changer d’objectifs. Elle consistera pour les dirigeants des principaux blocs qui se sont affrontés de convaincre leurs partisans respectifs de la nécessité d’une alliance, et leur faire accepter qu’un de leurs anciens adversaires devienne leur nouveau partenaire.

«Mo donn zot rendez-vous dan laviktwar», comme ils disent !

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