Les dés sont jetés

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«Rien ne sert de courir, il faut partir à point.» Ce proverbe vieux comme le monde veut dire ce qu’il veut dire. Extrapolons et entrons dans le monde politique. Le Premier ministre, jusqu’à vendredi, avait la main sur les événements menant vers les élections générales. Il a dissous le Parlement le 6 octobre, passé au Kärcher l’ensemble de son gouvernement, procédé à des recrutements, géré des dissensions et autres coups de gueule, joué au pompier là où il le fallait, lancé sa campagne à Ste-Croix le 9 octobre, tout en affichant une confiance absolue dans ses chances de se voir reconduire aux commandes du pays le 8 novembre. Une campagne éclair, une sorte de Blitzkrieg, rapide et chirurgicale, destinée à anéantir l’adversaire principal du MSM, l’alliance PTr-PMSD. Sauf que deux jours plus tard, l’Alliance Nationale du tandem Ramgoolam-Duval semble avoir repris la main. Flacq, vendredi, marque un tournant important de la campagne.

Qu’est-ce qui fait courir Pravind Jugnauth ? Pourquoi cette soudaine précipitation pour tenir des élections générales dont ses troupes et lui-même disaient qu’elles n’étaient pas dans leur viseur. Que les législatives auraient lieu en 2020, au bout du bout du mandat de la défunte alliance Lepep. On répétait sans cesse que le Parlement tiendra jusqu’à sa dissolution automatique le 21 décembre. Il y a plusieurs explications à cela.

Une des raisons pour tenir des élections anticipées demeure la gestion du calendrier électoral. Depuis mars dernier, le contrôle de ce calendrier n’est plus du ressort du Premier ministre. L’explication s’appelle Vishnu Lutchmeenaraidoo. Celui qui, en 2014, fut présenté comme le magicien qui allait tirer le second miracle économique de son chapeau, a tout simplement fait pschitt ! Point de miracle. En claquant la porte du gouvernement, il forçait la tenue d’une élection partielle au no 7. Fixée au 13 novembre, cette partielle est devenue caduque avec la dissolution du Parlement. LePTr ayant choisi d’y aligner Anil Bachoo, contre lequel le candidat du MSM n’aurait pas tenu un round, on devine mieux pourquoi Pravind Jugnauth n’allait jamais prendre le risque d’organiser la partielle.

Une autre raison qui peut expliquer la dissolution se nommerait Navin Ramgoolam. Le leader du Parti travailliste avait 12 affaires juridiques accrochées au cou depuis 2015. Onze d’entre elles ont été mises de côté par la justice, pour diverses raisons. Le magistrat s’occupant du dernier cas, l’affaire des coffres-forts, se prononcera sur la question le 15 novembre. Oui, huit jours après les élections. Coïncidence ? Ou est-ce que le gouvernement craindrait un douzième acquittement pour Ramgoolam, ce qui entraînerait des effets boule de neige terribles pour le pouvoir : le leader du PTr sort blanchi de toutes les accusations portées contre lui, il se refait une virginité politique, ses troupes sont requinquées, ses adversaires n’ont plus d’arguments de campagne pour le clouer au pilori, plus moyens d’utiliser les images des coffres etc. Bref, un scénario cauchemar pour le MSM.

L’état de déliquescence totale dans lequel se trouverait l’actuelle majorité expliquerait aussi la précipitation pour le scrutin du 7 novembre. Le lot d’une bonne centaine de scandales depuis 2015 (le dernier remonte à deux jours) ne permet pas à l’alliance MSM-ML d’aborder sa fin de mandat avec sérénité. On a perdu le compte du nombre de députés, de PPS et de ministres sortants qui seraient impliqués dans des affaires. Certains ont perdu leur portefeuille ministériel, d’autres, comme Roshi Bhadain et Vishnu Lutchmeenaraidoo, ont démissionné comme députés, d’autres, encore, éclaboussés par de ténébreuses affaires, ont néanmoins conservé leur poste, une lettre de démission dans la poche.

En se débarrassant de tous ses canards boiteux après la dissolution, Pravind Jugnauth semble oublier une chose : pourquoi maintenant ? Pour quelles raisons ces membres du gouvernement qui n’ont pas obtenu d’investitures pour le 7 novembre, n’ont pas été sanctionné au moment de la faute reprochée ? Serait-ce parce qu’ils auraient fait du chantage à la démission et auraient provoqué des partielles ?

La campagne va s’accélérer. Le «Nomination Day» du 22 octobre va permettre de connaître le positionnement des principaux protagonistes. Le PTr fera connaître sa liste de candidats, avec la rupture annoncée par son leader attendu au tournant. Le MMM et l’alliance MSM-ML s’activeront un peu plus et on aura un aperçu des divers programmes électoraux. Alea jacta est.

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