La date du 7 novembre et… surprise stratégique !

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Impossible qu’il n’y ait pas eu quelque réflexion chez le gouvernement avant d’annoncer la date des prochaines élections générales, qu’il n’ait pas soigneusement examiné toutes les variables qui lui sont favorables, ou qu’il ait choisi une date comme ça, au hasard, sans se soucier de ses chances et des risques qu’il prend. Une décision d’opter pour la durée minimum légale entre la dissolution du Parlement et le jour du scrutin ne peut être prise sur le pif, ou sous l’emprise d’une quelconque impulsivité, un coup de tête. Tout laisse croire que derrière la date du 7 novembre, il y a eu calcul. Avec, comme but recherché, l’effet de surprise sur l’adversaire.

Pendant ces cinq dernières années, la population a eu l’habitude d’entendre les adversaires du gouvernement réclamer la tenue des élections générales à chaque fois qu’éclatait un scandale. Ou encore, elle s’était habituée aux déclarations répétées selon lesquelles les élections étaient derrière la porte.

Si tout le monde savait que les élections allaient venir tôt ou tard, il n’y a eu aucun signe pouvant nous laisser imaginer que les deux dates, dissolution du Parlement et jour du scrutin allaient être si rapprochées pour ne laisser aux candidats qu’une campagne électorale brève, leur enlevant ainsi la liberté de sortir leur artillerie contre le gouvernement. L’effet de surprise prend tout adversaire à contre-pied.

Les élections ressemblent à une guerre, où les partis mettent toutes leurs intelligences en oeuvre afin de vaincre leurs adversaires. Tout comme les alliances font partie de la stratégie électorale des partis politiques, la durée de la campagne électorale est à la disposition du gouvernement sortant, qui a le pouvoir d’en faire une arme redoutable, rendant la guerre inégale. Donc, adieu level playing ground !

Ruse de guerre ou utilisation de la surprise stratégique : cela peut choquer les esprits démocrates, mais demeure conforme aux dispositions contenues dans notre cadre légal sur la tenue des élections. Aucun des dix gouvernements que le pays a connus depuis l’Indépendance n’a vu quelque inconvénient qu’il en soit ainsi. Le système a été maintenu par chacun d’eux, pensant sans doute à en faire usage, à son avantage, au moment venu. Par ailleurs, dans le passé, le pays a connu au moins un recours à la campagne électorale de courte durée. Sauf que le gouvernement d’alors s’était retrouvé pris au piège de sa propre stratégie.

Même si tout gouvernement sortant cautionnerait la surprise stratégique comme moyen rusé de vaincre ses adversaires, il serait dangereux pour la démocratie d’en faire une pratique acceptable. Même si c’est légal, nous devrions être capables de mettre en cause sa légitimité lorsqu’il y a un usage abusif du texte légal en excluant l’esprit qui l’anime. Il est évidemment inconcevable que l’on puisse croire que le législateur ait voulu faire consacrer par le Representation of the People’s Act ou par la Constitution, le délitement de la démocratie, par le biais de la surprise stratégique.

Dans un système où le choix existe entre se coller aux mots du texte selon les humeurs, les intentions, les calculs, ou se fier à l’esprit de la loi, la tentation à un abus de prérogatives est inévitable. Il y a lieu dans de telles circonstances de faire comme au temps de la rédaction des codes napoléoniens : rédiger la loi de la manière la plus exhaustive possible, afin qu’elle puisse régler les divers scénarios fomentés par les esprits les plus fins. Bref, empêcher les malins à «utiliser l’intelligence pour rendre la guerre inégale», comme le disait Machiavel. L’art de guerre.

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