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Et si notre société traitait la violence contre les femmes de la mauvaise manière depuis tout ce temps ? Nous avons tendance à réagir après coup quand un acte de violence est commis contre une femme. «Apre lamor, latizann» comme on dit dans notre si belle langue créole. Certains vont être horrifiés par l’acte, d’autres réclameront la peine de mort contre l’agresseur, voire diverses autres punitions. Il se trouvera aussi des gens qui, doctement, diront que l’agresseur aimait trop la femme qu’il a agressée, ou qu’il a eu des traumatismes dans son enfance, ce qui expliquerait sa façon de se comporter envers les femmes. Et bien d’autres excuses du même acabit. Mais si on se trompait ? Si, au lieu de grands discours politiques et académiques sur le besoin de protéger la femme et la jeune fille, ne faut-il tout bonnement pas dire à l’homme : «cesse de t’en prendre à la femme. Arrête de l’attaquer pour un oui ou un non» ?

Car c’est là le point focal de l’affaire. La société et les médias, entre autres, ont, en général, une approche phallocentrique, voire patriarcale, des sujets qui impliquent des actes ignobles ou anodins commis contre des femmes. Soit on cherche à dédouaner l’homme ou le garçon impliqué, parce que «garson sa», ou on fait la femme porter le chapeau de la culpabilité et de la responsabilité (linn rodé, li pa ti ena pou fer lagel, li pa ti bizin abiy koumsa, etc.). Nous formons des monstres. Inutile de discourir ad vitam aeternam sur le pourquoi des agressions contre des femmes. Cela ne sert malheureusement pas à grand-chose. Les récents cas de féminicides et d’agressions verbales et physiques prouvent, hélas, que même les sanctions pénales et juridiques ne peuvent empêcher un homme de tuer ou de violenter une femme s’il a décidé de le faire.

Tuer. Le mot est approprié. Un homme tue un autre homme dans le cadre d’un meurtre, prémédité ou pas, et on décrit l’acte comme tel : c’est un crime. Mais, si le même homme tue sa femme, sa compagne, sa petite amie, son amante, par magie, ce n’est plus vu comme un crime. Non, c’est de la violence conjugale ! C’est con. Et c’est criminel de notre part. Car on élève nos garçons dans le pur style du garçon-roi. Un roi qui a droit de vie ou de mort sur la femme. C’est faux, vous croyez ? Faites votre introspection. Observez comment les garçons sont élevés dans notre société. Maintenant observez comment cette même société traite ses filles. Vous aurez votre réponse.

Oui, nous élevons des bourreaux en puissance. Même l’auteur de ces lignes a grandi avec une certaine idée de la primauté masculine sur la gente féminine. Avec les tares et les comportements primaires qui vont avec. Mais il y a heureusement des hommes qui finissent par comprendre une chose : que l’homme n’a aucun droit sur la femme. Elle n’est pas sa propriété. Il ne peut en disposer comme bon lui semble. Il ne peut lui dicter sa conduite, son éducation, sa façon de vivre, les choses qu’elle doit faire, celles qu’elles ne doit pas faire, sa sexualité, sa façon de s’habiller, ses amours, ses envies, et bien d’autres choses encore.

L’homme doit comprendre que la femme n’est pas qu’une matrice, juste bonne à faire des enfants. Ou un vagin, qui ne demande qu’à subir la loi du mâle. Le garçon doit savoir qu’il ne faut pas toucher une fille sans son consentement, qu’elle n’est pas un jouet ou un punching-ball. Que tuer veut dire meurtre. Que viol veut dire agression. Que violence psychologique, harcèlement moral et sexuel, déchéance émotionnelle, remarque sexiste, plaisanterie scabreuse, toucher inapproprié, regard salace, sexting nondesiré, mimique sexuelle avec langue et mains, mariage avec mineure, et tant d’autres violences faites contre les femmes et les filles veulent dire crime. Tout simplement.

Voilà. Homme, cesse d’être le salaud macho en lequel tu te transformes des fois, comme un super-vilain. La femme n’est pas un ennemi que tu dois attaquer et violenter. Si tu arrives à comprendre cela, on aurait fait du chemin. Si elle veut te quitter, pour ses raisons à elle, laisse-la. Si elle ne t’aime plus, laisse-la. Si elle t’a dit non, laisse-la tranquille. Fout lui la paix. Ta virilité, ou ton absence de virilité, n’a rien à y voir. Ton insécurité émotionnelle, c’est à toi de la gérer. Mais pas en contrôlant ta femme ou en lui tapant dessus. «Pa tous li. Ditou.» Compris ?

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