Parti Kouyon pé dir: «Lil Morist, vot blok!»

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Les élections générales étant, comme chacun le sait, «deryer laport», nous accueillons cette semaine le leader du Party Kouyon, Prem Chokra, qui vient nous présenter son programme gouvernemental. Cela, évidemment, si son parti remporte la majorité des sièges. L’homme qu’on appelle M. Kouyon nous livre le fond de sa pensée. Interview (un peu) décalée. 

Prem Chokra, depuis quand êtes-vous politicien ? 
Écoutez, d’abord je vous remercie de me donner l’occasion de m’exprimer dans vos colonnes. Nous sommes un parti relativement jeune. J’ai moi-même 35 ans. Mes amis et moi, au Party Kouyon, nous nous préparons pour les élections générales depuis plus de 14 ans… 

… certains disent que vos «14 inn vinn 28». 
Éoula ! Rien de plus faux ! On est «kouyon» mais on n’est pas fou. D’ailleurs, on aurait pu prendre pour symbole un «piaw». C’est un gâteau délicieux, le «piaw». Non, nous avons opté pour le «blok» de ciment. C’est solide, un «blok». Aux élections, je demande à Lil Morist de voter «blok». Nou pou donn sok! 

D’accord. Mais quel est le palmarès de votre parti, aux élections ? 
Nous avons participé à beaucoup d’élections. Mais jusqu’à présent, nous n’en avons remporté qu’une seule. Je fus élu. Ce fut une belle expérience… 

Intéressant. C’est quand et lors de quelle occasion ?
C’était il y a 14 ans, à mes débuts. Je m’étais présenté à l’élection de remplacement pour être le représentant de mon étage au sein du conseil d’administration du syndic de l’immeuble où j’habitais. Il n’y avait qu’un seul candidat. Je suis encore ému quand je pense à cette victoire.

Euh ! Passons au présent. Prem Chokra, dites-nous pourquoi les électeurs et électrices doivent-ils voter pour le Party Kouyon ? 
Simple. La population est déjà «kouyon». Je demande donc à tous les «kouyon» de retourner à «lakaz mama». Depuis cinq ans, le peuple, dans sa grande sagesse, gobe tout ce qu’on lui dit. On lui fait prendre des vessies pour des lanternes ; on le tourne en bourrique ; on lui fait croire tout et n’importe quoi ; on lui montre, par exemple, une langue et un «karo kann» et on lui dit de circuler, il n’y a rien à lécher. On lui demande un nouveau mandat, tout en l’enfumant matin, midi et soir et, lui, «lepep kouyon», il en redemande ! Alors, quitte à se faire couillonner pour encore cinq ans, autant que ce soit par le Party Kouyon ! 

Je comprends votre logique. Que reprochez-vous à ceux qui nous dirigent ? 
De ne pas avoir tenu leurs promesses ! Beaucoup de gens n’ont toujours pas l’eau 24/7. Des mères et des pères de familles ont perdu leur boulot, la direction de leur entreprise ne pouvant payer le salaire minimum. Le Metro Express pèse très lourd sur nos épaules. Pourtant, ils avaient dit que s’ils remportaient les élections, ce projet serait mis au placard. Kot sa! Ils jonglent avec l’argent de l’État – l’argent du peuple – comme s’ils le puisaient de leurs poches. Ils nous prennent Rs 10 et nous refilent dix sous, en l’enrobant de papier cadeau, et ils veulent qu’on les remercie ! Chaque habitant, chaque enfant qui naît a une dette de Rs 300 000 sur sa tête. Sans parler de la centaine de scandales, ceux qu’on a pu découvrir. Et ce n’est pas fini… 

Que proposez-vous concrètement ? 
Je veux que le peuple mange à sa faim. Pas de biscuits secs et d’eau fraîche mais des aliments décents, vendus à des prix abordables. Je ferai de sorte que mes ministres donnent le bon exemple. On ne va pas s’empiffrer de caviar et de petits fours luxueux ou boire des vins de grands crus dans des palaces pendant qu’une partie de la population va se coucher tous les soirs le ventre vide. Je diminuerai les salaires de l’exécutif et du législatif de moitié. Plus d’escorte policière pour les ministres. Ni même pour le Premier ministre. Si on fait notre travail bien, personne ne va nous attaquer. 

Allez-vous déclarer vos avoirs si vous êtes élu ? 
Évidemment ! Et la liste de tous nos avoirs sera rendue publique. Je ferai aussi passer la Freedom of Information Act. On ne peut plus tolérer l’opacité et la loi du silence sur des dossiers publics d’importance nationale. Le gouvernement est élu par le peuple et il doit rendre compte au peuple. Nos politiciens se comportent trop en petits potentats, en princes tout droit sortis de la cuisse de Jupiter. Bizin aret sa! 

M. Kouyon – permettez-moi de vous appeler ainsi – que feriez-vous lors des premiers jours de votre mandat si vous devenez Premier ministre ? 
Je donnerai l’exemple. Plus de voitures de luxe pour mes ministres et moi. Que de l’électrique, non-polluant. On se met au travail tout de suite. Pas de politique de vengeance. Pas de table rase sur les bonnes réalisations de nos prédécesseurs. On améliore là où il le faut. Je ferai revoir les prix de plusieurs denrées de base, qui sont trop taxés à mon avis. Des actions urgentes seraient prises pour redonner confiance au secteur financier, au tourisme, à l’agro-industrie, au commerce, afin de relancer l’économie. Les mégas projets infrastructurels en cours vont être menés à termes mais on ne va pas alourdir la dette publique avec de nouveaux projets… 

Prem Chokra, le mot de la fin… 
Peuple de Lil Morist, ton destin est entre tes mains. Va voter, même si tu n’en as pas trop l’envie. Car, si tu ne le fais pas, ne vient pas pleurnicher sur les épaules de M. Kouyon après. Sers-toi de ta tête, réfléchis. Sinon, tu justifieras ton surnom de «lepep kouyon» ! 

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