Guerre commerciale

Avec le soutien de

C’est une guerre qui ne porte pas d’armes. Une guerre des nerfs. Une guerre des tarifs douaniers. La Chine et les États-Unis n’arrivent pas à s’entendre sur les dispositions qui encadrent leurs échanges commerciaux. Et quand bien même ils jurent d’essayer à nouveau, en septembre, les marchés mondiaux commencent à tabler sérieusement sur un échec des négociations.

Les États-Unis font grimper les droits de douane sur les produits chinois. La Chine leur rend la réplique et décide de ne plus acheter des produits américains. Tant pis pour les fermiers du Midwest (base électorale de Trump) qui resteront avec le soja sur les bras.

Les Chinois, de leur côté, ont décidé de s’approvisionner ailleurs pour nourrir leurs porcs. Sauf qu’ailleurs, c’est plus cher. Et la récente dévaluation du yuan en deçà du seuil de 7 yuans pour un dollar américain n’arrange pas les choses. Incidence directe sur l’inflation qui a grimpé à 2,8 %. La composante la plus touchée est le prix des denrées alimentaires de base, affectant toute la population.

En parallèle, dans les capitales européennes, zoom sur le Brexit. Ou sur l’enlisement du processus. Au bout de trois ans de débat les Britanniques sont toujours divisés en deux camps : ceux qui pensent que le commerce est la clé de la bonne gestion des affaires publiques d’un pays et ceux qui sont prêts à en relativiser l’importance.

Jusqu’à présent, ces différents conflits ne se traduisaient qu’en guerres des mots. Le commerce avait continué sans qu’on ne s’en rende compte. Désormais, la situation a commencé à basculer. En Chine comme aux États-Unis, les effets réels se font sentir. En Europe, les Britanniques se préparent à toutes sortes de pénuries ou de changements dans les structures des prix qui reflèteraient ce nouveau rapport de force commercial post-Brexit.

La guerre des chefs passe donc à une guerre des porte-monnaie. Dans tous les cas, ces politiques ne peuvent être poursuivies sans une demande de soutien de la population. Pour cela, les dirigeants s’attèlent à travailler sur des discours idéologiques. Renforçant l’idée qu’une nouvelle forme d’économie et de commerce construite sur des restrictions idéologiques est plus favorable qu’une économie ouverte. Dans l’ancien système, le but était de devenir plus riche en tirant profit de la compétitivité relative d’un producteur et d’en accumuler les bénéfices. Dans le nouveau système, la réussite appartient à celui qui a su recréer un système autonome sans dépendre de l’autre.

Comme ce soutien n’est pas garanti, les dirigeants tentent d’en mitiger les effets réels par des politiques monétaires plus souples. La Fed allège son taux directeur dans un ultime effort pour démontrer que la croissance survivra à ces politiques. La Chine dévalue son yuan...

Entre-temps, sur notre petite île, nous jouons les matamores. «Ces stupides guerres commerciales ne nous concernent pas. Nous sommes résolument pro-commerce», martèle-t-on. Sauf que, dans notre cas, la guerre commerciale a déjà été jouée. Même si nous n’avons pas joué les provocateurs, les conséquences sont les mêmes. Les filets de protection sont tombés. Les accords multilatéraux ont laminé les perspectives de croissance par les services. Reste maintenant les conséquences et les porte-monnaie.

Voyons les statistiques : hausse de 13,7 % du déficit commercial en mai. Les Mauriciens continuent d’importer davantage qu’ils n’exportent. Pour combien de temps ? Comme les Américains et les Chinois, on tente de sauver le bateau avec une politique monétaire plus flexible. Les taux d’intérêt sur la roupie ont baissé de 4 % à 3,5 %. Cette astuce monétaire suffira-t-elle à renverser la tendance lourde qui pèse sur notre profil de consommation ?

Ce qui est différent ici, c’est le discours. Tout se passe comme si le ralentissement du commerce ne nous concernait pas. La population n’est pas avertie de l’impérieuse nécessité de construire des modes de consommation différents, des systèmes d’échange plus locaux, moins ouverts sur le monde. On présente encore les formes d’économie nouvelles comme des alternatives qui seraient encore un choix. Un mode de vie de nouveau genre qui s’offre à la nouvelle bourgeoisie bobo-écolo. Pas un choix politique forcé qui affecterait toute la population.

Pourtant, si la dégradation du déficit commercial se poursuit au rythme actuel de 10-12 % par an, le moment de l’absence de choix se rapproche dangereusement. Entre-temps, à entendre nos leaders, notre avenir dépend du profil amoureux de nos dirigeants ? Très sérieusement.

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