Political Financing Bill: Et l’argent tua l’engagement!

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Le projet annoncé d’une loi sur le financement des partis politiques et, plus particulièrement, sur les dépenses lors des campagnes électorales, comporte un revers, sur lequel il est urgent qu’une réflexion soit faite par tout Mauricien épris de liberté et de démocratie. Le projet contient une disposition qui vise à consacrer une pratique qui mine la politique dans notre pays depuis déjà quelques décennies, avec sa charge de corruption, de népotisme, de copinage et de tous les vices que charrie le pouvoir de l’argent. Money is, Money does!

La fin de l’engagement

 Dans son rôle de soutien au parti pour lequel il se bat, le partisan, l’activiste, le militant sera remplacé par l’investisseur, le chercheur de profit, le gold digger. Pour le pays, ce sera un pas de plus dans la déchéance politique. En glorifiant ouvertement, publiquement, en officialisant par un texte de loi, l’importance accordée au bailleur de fonds, l’on est en train de proclamer la fin de l’engagement politique volontaire. En éclipsant le partisan au faible apport financier, au profit du banquier milliardaire ou le groupe puissant, on tue chez le Mauricien ce qu’il lui reste de sentiment altruiste, on lui enlève, quelque part, cette nécessité de penser pour son pays. Bref, on piétine un principe fondamental de participation dans la vie politique, on brûle ce qu’il reste de militantisme, d’activisme partisan, chez le peuple, autour de qui plane déjà la tentation de l’indifférence.

On viendra nous dire que cela se fait dans d’autres pays, dits développés, et que même là-bas, l’État intervient pour financer les partis politiques. Peut-être. Mais nous ne sommes dans aucune obligation de tout copier, surtout lorsque l’on sait que ce qui nous est proposé tranche avec une culture d’engagement qui a marqué notre histoire, avec les révoltes des esclaves contre l’oppression de leurs maîtres. Notre mémoire politique est aussi faite des années de Plevitz, et des années 30 et 40 des Curé, Sahadeo, Anquetil, Rozemont, des frères Bissoondoyal, des fusillades du 26 août 1938 et 27 septembre 1943, de la symbolique Anjalay et, encore plus près encore, les années de braise de Bérenger et ses militants, et tous ces autres moments glorieux de l’engagement. Ce furent contre la force de l’argent : cet argent avec lequel on souhaite aujourd’hui étouffer la liberté de penser et d’agir de la classe politique. Vassalique !

 Voilà pourquoi il est dangereux ce projet de glorifier par une reconnaissance législative et constitutionnelle l’entrée du loup du capital dans la bergerie de la politique. C’est dangereux pour une société de cautionner la mainmise du secteur privé et de ses conglomérats sur ses institutions poli- tiques. En cassant l’engagement du peuple, on va faire démarrer une spirale dont on ne pourra malheureusement pas stopper les néfastes effets. Une attaque irréversible sur la psychologie des masses, la corruption de la pensée !

Pour qui sonne le glas ?

 Il n’y a pas que l’individu, le Mauricien, qui sera affecté dans son être, lorsque des sous lui seront jetés – légalement grâce au projet de loi – pour qu’il arbore le T-shirt et agite le drapeau aux couleurs d’un parti, actes qui résumeront sa participation à la vie publique lorsque son parti sera devenu l’otage du capital. Ce projet de loi viendra tuer les petits partis et les indépendants, à qui l’investisseur tournera évidemment le dos. Rusé et avide de contrats, le promoteur qui lorgne ce qui reste de nos pas géométriques, ne financera que les quatre partis qui pourront être au gouvernement : c’est la logique de l’exploiteur qui cherche retours (retour avec ‘s’) sur investissement.

 Projet politicide

 Le projet de loi va faire qu’une situation malsaine entourant le déroulement des campagnes électorales, soit légalement reconnue, acceptée. Du fatalisme pur. Il porte atteinte à la liberté de la classe politique, en la rendant otage de ceux qui ont de l’argent. Pire, il tue la pensée, l’engagement. Et la politique avec !

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