Au train de l’histoire

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L’arrivée du premier métro léger ou tram (Light Rail Vehicle) en ce début de juillet, dans le cadre du projet Metro Express, inaugure une nouvelle ère pour le transport ferroviaire à Maurice. Oublions pour un moment la polémique autour des presque Rs 19 milliards que coûte le «cadeau» du gouvernement au bon peuple. Oublions un instant la pertinence d’un tel moyen de transport dans un pays qui a un manque criant d’espace libre pour un tel développement. Oublions une minute les querelles politiques. Oublions que Curepipe–Port-Louis en tram ne fait que 26 km, comparé à notre réseau routier de quelque 2 500 km. Oublions quelques secondes les promesses non-réalisées du gouvernement, que l’argent dépensé sur le métro aurait pu faire se concrétiser. Oublions. Et profitons de l’occasion pour faire un bref retour en arrière, sur l’histoire du train à Maurice.

Ceux parmi nos citoyens nés après 1964 n’ont jamais connu de train à Maurice. En effet, le dernier train, qui ne transportait plus que des marchandises, dont du sucre, a émis son dernier sifflement le 15 février 1964. Le dernier train de passagers a, lui, effectué le trajet Port-Louis–Curepipe le 31 mars 1956. Parti de la gare Victoria, ce train est passé par Pailles, Richelieu, Petite-Rivière, Beau-Bassin, Rose-Hill, Quatre-Bornes, Phœnix, Vacoas, Floréal, Curepipe Road pour arriver à sa destination finale, Curepipe. Introduit en 1864, le chemin de fer a, pendant un siècle, rythmé la vie des Mauriciens, à cheval entre le 19e et le 20e siècle.

C’est l’explosion exponentielle de l’industrie sucrière au 19e siècle, et la valorisation accrue du roi sucre qui amena les autorités coloniales de Maurice, sollicitées par la Chambre d’agriculture au début des années 1860, à considérer la mise en place d’un réseau ferroviaire dans l’île, afin de faciliter le transport de «l’or blanc». À l’époque, il y avait plus de 260 établissements sucriers dans le pays, lesquels produisaient quelque 125 000 tonnes de sucre.

Le sucre était transporté par des charrettes tirées par des bœufs ou des ânes, ou dans des barques, le long des côtes de l’île. Il fallait trouver un moyen plus rapide et plus économique pour véhiculer le produit de la canne. Une étude fut menée par un expert anglais entre 1858 et 1859. Décision fut prise de créer deux lignes ferroviaires, toutes deux partant de Port-Louis : une ligne du Nord et une du Centre. Un budget d’un million de livres sterling fut avancé.

 La ligne du Nord, reliant la capitale à Mapou, fut inaugurée le 23 mai 1864. Le train faisait ses grands débuts à Maurice. Le 19 octobre 1865, Mahébourg fut raccordé à «en ville». D’autres lignes vinrent se greffer à la ligne du Centre (Rose-Belle/Rivière-Dragon, en 1876 ; Souillac, en 1878). Rose-Hill–Bel-Air (1880) ; Bois-Chéri (1903) ; Port-Louis–Tamarin (août 1904) permirent le développement des agglomérations traversées par le train. La dernière ligne, entre Terre-Rouge et Montagne-Longue, entra en opération en novembre 1904. Le cheval de fer fut bien vite pris d’assaut par des passagers ravis de traverser le pays de part et d’autre, dans d’assez bonnes conditions.

 Mais, le développement de l’automobile, l’arrivée des camions et des autobus, couplé à la mise en place d’un meilleur réseau routier au début du 20e siècle, commencèrent à sérieusement concurrencer le chemin de fer (apparition des premiers taxis en 1910 et 1927 vit la mise en place des premiers trajets en bus). L’industrie du chemin de fer entama une phase de descente dont elle n’allait pas se relever. De grosses pertes financières furent enregistrées à mesure que le réseau routier se développa et que les passagers boudèrent le train. Et en 1956, quand les bus surtout furent prêts à prendre le relais, l’ultime train de passagers siffla une dernière fois.

 De nos jours, nous avons un parc automobile de plus de 500 000 véhicules. Le réseau routier est saturé. Si le Metro Express arrive ne serait-ce qu’à désengorger une petite partie de la circulation routière de l’île, après l’entrée en service de la ligne Curepipe–Port-Louis d’ici 2022, une part importante de la bataille sera gagnée. On n’arrête pas le progrès et, 63 ans après le dernier train de passagers, l’Urbos du Metro Express s’élancera cette année entre Port-Louis et Rose-Hill. Quand le vin est tiré, il faut le boire.

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