L’exercice budgétaire dans la perspective d’élection(s)

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Le dernier exercice budgétaire de Pravind Jugnauth a été plus ou moins réussi sur le plan du packaging politique et électoraliste.

Gros cadeaux comme petits cadeaux, rien n’a été laissé au hasard. Pravind Jugnauth a utilisé à fond les talents de son secrétaire financier, Dev Manraj, qui a depuis longtemps maîtrisé l’art de faire applaudir suivant des annonces spectaculaires. Certaines annonces ne pèsent pas lourd sur le Budget mais ont une forte importance symbolique.

Si les grands de l’industrie sucrière y trouvent leur compte car leur sort est lié à celui des petits planteurs – faisant partie de la clientèle du pouvoir – comment ne pas noter la suppression de la TVA sur le toukmaria, le grain de lin, de moutarde et de sésame de même que de l’appalam connu des Mauriciens comme «aplon». Les seniors mauriciens mais aussi des jeunes qui utilisent ces produits ne s’empêcheront pas de dire «bravo Pravind !»

Bravo chez les propriétaires de taxi, de vans et d’autres utilisateurs de véhicules payant leurs produits pétroliers moins cher. Il est vrai que les cours ont fortement baissé à l’étranger mais que le gouvernement mauricien a continué à maintenir un certain niveau de prix afin d’en faire bénéficier la STC mais aussi le trésor public.

Mais pas de bravo de la part des pêcheurs qui devront se contenter d’une augmentation d’allocation de Rs 30. Pas de bravo non plus de la part des 400 000 employés du secteur privé qui ne seront pas aussi choyés que les fonctionnaires qui bénéficieront d’une augmentation across the board de Rs 1 000 en attendant la publication du rapport du Pay Research Bureau (PRB). On doit s’attendre que le PRB accorde des augmentations générales de plus de Rs 1 000 pour que les 80 000 employés du secteur public ne se retrouvent pas déçus en fin de compte.

 Ceux qui se sont empressés de critiquer le non-alignement de la pension de vieillesse sur le salaire minimal ont tort pour avoir mal interprété le modus operandi du MSM quand il s’agit de manipuler l’opinion publique au démarrage d’une campagne électorale. Au MSM, on sait que les Mauriciens ont la mémoire courte et qu’après avoir reçu un beau cadeau, ils ont tendance à oublier ce geste de générosité pour se laisser gagner par des controverses. Aussi, il est plus que probable que l’alignement de la pension universelle sur le salaire minimal serait annoncé lors du lancement officiel de la campagne électorale. On dira alors aux seniors que le gouvernement a tenu parole et qu’il faut à tout prix éviter un changement à la tête du pays car les nouveaux aboliraient cette augmentation.

Ce serait toujours dans la même logique du MSM qu’une formule beaucoup plus alléchante que les Rs 25 000 par tonne de sucre serait annoncée à l’intention des petits planteurs.

 Le MSM est déjà en campagne après avoir bien ciblé son électorat. Les fonctionnaires, les petits planteurs et les opérateurs dans le secteur du transport sont particulièrement visés. Que valent les pêcheurs dans cette équation ?

La question reste posée : le MMM tenteraitil le coup d’une partielle au n°7, ou choisirait-il les générales ? Le MSM serait particulièrement redoutable si partielle il y a. Comment ne pas se souvenir de la stratégie combien payante du MSM lors de la partielle de La Caverne-Phœnix en 1989 ? Quand, contrairement à tous les pronostics, le MSM réussit à faire élire son candidat – un inconnu en politique – dans ce qui était considéré comme un bastion du MMM ?

Le MSM commença sa campagne en «achetant» certains des meneurs du MMM dans la circonscription. Des emplois dans les institutions de l’État leur furent offerts, ce qui paralysa fortement l’effort de guerre des Mauves. Le MSM divisa par la suite l’électorat en différentes composantes de communauté, de caste et même de sous-caste et mobilisa ses troupes en fonction de ces catégories sociales.

Le candidat officiel du MSM, Cyril Curé, n’était nullement concerné par cette stratégie. Ainsi, pendant que le turbulent Dinesh Ramjuttun sillonnait la circonscription pour rencontrer des familles d’une caste et surtout d’une sous-caste, le sportif Curé faisait son jogging au Gymkhana.

Le MMM ne put répondre à cette parade du MSM qui, parti très petit, finit par battre le géant (en politique cela s’entend) Ivan Collendavelloo de l’ère pré-chihuahuaienne. Après 1989, le MSM perdit la partielle du n°9 en 1998 et celle du n°7 en 2003. Car en 1998 le parti était dans l’opposition et en 2003 parce que son allié, le Premier ministre Paul Bérenger, servait d’épouvantail en régions rurales.

En 2019, le MSM dispose d’encore plus de ressources qu’en 1989. En 2019, trente ans après, the sky is the limit. Avec le soutien actif des compagnies d’État comme Mauritius Telecom et celles de Plaisance, du CEB, de la CWA, du port, d’Air Mauritius et d’autres entités encore et surtout armé d’un coffre de guerre de centaines de millions, le MSM pourrait bien remporter la partielle du n°7 et aller tout de suite vers des élections générales, fort de cette victoire, avec l’opposition en débandade. Mais une défaite annoncerait la débâcle du MSM sur l’ensemble du pays. Ce serait un pari hautement risqué pour le MSM. Mais si le MSM craint une défaite aux générales, pourquoi ne pas tenter le pari ?

 Un argument de taille qui joue en faveur de la partielle, c’est qu’il est plus facile de mobiliser toutes les ressources humaines, matérielles et financières pour une joute localisée que sur l’ensemble du territoire. En cas de victoire au n°7, il ne serait plus nécessaire de trop investir dans tout le pays car une victoire par walk-over est déjà assurée.

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