Pourquoi pas un SAJ devenu AJ tout court ?

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Les patriotes mauriciens ne peuvent s’empêcher d’éprouver de l’admiration pour sir Anerood Jugnauth (SAJ) pour le combat personnel qu’il a mené pour asseoir la souveraineté de notre nation sur une partie de notre territoire qui nous avait été extirpée avant l’Indépendance. Comme digne fils de ce singulier guerrier, Pravind Jugnauth a fait avancer le combat de son papa à un niveau supérieur. 

Après l’humiliation que le Foreign Office britannique a tenté de faire subir au gouvernement mauricien, en annulant la réception marquant l’anniversaire de la reine, qu’attend sir Anerood (à la réputation «ar mwa péna kata kata») pour répliquer à sa façon aux Britanniques, en renonçant à son titre de chevalier, le fameux «sir» ? Une telle décision serait bien accueillie par l’ensemble de la population, toutes classes sociales et loyautés partisanes confondues. Aussi, les médias internationaux ne manqueraient pas de répercuter un tel événement car on ne renonce pas normalement à une si haute distinction que d’être sacré chevalier de la reine. On dit que, dans le passé, un homme d’affaires de Hong Kong, détenteur aussi d’un passeport mauricien, avait dépensé toute une fortune en contribution financière pour acquérir le titre de «sir», laquelle distinction allait l’aider dans ses activités, surtout à l’étranger.

Sir Anerood devrait s’inspirer du cas de Rabindranath Tagore, un Indien jugé si important à Maurice qu’il a donné son nom à une importante institution éducative. En 1919, ce fameux poète indien abandonna son titre de «sir» après la terrible tuerie de Jallianwala Bagh, quand un millier d’Indiens furent massacrés. Quelle ne serait pas la réaction de fierté et de patriotisme des Mauriciens quand CNN et Al Jazeera se mettraient à break the news, avec des titres comme «Mauritian leader renounces British knighthood». Et évidemment, pour reprendre un terme cher au fils, les médias internationaux vont réanimer le débat sur tout le contentieux opposant la petite île Maurice aux deux géants anglo-saxons.

Contrairement à Rabindranath Tagore, qui utilisa des termes très polis comme «due reference and regret», sir Anerood ne manquera pas de recourir à des termes très durs pour montrer à la reine de quel bois il se chauffe dans cet hiver de La Caverne, Mauritius. Sir Anerood n’étant certainement pas poète, pourquoi ne pas faire appel à ce talentueux speech-writer de Pravind Jugnauth, qui utilisa le concept incendiaire de «crime contre l’humanité» dans son discours aux Nations unies ? En ligne avec le caractère rustre, no-nonsense de sir Anerood, on pourrait trouver des formules dévastatrices et éminemment républicaines aptes à faire sensation ?

Quelque allusion physique à la reine ou au prince Philip ferait la joie des médias britanniques. Comme le tweet de Donald Trump, où il faisait état de la taille du maire de Londres, Sadiq Khan, qui ferait la moitié de celle du maire de New York, Bill de Blasio. La lettre de sir Anerood serait en principe écrite en anglais. Mais pour humilier davantage les Brits et leur famille royale, on pourrait même envisager une lettre en créole. Avec comme conclusion une formule tirée du créole classique comme «Madam, ramas ou méday kaka poul. Mo pa bizin sa.» SAJ deviendrait AJ tout court.

Les Britanniques qui, à un certain moment, avaient dominé le monde entier, ne réagiraient pas brutalement après réception par la reine d’une telle lettre. Annuler une réception diplomatique est une chose, mais on ne doit pas s’attendre qu’ils prennent des mesures comme la réimposition du visa d’entrée pour les Mauriciens se rendant à Londres, l’interdiction d’Air Mauritius d’entrer dans l’espace aérien britannique ou un travel advisory sur les risques d’agression, de vol, de viol et d’arnaque auxquels s’exposent des touristes sur le sol mauricien.  

Comme nation souveraine, Maurice ne doit pas subir les événements mais plutôt les créer. À ce chapitre, comment ne pas saluer la singulière trouvaille de Léon Seeballuck, conseiller de sir Anerood sur les Chagos, selon laquelle la Grande-Bretagne ne devrait plus faire partie de la Commission thonière de l’océan Indien. En effet, après le jugement de la Cour internationale de justice et le récent vote aux Nations unies, les Britanniques n’ont aucun locus standi pour faire partie de cette commission. L’expulsion, à la demande de Maurice, de la Grande-Bretagne lors la prochaine réunion de cette commission, en Inde, aura des répercussions diplomatiques et médiatiques considérables dans le monde entier. 

Dans ce débat sur les mesures de rétorsion à prendre contre les Britanniques, on relève un angle vraiment regrettable. En effet, des internautes réclament qu’outre le père sir Anerood, le beau-père sir Kailash Ramdanee renonce lui aussi à son titre de chevalier. Sir Kailash est le beau-père du Premier ministre. Il est important de souligner qu’avant même que les Jugnauth ne viennent dans l’actualité, sir Kailash était une personnalité de premier plan à Maurice.

Businessman visionnaire, sir Kailash avait déjà créé une usine de fabrication de médicaments à Maurice avant même l’ère de la globalisation. Cela remonte à un demi-siècle. Sir Kailash avait fait appel à la meilleure expertise internationale dans son projet, en employant des scientifiques de grande classe. Sans son usine, le système de santé gratuite aurait connu la faillite totale. Sir Kailash produisait des médicaments à des prix abordables dans une situation de sousdéveloppement chronique.

Homme respecté et admiré, sir Kailash s’était aussi engagé dans plusieurs autres projets, dont la restauration. La Bonne Marmite reste une référence dans le monde de la gastronomie et du tourisme de classe et personne n’a pu imiter ce produit hors pair. Ce singulier et élégant entrepreneur et homme de grande culture avait fait sa réputation hors pair bien avant que les Jugnauth n’entrent en scène. 

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