Le jonc, la brute et l’enseignant

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Autrefois, à cette époque bénie où l’école représentait encore un des piliers de la société et où l’enseignant occupait une place importante dans la hiérarchie sociale, l’élève, l’apprenant ou l’apprenti faisait preuve d’une grande qualité morale : le respect. Depuis son très jeune âge, l’enfant apprenait à craindre et à respecter le triumvirat père/mère/maître. En parallèle à l’éducation sociale prodiguée par les parents, le maître se chargeait de l’enseignement pédagogique et professionnel. Ensemble, ce trio s’assurait que l’enfant grandissait avec des valeurs saines, aptes à lui garantir une insertion réussie dans la société. Cependant, et c’est une constante mondiale, de nos jours ce trio magique est très mal en point. La cellule familiale n’est plus aussi solide et solidaire et l’école, signe du temps, fait sa mue. Une mutation qui ébranle le sacro-saint pouvoir de l’enseignant et qui semble glorifier l’enfant-roi.

Ah, qu’il est loin ce temps où il suffisait d’un bon coup de jonc sur des fesses ou des jambes juvéniles pour faire un enfant qui s’égarait revenir sur le droit chemin. Combien de coups de «rotin bazar» bien sentis ont fait plus de merveilles que des tonnes de paroles ? Loin de nous l’idée de réintroduire la punition corporelle dans les écoles mais, hélas, quand on regarde le niveau d’indiscipline scolaire de nos jours, avec des élèves qui bastonnent d’autres enfants, des profs qui se font malmener, brutaliser, agresser par des écoliers et des collégiens quand ce n’est pas par leurs parents, on se dit qu’il y a des coups de pieds aux fesses qui se perdent. Ça choque quand on dit ça ? Allez en parler avec ces profs qui travaillent quotidiennement dans des écoles difficiles. Des instits du primaire et autres éducateurs du secondaire qui, des fois, viennent travailler la peur au ventre. Allez leur parler de méthodes pédagogiques douces. Allez.

Évidemment, tout n’est pas que noir. Des brutes, il y en a dans presque toutes les écoles. Mais il y a aussi, et surtout, une grande majorité d’enfants qui veulent travailler, apprendre et réussir leur parcours scolaire. Sauf que, tout comme une pomme pourrie dans un panier plein de fruits risque d’abîmer les autres, un délinquant, une brute dans une classe risque de pourrir toute la promotion. Faisons une digression. En dehors de la vie scolaire, que fait la société quand un voleur ou un criminel met en péril son équilibre ? Réponse : elle l’élimine, soit par une incarcération pénitentiaire soit par des programmes de réinsertion. Alors pourquoi l’école doit-elle tolérer des trouble-fête en son sein ?

Non seulement les élèves mais les enseignants aussi doivent se sentir protégés sur leurs lieux de travail. Le ministère de l’Éducation, qui dicte la politique générale de la pédagogie instructive, se doit aussi d’assurer la protection de l’intégrité physique et émotionnelle de ses employés, qu’ils soient enseignants ou non-enseignants. Quand des cas d’indiscipline sont rapportés, le mieux serait d’agir avec célérité. Et non pas s’abriter derrière la formule consacrée : «il faut attendre les conclusions de l’enquête...» Enquête dont bien souvent on ne voit pas l’aboutissement.

En envoyant un signal fort, en agissant avec sévérité et rapidité, d’autres cas d’indiscipline ou d’agression sur des élèves ou des profs seront tués dans l’œuf. Sinon, le laxisme ou la non-application des règlements existants fera croire aux brutes qu’elles peuvent faire ce qu’elles veulent. En toute impunité. Combien d’écoles primaires ou de collèges publics et privés font face quotidiennement à des actes d’indiscipline ou d’agression ? Faut-il qu’un jour qu’il y ait mort d’homme pour que les autorités sortent de leur sommeil ? Même s’il n’y a qu’un cas d’agression en milieu scolaire, c’est toujours un cas de trop.

Cela dit, on ne peut mettre le manque de discipline dans les écoles sur le dos des profs uniquement. Les enseignants sont payés pour enseigner. Ce n’est pas leur rôle de remplacer père et mère. Si des parents démissionnent de leurs responsabilités, c’est malhonnête d’imputer les sales manières de leurs enfants à la non-productivité ou pas des profs. Il ne faut pas aussi blâmer la technologie galopante pour les mauvaises manières de certains enfants.

Les jeunes vivent avec leur temps, comme cela a été le cas pour les générations précédentes. Les avancées technologiques ne peuvent à elles seules expliquer le fait qu’un enfant a grandi sans valeurs et sans normes sociétales. Les parents, comme les enfants, doivent jouer leur rôle, même si c’est difficile des fois. Arrêtons de taper sur les enseignants. Dans tous les sens du terme.

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