Culture et religion: Stop à la parole politique

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Le Mauricien commence à en avoir ras la casquette des discours poli-tiques dans des rassemblements d’ordre culturel ou religieux. La bronca de certaines personnes le dimanche 14 avril, lors des célébrations marquant le Nouvel An tamoul, n’est que symptomatique d’une société civile qui ne veut plus voir ses fêtes prises en otage par la politique. «Enough is enough», comme dirait l’autre. Mais comme dans toute histoire qui implique un désamour, la faute ne repose pas uniquement sur les épaules d’un seul des protagonistes, en l’occurrence, ici, nos politiques. Il faut dire que le public aussi, du moins certains de ses membres autoproclamés «dirigeants», fait partie de l’équation qui provoque ce ras-le-bol généralisé.

En langage simple, la politique n’a qu’à se mêler de ses oignons. Elle ne doit plus fourrer son nez sous les jupes de la culture et de la religion. Les politiques doivent laisser à dieu, ou aux dieux, le soin de prendre soin de leurs ouailles et de leur santé religieuse. Les affaires de la cité sont déjà assez compliquées à gérer pour, qu’en plus, la politique veuille s’ingérer dans les affaires de la félicité. Chacun ses partisans ou ses dévots et le peuple sera satisfait.

Pour y arriver, il faut déjà un changement de «mindset». À chaque fois, par exemple, qu’on sait qu’une fête culturelle ou religieuse va être marquée par des discours politiques, il faut la boycotter. Systématiquement. Ne plus apporter sa caution à des dirigeants socioculturels trop serviles ou qui ne pensent qu’à leur propre intérêt au lieu du bien commun des membres de leurs associations ou fédérations. Le public enverra ainsi un signal fort à ces pseudo-défenseurs de la culture et de la religion, qui ne représentent qu’eux-mêmes au final. Boycotter ces fêtes politisées et la politique recevra le message cinq sur cinq.

Il ne faut plus, aussi, que la population se laisse mener par le bout du nez par des «dirigeants» de fédérations soi-disant socioculturelles, qui, à l’approche des élections, se présentent comme les représentants de telle ou telle communauté ou composante de la société civile. Des profiteurs qui affirment, la main sur le coeur, être les dépositaires d’un grand nombre de votants, que «sa ki nou dir, samem sa». Sous-entendu : nos membres sont des moutons sans cervelle et ils vont faire ce qu’on leur ordonnerait de faire. Décérébrés, vous ? Vous le serez si vous continuez à suivre aveu-glément des personnes qui ne pensent qu’à leurs gains personnels. Des personnes expertes en l’art de brosser le politicien dans le sens du poil.

Stop donc aux discours politiques dans des lieux et à des moments qui n’ont rien à voir avec la politique. La responsabilité en incombe aussi aux politiciens. Il faut que les hommes et les femmes qui font de la politique leur raison de vivre s’abstiennent de discourir lors d’événements étrangers à la chose politique. Qu’ils assistent aux célébrations, même à titre d’invités officiels, ce n’est pas un problème. Mais de grâce, qu’ils s’abstiennent dorénavant de prendre la parole lors de la manifestation. Mesdames et messieurs de la politique, vous verrez à quel point votre cote de popularité remontera si vous savez la boucler quand il le faut et où il le faut.

Autre raison importante pour justifier qu’on coupe le micro aux politiciens : le respect dû aux artistes et à leurs familles et proches. Lors des célébrations, des jeunes et des moins jeunes font de leur mieux pour assurer le spectacle. Ils ont sacrifié des soirées, voires des journées entières, pour répéter leurs numéros. Pour que le jour J tout se passe bien. Le jour de la célébration, ils sont les premiers arrivés. Souvent, ils ne déjeunent pas, le ventre noué par le trac. Leurs parents et amis sont dans la salle, impatients d’assister à leur performance. Que se passe-t-il ensuite ? Ces pauvres artistes doivent patienter plus d’une heure, ou deux, avant de pouvoir monter sur scène. Parce que ces messieurs-dames de la politique prononcent des discours kilométriques pendant ce temps. Des discours que presque personne n’écoute, mis à part quelques «dirigeants». Et quand enfin arrive le moment tant attendu, ces artistes se produisent devant une salle aux trois quarts vide. Car le public, las d’attendre, est parti. Ne reste qu’une poignée de parents. Même les politiciens sont partis. C’est cela la fête ?

Mauriciens, Mauriciennes, électeurs, électrices, dites stop aux discours politiques hors des sentiers battus du monde politique. Et vous, leaders politiques, prenez l’engagement de ne plus politiser la culture et la religion dans ce pays. Le peuple saura apprécier.

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