Gagner du temps

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Les ides de mars ont encore frappé sur le plan politique. Selon Shakespeare, ces Ides, qui arrivent vers le 15 du mois de mars, furent néfastes (le mot est faible) à l’empereur romain Jules César. Quand on sait que notre ex-ministre des Affaires étrangères a fait une sortie en règle contre les «3 % de la honte», en parlant de la croissance nationale, vers la mi-mars, on peut dire que «the writings were on the wall». Tout comme César fut occis par son ami Brutus, Pravind a-t-il eu droit à son coup de Jarnac de la part de son «bon ami» Vishnu ? La démission surprise de Lutchmeenaraidoo du Parlement semble avoir pris tout le monde de court. Tous ? Pas sûr. Au moins une personne a dû la voir venir : Pravind Jugnauth. Mais le Premier ministre aura quand même une donnée à gérer : le temps. Il va lui falloir «buy time» car son avenir politique en dépend.

Non, cette démission n’est pas surprenante pour le leader du MSM. Il se chuchotait que ce bon Vishnu allait recevoir sa feuille de route au retour du chef du gouvernement au pays. Car une équipe gouvernementale compte sur une solidarité sans faille de ses membres. Lutchmeenaraidoo, devant le président malgache qui plus est, s’est désolidarisé de l’action gouvernementale. C’est un affront à son Premier ministre. Le remaniement ministériel est déjà prévu et le bon Vishnu allait soit être muté ailleurs soit se faire débarquer du Cabinet. La seconde option était la plus évidente. Il ne lui restait donc qu’à devancer le couperet et s’éviter une humiliante sanction. Ce qu’il a fait.

Vishnu Lutchmeenaraidoo a été, sûrement, parmi les meilleurs ministres des Finances que nous avons eus. Surtout pendant les années 80. Mais, comme chez beaucoup de politiques, le pouvoir use. Celui qui nous a été présenté, en 2014, comme le «magicien», l’architecte qui allait remettre Maurice sur les rails du second miracle économique, a vite fait «pschttt». Tout comme son «grand frère», sir Anerood Jugnauth, présenté comme le Premier ministre d’un mandat de cinq ans mais qui a passé le collier Premierministeriel à son fils.

Lutchmeenaraidoo, n’oublions pas, a perdu les Finances pour cause de l’affaire Euro Loan. Et ses initiatives économiques ont été boudées par ses pairs. Le fait de ne plus être aux Finances, devant un PM qui porte aussi la casquette de Grand argentier, devait l’agacer. D’où sa sortie en règle post-Indépendance. Il nous doit quand même des explications sur ce départ.

Et maintenant, il se passe quoi ? Ce serait un peu précipité de dire que Pravind Jugnauth n’a plus la maîtrise du calendrier électoral. Bon, le départ de Vishnu est venu ébranler sa tour. Sauf d’autres démissions en cascade (ce n’est pas impossible), Pravind Jugnauth contrôle toujours la donne. Que cherche-t-il à faire au fait ? À gagner du temps. C’est le temps l’allié de Pravind. Pour diverses raisons.

Le Parlement se serait dissous automatiquement le 21 décembre. Ce n’est plus possible d’attendre cette éventualité maintenant. Car la démission de Lutchmeenaraidoo implique la tenue d’une élection de remplacement, à Piton–Rivièredu-Rempart. Laquelle circonscription avait été néfaste pour le MSM en 2003, lors d’une autre partielle.

La partielle doit se tenir, selon les règlements, au plus tard vers la mi-novembre, avec le Nomination Day pour les candidatures au plus tard vers la mi-août. Certains pensent que Pravind Jugnauth ne va pas organiser cette partielle et, donc, qu’il va dissoudre le Parlement avant la mi-août. Pour ensuite tenir des élections générales au plus tôt à la mi-septembre, ou, au plus tard, au début de janvier 2020.

Mais s’il décidait, au contraire, de continuer avec le processus pour la partielle ? Rien ne l’en empêche. On passe l’étape du Nomination Day, la campagne bat son plein au no 7, l’élection est prévue, disons, le dimanche 10 novembre. Et puis, quelques jours avant, le Premier ministre dissout le Parlement. La partielle devient caduque. Et nous allons vers des élections générales vers fin décembre ou, au plus tard, le dimanche 29 mars 2020. Utopie ?

Ce serait plutôt proche de la réalité du MSM. Il faut gagner du temps. Pour le lancement du Metro Express, en septembre. Pour un «bon» Budget, en juin. Pour mener à termes les gros travaux infrastructurels. Pour négocier avec un partenaire accommodant. Pour augmenter la pension de vieillesse. Pour donner trois «increments» aux fonctionnaires, en guise de réajustement salarial post-salaire minimum. Pour tant d’autres «cadeaux» encore à Lepep «admirab».

Oui, Pravind Jugnauth peut encore maîtriser la carte électorale. La vraie question est : aura-t-il toute la latitude pour le faire ? Car, c’est à parier, d’autres scandales, d’autres démissions, d’autres coups fourrés vont venir le freiner. Dans ce cas-là, le temps ne sera plus son meilleur allié.

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