La guerre des boutons

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Dans l’actualité, les actes de délinquance, de violence commis par les mineurs, leur défiance des autorités, jusqu’à s’en prendre aux policiers qui essayent de maintenir l’ordre sur les gares d’autobus, actes de brutalité et d’intimidation contre leurs camarades de classe, ou attaques au cutter, possession de rasoir, vol et complices d’actes répréhensibles. La police qui peine à mettre frein à une situation qui se dégrade n’est que le bout de l’iceberg : il est nécessaire de voir l’ensemble du système la justice criminelle pour enfants et jeunes. Est-il adapté ? A-t-il évolué avec le temps pour prendre en compte les changements au sein de la société mauricienne, le déni de responsabilité de la part des parents, de la famille, de l’école, des religions et de tous ceux qui façonnent le comportement des enfants et des jeunes?

Le même traitement

De manière générale, la définition des délits dans nos lois ne distingue pas l’âge de l’auteur de l’acte. Donc qu’il soit mineur ou majeur, le délit d’assault ou de possessions d’objets dangereux pouvant blesser ou tuer aboutit au même traitement. Celui qui a commis le délit est pratiquement traité de la même façon, quel que soit son âge.

La semaine dernière, la presse nous rapporte le cas du mineur qui a avoué son implication dans un vol à Grand-Baie. On apprend qu’il a été emmené dans les bureaux de la CID pour être interrogé : dans les mêmes bureaux et par les mêmes limiers comme s’il s’agissait d’un cas impliquant un adulte. Le système ne prévoit pas que l’interrogatoire soit fait par une personne ayant une formation spéciale, nécessaire pour s’occuper des cas qui demandent une attention particulière, compte tenu de l’âge du suspect.

Que le délinquant soit âgé de 12 ans ou 30 ans, le système ne fait aucune distinction au niveau de la notion de responsabilité : en l’octroyant au seul auteur du délit, le système ne cherche pas à comprendre la source du problème.

Système de justice criminelle

Lorsqu’il s’agit de juger un mineur, la cour se transforme en une Juvenile Court. Certaines conditions sont imposées par la loi et la procédure pour assurer que le mineur soit traité différemment, c’est-à-dire pas comme un accusé ou un suspect adulte : respect de la confidentialité, pas de photos ou de noms dans la presse et l’absence du public dans la salle d’audience. La question à se poser : Est-ce suffisant pour distinguer le mineur de l’adulte ?

On notera que c’est la même structure, le même bâtiment, la même salle d’audience, les mêmes officiers de la cour, les mêmes policiers qui y sont affectés, dans leurs uniformes pour renforcer l’autorité et le même magistrat qui y siège pour entendre les affaires au pénal contre les accusés adultes et récidivistes. L’univers de la justice est dominé par une seule discipline : le droit. Le sociologue ou psychologue est absent.

Responsabilisation

L’âge n’excuse pas tout. Mais le régime juridique, imposé aux mineurs, devrait considérer la question de la responsabilité. Il s’agit de savoir si le comportement de l’enfant ou du jeune n’est pas déterminé par d’autres facteurs qui font intervenir des disciplines de sciences sociales et humaines, dépassant le simple droit.

Lorsque la notion de l’autorité parentale confie une certaine responsabilité aux parents, c’est parce que le droit considère que des adultes ont un contrôle sur l’enfant. L’adulte est aussi responsable.

Crise de société

Lorsque le système de maintien de l’ordre s’essouffle, impuissant face à la revanche des mineurs, c’est aussi la faute à la société : parents, familles, religions et autres groupements. On revient toujours à la question, mais qui est responsable ? Dans une culture de défiance qui s’amplifie au rythme des excès des adultes qui s’étalent devant les enfants et les jeunes, on ne peut prétendre ne pas pouvoir lier le comportement des uns à celui de ceux qui sont censés être des role models qui nous prêchent de la morale en permanence. L’appel à revoir le système de justice implique une vision autre de la situation ; que la violence des mineurs, c’est une revanche sur une société qui feint de ne pas voir. C’est le symbole d’une crise de société.

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