Pour une vraie éducation égalitaire

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Trois élèves sur quatre ont réussi le Higher School Certificate (HSC). Sur les 9 408 candidats, 2 361 ne l’ont pas eu. Sur les 7 047 qui ont pu franchir l’obstacle, l’attention vendredi était surtout fixée sur les 45 lauréats de la promotion 2018. Ce n’est pas démérité, certes. Ces jeunes gens ont travaillé dur pour sortir parmi les premiers de leurs filières respectives. Un travail accompli avec l’aide des parents, des profs, de l’administration de leur collège, de leurs amis et proches. Un travail qu’il faut saluer à sa juste mesure. Mais quid des 7 002 autres à l’avoir obtenu, ce certificat ? Et des 2 361 qui ont échoué ? L’éducation est-elle égalitaire ?

Les résultats du HSC de la cuvée 2018 ont consacré des élèves qui avaient pris part aux examens du School Certificate (SC), en 2016. Tout d’abord, un chiffre. Ils étaient 11 129 collégiens à avoir réussi le SC, pour la cuvée 2016. Donc, a priori, ils étaient plus de 11 100 à faire leur entrée en Grade 12 (Lower 6), en janvier 2017, après les résultats. Comment se fait-il que ces mêmes élèves n’étaient plus que 9 408 à concourir pour le HSC fin 2018 ? On a perdu 1 700 élèves entre 2017 et 2018. Tombés en dehors du système.

Deux ans auparavant, cette même promotion avait 15 455 élèves qui concouraient pour le SC de fin 2016. Puisqu’ils n’étaient que 11 129 à l’avoir obtenu, déjà le système avait écarté 4 326 adolescents. Qui n’avaient pas le SC et qui n’auront pas le HSC. Résumons. Fin 2016, 15 455 collégiens concourent pour le SC. Fin 2018, ils ne sont plus que 9 408, qui essayent d’obtenir le HSC. Et, après les résultats de vendredi, seulement 7 047 d’entre eux ont pu traverser le but, dont beaucoup dans la douleur.

En deux ans, le système a éjecté plus de 8 400 jeunes Mauriciens, qui n’ont ni le SC ni le HSC après sept ans d’étude au secondaire. Et cela se reproduit année après année. Un dernier chiffre pour cette promo du HSC 2018 : ces élèves avaient concouru pour le CPE fin 2011, où ils étaient parmi les 23 176 candidats (18 583, première tentative, et 4 593, seconde tentative). Seulement 15 889 d’entre eux avaient pu obtenir le CPE et faire leur entrée en Form 1, en 2012.

Donc, pour quelque 7 000 «vainqueurs» et une poignée de lauréats, le système a broyé 23 176 enfants sept ans auparavant. Plus de 16 000 enfants, c’est-à-dire 2 enfants sur 3, ont été laissés au bord du chemin. Cela se répète tous les ans. Nous sommes tous complices de ce massacre mais on ferme les yeux. Pourtant, nous savons pertinemment bien que tous ces enfants n’ont pas les mêmes chances au départ. Car la société dans laquelle nous vivons n’est pas une société égalitaire à bien des égards. Le système éducatif non plus n’est pas égalitaire. Ce n’est malheureusement pas la gratuité délivrée à toutes les sauces qui aurait servi à «bridge the gap» entre nos différentes classes sociales.

Pourtant, le but de la gratuité est fort louable. L’éducation secondaire gratuite a quand même permis à des générations d’enfants pauvres d’avoir une scolarité complète et de gravir les échelons socio-économiques. Le transport gratuit soulage beaucoup de parents, qui des fois ne pouvaient pas envoyer leurs enfants à l’école, faute de moyens. Les frais de SC et de HSC gratuits ont définitivement permis à nombre d’enfants de continuer là où ils auraient sûrement abandonné, faute d’argent pour payer les examens. Et certainement, certains frais universitaires gratuits permettront à beaucoup plus d’étudiants d’avoir un diplôme d’enseignement supérieur.

Tout cela est fort louable. Mais alors, pourquoi ça ne marche pas ? Pourquoi la gratuité de l’éducation a-t-elle échoué dans ses intentions premières ? Pourquoi le système continue à dysfonctionner ? Inutile de pointer du doigt tel ou tel gouvernement, tous ceux qui se sont succédé au pouvoir ces dernières années sont venus avec de bonnes intentions quant à la politique éducative du pays. Mais force est de constater que, année après année, deux enfants sur trois n’arrivent pas à décrocher ni certificat de fin d’études primaire, ni SC et ni HSC.

Il serait temps d’arrêter le massacre. Nous avons certes besoin de l’élite. Mais nous devons aussi regarder tous les enfants de la République du même oeil. Il est temps d’apporter une vraie rupture dans la politique éducative de Maurice. Ensemble, travaillons-y.

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