L’amour en souffrance

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Un enfant meurt. La chair de la chair d’une maman ou d’un papa n’est plus. Au-delà de la perte de cet être cher, de la disparition de l’enfant-roi, de l’anéantissement de la preuve d’amour (quoique des fois, l’amour n’y est pour rien, hélas) de l’union entre un homme et une femme, que signifie cette mort ? On dit qu’il n’existe de douleur aussi forte et insoutenable, pour un parent, que la mort de son enfant, alors que lui est toujours bel et bien vivant. C’est une déchirure abominable car aucun père, aucune mère qui se respecte ne souhaite que son enfant meure en premier. Cela va à l’encontre de l’ordre des choses. Sait-on qu’il n’y a pas de mot, dans beaucoup de langues, pour nommer un papa ou une maman qui a perdu un enfant ? C’est une douleur sans nom. Une souffrance de tous les instants.

Ce papa, cette maman, n’est ni veuf, ni veuve, ni orphelin. Il n’y a pas de mot pour décrire le vide laissé par la mort de l’enfant. Souvent aussi, cette disparition afflige la fratrie, s’il y en a. Les frères ou les soeurs, les cousins, les cousines et autres amis eux-aussi accusent le coup et peinent à faire le deuil de l’être disparu. Mais, hélas, ce sont en général la maman et le papa qui subissent le plus ce drame. Surtout si l’enfant meurt jeune, de manière accidentelle ou des conséquences d’une maladie ou d’un suicide. Alors intervient tout un processus psychologique, allant du déni de cette mort à la culpabilisation, en passant par l’incrédulité et l’incompréhension. L’acceptation n’est jamais évidente. Elle peut même ne jamais intervenir, avec des papas et des mamans vivant perpétuellement avec le fantôme de l’enfant disparu, à leurs côtés.

Alors, que faire ? Que dire à ceux qui restent ? Quels mots trouver pour le papa ou la maman, pour leur signifier que la vie continue, même si elle est injuste ? C’est une tâche difficile. Souvent, amis et proches ne savent pas comment apporter le réconfort aux parents meurtris. On se sent gauche. On croit que, de toute façon, rien de ce qu’on dira ne pourra apaiser leur douleur. On a tort. Il n’y a certes pas d’instructions uniformisées, à puiser d’un quelconque manuel sur l’art du réconfort pour parents ayant perdu un enfant. Chaque cas est unique. Mais une chose est sûre : il ne faut pas abandonner le papa et la maman à leur sort. Proches et amis doivent maintenir une présence discrète, sans se montrer obséquieux ou envahissants.

Le silence est important. Le papa et la maman vont perpétuellement penser à l’être disparu, surtout juste après les obsèques. Il faut savoir respecter ce silence. Il fait partie du processus de deuil et c’est une étape importante vers l’acceptation. Il faut savoir respecter l’intimité du papa et de la maman endeuillés. Laissez-les pleurer, par exemple. Les larmes servent de déversoir au trop-plein d’émotions qui sont enfouies au fond de l’âme. Laissez venir les cris, les rages, les crises de culpabilité et de désespoir. C’est naturel et c’est sain. Restez à portée de vue de l’être qui souffre, pour qu’il sache qu’il n’est pas seul. Mais laissez-lui de l’air pour respirer.

Viendra ensuite, après le silence, l’étape de la parole. La maman ou le papa voudra parler. Ce sera le moment des souvenirs, des instants heureux partagés avec l’enfant parti trop tôt. Laissez-les s’exprimer. Un gros câlin est souvent un bon moyen de réconfort, dans ces moments. C’est un transfert d’énergie positive, car le toucher fait avec le coeur soulage et allège le fardeau du deuil. Ce n’est pas nécessaire aux amis de beaucoup parler. Laissez plutôt les parents dévider leur sac. Le processus de guérison comporte des étapes qu’il ne faut pas brûler. Oui, c’est cruel de perdre son enfant. Mais une fois la période de deuil entamée, l’enfant reste quand même présent. On ne l’efface pas.

Perdre un enfant est un malheur qu’on ne souhaite à personne. Même pas à son pire ennemi. Mais cela peut arriver à n’importe qui. Presque tous les parents y ont pensé à un moment ou un autre. Un soir de veille, près du lit de l’enfant malade ; le jour où il a obtenu son permis de conduire ; ou encore la fois où il est parti faire du camping ou du plongeon avec ses amis. Ou même quand on l’a vu d’humeur maussade, l’air préoccupé, les yeux perdus dans le vide. Tous, sans exception, ces parents ont instamment enfermé cette pensée dans un coin de leur esprit, en espérant que cela ne leur arrivera jamais. Mais la vie est imprévisible. Et l’enfant peut mourir avant ses parents. Et nous, nous devons (sur)vivre…

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