Quatre ans déjà

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LE 10 DÉCEMBRE 2014, Maurice se rendait aux urnes. Cependant, un Mauricien sur quatre avait préféré bouder ces élections générales, en choisissant de s’abstenir à l’heure du vote. Certains sûrement entendaient parlà exprimer leur désaccord face, entre autres, à une alliance qui paraissait artificielle, celle entre le Parti travailliste de Navin Ramgoolam et le MMM de Paul Bérenger. On connaît les résultats. Les favoris se firent sortir du jeu au profit des outsiders qu’était alors l’alliance MSM-PMSD-ML, une alliance dite «Lepep». Quatre ans plus tard, on reprend les mêmes, on secoue un peu et on recommence.

Il reste, sur papier, un peu plus d’un an avant les prochaines élections. L’alliance entre le PTr et le MMM, après leur humiliante défaite, a très vite volé en éclats. Les deux partis ont connu des fortunes diverses. Le leader du PTr, Navin Ramgoolam, a rencontré des déboires judiciaires, qui sont toujours devant les tribunaux. Mais loin de jeter le parti à terre, cela semble avoir requinqué les Rouges. Ils ont remonté la pente, une remontée symbolisée par la victoire d’Arvin Boolell à la partielle du no. 18 en décembre 2017. Plus, au fur et à mesure que les scandales à répétition plombent la popularité du gouvernement, Ramgoolam se refait une santé politique et se positionne comme une alternative avec laquelle il faut compter face à Pravind Jugnauth.

Le MMM, lui, n’en déplaise aux militants, est un parti en perte de vitesse. Ce n’est pas seulement la cuisante défaite au no. 18 qui viendrait prouver le contraire mais aussi les défections parlementaires et extra-parlementaires qui ont émaillé son histoire ces quatre dernières années. Ajoutez à cela les rumeurs d’alliance avec le MSM, qui, bien que férocement démenties par les Mauves, n’en restent pas moins dans le domaine du réalisable, et vous avez des militants sur la défensive, qui passent leur temps à jouer aux pompiers. Les partisans du MMM sont clairs : hors de question de répéter les mêmes erreurs qu’en 2014. Quitte à se prendre un râteau aux élections, autant y aller seuls. Et la tête haute.

Cela fait bientôt deux ans que le PMSD a claqué la porte du gouvernement. Xavier-Luc Duvsl se complaît dans le role de leader de l’opposition, levant quelques gros lièvres au passage, avec ses PNQ. Mais on sent les Bleus un peu de guingois dans leur position d’opposant. Habitué aux ors du pouvoir – Xavier-Luc Duval ayant été au gouvernement de 2005 à 2016, presque sans interruption si on ne compte pas les quelques mois passés dans l’opposition en 2014 – le PMSD a été le talisman des alliances gagnantes de 2005, 2010 et 2014. Ne se cachant plus pour dire qu’ils seront en alliance lors des prochaines élections, à quel parti les Bleus porteront-ils chance cette fois ?

Que dire de ce qui reste du gouvernement venu aux affaires en décembre 2014 ? Le MSM des Jugnauths et le ML d’Ivan Collendavelloo ne sont pas les partis les plus populaires du pays en ce moment. Libres à leurs partisans de dire le contraire. Mais une bonne centaine de scandales en quatre ans, ajoutés à des défections, des démissions et à l’usure du pouvoir, et vous avez les ingrédients pour un mécontentement populaire. La barque autrefois connue comme Lepep est certes touchée mais elle ne coule pas encore. Pravind Jugnauth, qui à l’épée de Damoclès du Conseil privé suspendue au-dessus de sa tête, concernant l’affaire MedPoint, a toujours quelques cartes qu’il pense gagnantes dans sa manche. Mais le passif de quatre années contre-productrices pesera lourd dans la balance le moment décisif venu.

Il reste donc très peu de temps au gouvernement pour regagner le capital confiance qui fut la sienne en décembre 2014. Il faut mener à bien les chantiers déjà entamés et mettre ceux déjà prevus sur les rails, au plus vite. Quant aux rails du Metro Express, le MSM-ML veut croire qu’ils leur seront bénéfiques en termes de dividendes politiques. Mais le peuple ne veut pas toujours du pain et des jeux. Il veut aussi du travail, un logement décent, des services publics modernes, une éducation de qualité pour ses enfants, de l’argent dans ses poches à la fin du mois, une société égalitaire et non-corrompue, par exemple. L’année 2019 va être chaude et on ne parle pas là de prévisions météorologiques. Si les élections ont lieu en décembre prochain, qui, parmi nos partis traditionnels, auront «balyé karo» et qui seront, eux, dans «karo kann» ?

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