Financement de la campagne électorale: une loi pour étouffer encore plus la démocratie !

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La prochaine Finance Act va autoriser l’utilisation de l’argent obtenu de la taxe sur le lait, les médicaments, les couches, entre autres, pour payer les degs de briyani, les bus pour transporter les partisans, bouteilles de rhum, rallyes, banderoles et ballons, réunions nocturnes, meetings-congrès, troupes musicales et autres jalsa de la campagne électorale 2019. Nos politiciens seront appelés à voter une loi qui imposera une obligation sur l’État de plonger encore plus loin ses griffes dans les poches du contribuable pour financer ce que l’on pourra sommairement qualifier de contresens démocratique, symbole d’une nouvelle illégitimité proposée par la politique.

Corruption des esprits

Il faut tout d’abord préciser qu’il ne s’agit pas de financement des partis politiques comme certains le clament. Il s’agit purement et simplement du financement des campagnes électorales. Plus précisément, à commencer par celle qui a lieu en 2019, au cours de laquelle les politiciens vont devoir de nouveau céder à leur obsession d’amuser l’électeur, de l’appâter par des moyens matériels, afin qu’il fasse son devoir de citoyen, et surtout, pour qu’il vote dans un sens : dans le sens de celui qui lui a le mieux graissé la patte. «Met for gagne for» continuera à guider le politicien dans sa quête aux soutiens faciles.

Alors que le bon sens et les valeurs démocratiques devraient évoluer vers une baisse de l’influence de l’argent sur l’électeur afin que son choix soit libre, il est tragique de voir que l’on fera voter une loi afin de glorifier l’inverse. On veut normaliser la corruption des esprits en lui consacrant un poste de dépense budgétaire voté au Parlement. Au lieu de demander aux partis politiques de mobiliser leurs partisans et activistes par des idées et la prise de conscience, on les entraîne à s’engager pour une idéologie de faveurs immédiates et des roupies sonnantes.

Fin de l’engagement

Depuis des années, on assiste impuissant à la déliquescence de l’engagement politique à Maurice. S’effrite d’une part, la motivation de l’activisme du politicien, fondée sur des convictions altruistes, pour le bien commun. D’autre part, chez l’électeur, on assiste au même phénomène que l’on verrait chez les populations qui luttent pour la survie, dans ces pays où le «trade off» du vote repose sur des priorités alimentaires.

À Maurice, on aurait pensé que le pays irait dans le sens où la conscience de l’électeur ne saurait être dictée par de telles considérations. Mais, nous voilà avec une loi qui insiste que l’on reste dans cette spirale des appétits croissants pour des gains et plaisirs éphémères comme moteurs de l’engagement. Notre pays a connu pourtant des exemples qui montrent la grandeur du peuple et de ses politiciens. L’engagement des uns et des autres lors des premières années du Parti travailliste et du MMM doit servir de leçon à nos élites politiques qui écrivent l’histoire du pays ces jours-ci !

Monnayer la conscience

Une boîte de Glenryck et deux sachets de macaroni en échange du vote : c’est le symbole d’une tragédie qui se joue dans notre société. Un symbole de la capacité de nos politiciens d’exploiter le petit peuple, les gens simples et les inconscients par de futiles plaisirs et tentations. Et lorsque toute la transaction de vente et d’achat des consciences est organisée, voire institutionnalisée, il y a de quoi à avoir peur : attention aux effets néfastes du pouvoir de l’argent sur la politique, ils sont durables.

Monnayer l’engagement du peuple avec de l’argent procède d’une logique dangereuse et irréversible qui empoisonne l’esprit, et qui mène inévitablement au délitement de la démocratie.

Au lieu de mettre un frein à une escroquerie, on la régularise : pire on l’encourage et on la subventionne. Au lieu de la supprimer, on la finance. Et cela, avec l’argent de ce même peuple qui, par inconscience ou oubli, ne sait pas qu’il participe à sa propre descente et perte de valeurs.

Défaite de la pensée

L’État va payer pour les tempos, les bus, les fanfares au lieu de les interdire, tout comme il a interdit le plastique, les slogans peints sur les édifices religieux. L’État va même interdire les «bases» prochainement. Il peut donc tout aussi bien interdire ces distributions de vin et de «corned beef», et ces oriflammes et défilés, s’il comprend que ce sont des gestes qui détruisent les valeurs et l’engagement politique, et qui installent le cancer de l’égoïsme et la quête de gains illégitimes dans toute la pensée politique.

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