Du foutage de gueule

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Ça vous choque, ce titre ? Oui ? Et renvoyer des élections villageoises ou des témoignages devant une commission d’enquête, ça ne vous choque pas ? Un promoteur de radio privée, donné grand favori depuis des mois pour avoir le précieux sésame, qui l’obtient, effectivement, comme prévu, cela ne vous fait rien ? 

Ces trois événements, qui ont tous des points communs, donnent à penser que ceux qui nous gouvernent ne savent plus ce qu’ils font. Ou, pire, ils le savent parfaitement. Et ils renforcent l’idée qui trotte dans la tête d’un bon nombre de libres-penseurs de ce pays : «Those guys are running around like headless chicken». En s’accrochant désespérément au pouvoir. Pour aller jusqu’au bout du bout.

Donc, pour justifier le renvoi des élections villageoises à dans deux ans, en 2020, le gouvernement brandit le prétexte de la réforme électorale, du financement des partis politiques et des chantiers nationaux actuellement en cours. Right ? En chantier, le pays ? Vrai ? Les régions rurales croulent sous le poids des développements infrastructurels ? On se fout de la gueule de qui, là ? Ce sont plutôt les citadins de Port-Louis et surtout de Beau-Bassin–Rose-Hill qui subissent les emmerdes (avec toute l’eau usée qui va avec). Pour le moment. En attendant Curepipe, Vacoas et Quatre-Bornes.

La vie de nos villageois est, selon nos dirigeants, tellement bouleversée par ce pays en chantier que les électeurs qui habitent nos 130 villages, c.-à-d. 515 750 personnes, ne seront pas en mesure d’aller voter si ces élections avaient eu lieu lors d’une seule et unique journée. Avant la fin de cette année 2018, soit six ans après les élections de 2012, comme la loi le stipulait. Croire, par exemple, que des équipes de candidats progouvernementaux seraient battues à plate couture serait, évidemment, que le fruit d’une imagination trop fertile…

Quant aux prétextes de la réforme électorale et du financement des partis politiques, pour ne citer que ces deux-là, RIEN ne justifie le fait de toucher à cette institution démocratique qu’est une élection, même villageoise. C’est prendre ces Mauriciens pour des citoyens de seconde zone. C’est un manque de respect envers eux. Leurs conseillers avaient été élus pour six ans. Pas pour huit. Et venir dire que des partis politiques avaient eux-aussi renvoyé des élections régionales dans le passé ne justifie pas ce présent renvoi. «Two wrongs don’t make a right!»

Heureusement que ce n’est plus possible de renvoyer les élections générales, la Constitution rendant obligatoire la dissolution de l’Assemblée nationale cinq ans après la tenue de la première session d’un nouveau Parlement. Sinon, ces messieurs-dames du gouvernement MSM-ML auraient pu nous dire que, le pays étant en chantier et la réforme électorale étant loin d’être acquis, il fallait renvoyer les élections générales aux calendes grecques. Oui, on se fout de notre gueule.

Que dire de la commission d’enquête mis sur pied pour faire la lumière sur la vente des actions du défunt groupe British American Investment (BAI) au sein de Britam Kenya ? On voudrait bien comprendre pourquoi Dawood Rawat, patron de la BAI, n’a pas été entendu jusqu’ici ? Pourquoi sa déposition devant la commission, par visioconférence, a-t-elle été annulée presque à la dernière heure ? Y a-t-il une chance pour qu’il soit entendu par l’instance ? Ou faudra-t-il qu’il adresse une correspondance publique aux Mauriciens, à la presse, donnant, par exemple, certains détails que d’autres voudraient bien cacher ? 

La presse. Parlons-en. Les médias, dans le monde, ont souvent exercé leur rôle de contre-pouvoir. La presse et, par extension, tous les moyens de communication sont le quatrième pouvoir. Un pouvoir qui se pose, s’il est libre et indépendant dans les faits, en rempart, protégeant la démocratie contre les abus, s’il y en a, des trois pouvoirs que sont le pouvoir exécutif, législatif et judiciaire.

L’État vient d’octroyer des licences d’opération à deux nouvelles radios privées. Les 15 candidats recalés ont dû être très mal préparés, les inconscients. Et tant pis si depuis le début, il se chuchotait, non, on hurlait, qu’une de ces sociétés serait très proche du pouvoir exécutif et que sa candidature allait passer comme une lettre à la poste. Non, encore une fois, ce n’est que pure coïncidence, voyons. En France, ils ont les gilets jaunes. Au Burkina Faso, ce sont des chemises rouges. Chez nous, nous aurons Radio Zoranz. Oui, on s’est bien foutu de notre gueule. Et ce n’est pas fini...

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