Augmentation de la pension: Inscrire le droit des personnes âgées dans la Constitution

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La récente annonce faite au sujet de l’augmentation de la pension de vieillesse va faire plaisir aux éventuels bénéficiaires. Surtout qu’elle était inattendue et qu’il n’y avait aucune revendication pressante et bruyante faite dans ce sens. L’an dernier, les vieux et vieilles, du moins une bonne partie d’entre eux, était menacé de perdre leur pension. On leur avait parlé de la faillite du fonds de pension, et des milliards de roupies qu’il fallait trouver, du ciblage, du Fonds monétaire international, etc. Aujourd’hui, c’est un tout autre langage : on leur dit que la pension sera augmentée.

Cette décision suscite au moins une question de fond sur les droits dont disposent les personnes âgées et surtout de l’assurance qu’elles ont à pouvoir bénéficier de ces droits de manière continue. Et c’est pour la protection de leur dignité qu’il est ici préconisé que soient inscrits dans la Constitution leurs droits. Des droits que possèdent des êtres humains qui peuvent les revendiquer, en raison de leur âge et de leur état de vulnérabilité. Sans qu’ils soient pris pour une variable dans le jeu du populisme politique. Explications.

Droits en suspens

Comme un jeu de yoyo. En 2008, les gouvernants ont décidé d’allouer des roupies de plus aux personnes âgées. Puis, six ans après, en 2014, à la veille des élections, encore une poignée de roupies leur est donnée. L’an dernier, on parlait de suppression de la pension universelle. Et cette année, une promesse d’augmentation: illustration, s’il en fallait une, que les personnes âgées n’en finissent pas de subir les caprices des gouvernements, entre élans de bon cœur pour gains électoraux et menaces dictées par les règles inhumaines d’un ultralibéralisme économique.

Si les droits des personnes âgées sont suspendus à la bonne volonté des gouvernements, c’est que ces derniers ne considèrent pas la pension universelle aux 60+ comme un droit, mais plutôt un privilège découlant de leurs prérogatives: des largesses, selon les gouvernements, qui ne sont pas financées évidemment pour autant de leurs poches. Il en est de même pour ce qui est du droit à la sécurité sociale aux pauvres et handicapés, pourtant reconnu par l’ONU comme un droit fondamental de l’être humain, mais qui est présenté comme effort budgétaire consenti par les ministres des Finances dans un environnement économique toujours difficile, comme ils disent!

Obligation

La pension de vieillesse universelle est un droit acquis. Mais à Maurice, mieux qu’un droit, son augmentation est devenue une obligation pour l’État lorsque les partis politiques en ont fait thème de campagne électorale. Lorsqu’une élection peut être gagnée par la promesse d’un bribe, le paiement de ce bribe devient une obligation pour le gouvernement qui l’a jeté comme appât pour remplir les urnes ! Le même raisonnement peut valoir pour l’éducation gratuite en 1976 ou le bus gratuit 20 ans après.

La tentation de surenchère est forte en politique afin de récolter des sympathies. Jouer sur la fibre précaire et la situation vulnérable des personnes âgées prend le caractère d’une opportunité offerte aux stratèges politiques de mieux réussir leurs campagnes électorales. Résultat de ce jeu : le ballottage des acquis des vieux au gré des humeurs de la classe politique, en leur faisant comprendre qu’elles doivent leur salut et leur confort à la générosité d’un gouvernement ou d’une seule personne. Il y a donc une nécessité de protection.

La Constitution

Le pays n’a pas encore ratifié le protocole de la Charte africaine sur les droits des personnes âgées. Et dans la Constitution de Maurice, il n’y a aucune mention du droit de la personne âgée, tout comme celui des handicapés. Ce qui expliquerait peut-être la pensée des gouvernants sur les droits que possèdent ces groupes vulnérables.

Par ailleurs, la sécurité ainsi que d’autres problèmes liés à la santé ou l’isolement affectent les personnes âgées. Puis, il y a la maltraitance, pas seulement physique mais aussi morale, lorsqu’on exploite leur état, leur précarité qui les oblige à dire merci pour ces roupies qu’on leur donne, tout comme à se mettre debout et sourire aux «personnalités» devant les caméras pour un demi-plat de briyani offert.

Il est peut-être temps que notre Constitution reconnaisse les droits des personnes âgées, tout comme ceux des handicapés et autres groupes vulnérables. Ils ne seront plus ballottés par les agendas des gouvernants et n’entendront plus parler des difficultés du fonds de pension, du ciblage et des sacrifices à faire.

Et surtout afin que leur destin ne reste pas suspendu au bon vouloir et caprices… des demi-dieux !

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