Défaut de «formation»

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Karis Teetan, Nooresh Juglall et maintenant Jeanot Bardottier. Ils sont désormais trois Mauriciens à évoluer sur de prestigieux champs de courses du monde. Si les deux premiers ont bâti leur carrière sur du solide après un apprentissage digne en Afrique du Sud où ils ont été guidés et encadrés par de véritables professionnels – d’où la suite de leur parcours en Asie –, Bardottier, lui, est passé par l’école du Champ de Mars. Où la «formation» est sevrée de mesures d’accompagnement. Cette école-là a beau former des cavaliers talentueux – à l’image des Joorawon et autres Emamdee –, mais elle a aussi montré ses limites. A des exceptions près, de Satrajeet Jhingree en 1988 à Jeanot Bardottier en passant par tant d’autres, les cavaliers locaux ont souvent fait la une de l’actualité, mais pour de mauvaises raisons. Et nombreux sont ceux qui ont vu leur carrière – pourtant prometteuse à l’état embryonnaire – vouée à l’échec.

«Ce que réalisent Teetan et Juglall à Hong Kong et à Singapour respectivement montre qu’il y a forcément des jeunes à Maurice qui peuvent aspirer à briller sur le plan international.»

L’absence d’une académie de jockeys en est la principale cause. S’il incombait au Mauritius Turf Club de mettre en oeuvre un tel projet au Champ de Mars, il faut aussi se demander si l’absence d’une politique en matière des courses des autorités du pays n’a pas également contribué à ce que le MTC soit privé des ressources financières, qui lui auraient permis d’exploiter davantage la filière hippique.

Ce que réalisent Teetan et Juglall à Hong Kong et à Singapour respectivement montre qu’il y a forcément des jeunes à Maurice qui peuvent aspirer à briller sur le plan international, mais que seule une bonne formation peut le leur permettre. Ces deux stars «born in Mauritius» ne seraient pas ce qu’elles sont aujourd’hui si elles avaient poursuivi leur carrière au Champ de Mars. Où seuls les conseils des entraîneurs et des commissaires, ajoutés à des séances sporadiques de cheval mécanique, ne les auraient pas conduits à Happy Valley et à Kranji.

Pour réussir aux courses comme dans toutes les autres disciplines sportives, le talent seul ne suffit pas. Le succès repose aussi, et en grande partie, sur un mode de vie disciplinée. Une discipline à toute épreuve, sur laquelle aucun compromis n’est permis.

Vu que les courses mauriciennes évoluent encore dans un environnement où le jeu fait la loi – contrairement aux juridictions dans lesquelles Teetan et Juglall poursuivent leur carrière –, des pressions sont exercées sur les jockeys. Nombreux sont ceux, y compris des étrangers, qui finissent par craquer et sombrer. Pire, ce ne sont pas eux seuls qui subissent les conséquences directes de leurs actions, celles-ci rejaillissent malheureusement sur l’ensemble du monde hippique. D’où la perception populaire – mais archifausse – qu’il n’y a que des courses truquées au Champ de Mars. Même Teetan avait vu une de ses montes à Maurice être remise en question avant qu’il ne soit viré 24 heures plus tard ! Blue Lord, vous en souvenez-vous ?

Si le Champ de Mars est unique pour son histoire et la popularité inégalée de ses courses, reste que l’influence négative qui plane – en raison de l’importance surdimensionnée qu’ont prise les paris sur la survie même de l’industrie – fait que sans une académie de jockeys avec des mesures d’accompagnement adéquates, les chances de voir d’autres Teetan et Juglall émerger sont quasi-inexistantes.

Même Bardottier, qui s’est presque ruiné au Champ de Mars, a fini par comprendre qu’il était temps d’arrêter de tourner en rond. Loin des influences négatives qui ont freiné sa carrière à Maurice, il a su, en Allemagne, s’imposer des règles, ce qui l’a, entre autres, conduit à 54/55 kg (lui qui faisait parfois 59 kg à Maurice !). Tout cela a fini par faire de lui le premier Mauricien à monter à ParisLongchamp dans un Quinté+. Et dire qu’il était interdit chez les pros à Maurice il y a quelque temps, en raison d’un riding record dont lui-même ne peut être fier.

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