Universités privées et publicité: cadre légal à revoir

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Au moins deux articles, parus dans la presse la semaine dernière, attirent notre attention sur l’existence de problèmes impliquant des universités, écoles et autres institutions privées opérant dans le secteur de l’enseignement post secondaire et supérieur à Maurice. Un premier article a trait à la reconnaissance par l’Ordre des ingénieurs du diplôme délivré localement par une institution, et un autre qui parle du cas d’un étudiant qui allègue qu’un prestataire non qualifié lui aurait dispensé un cours payant. Ces deux cas traduisent la nécessité de revoir le cadre juridique entourant la prestation de l’enseignement post secondaire et supérieur par des institutions privées.

L’obligation d’information

Plusieurs points mériteraient d’être revus pour l’ensemble du secteur. Toutefois, nous ne traiterons ici que de la seule obligation d’information, cette nécessité de communiquer à l’étudiant toutes les données utiles afin qu’il puisse décider en pleine connaissance de cause de son choix de la discipline à étudier et aussi de l’institution qu’il fréquenterait. Nous ajouterons dans cette obligation d’information, entraînant communication et transparence, une exigence de comportement correct de la part de ces institutions afin qu’aucune pression ne soit faite, que ce soit de manière explicite ou implicite, en vue d’influencer le choix de l’étudiant.

Nous attirons dans ce présent article l’attention sur seulement un aspect de la question : la publicité faite afin d’attirer l’étudiant, et même ses parents, pour leur faire déposer leur argent dans ce qui est devenu un business, apparemment très lucratif pour les institutions qui, bien installées, maîtrisent parfaitement les outils de marketing.

Activité commerciale

De l’espace publicitaire qu’occupent les offres de formation et d’enseignement, on décèle une sophistication des moyens utilisés : rien à voir avec la simple réclame de corned beef ou de lait en poudre. À feuilleter les journaux, l’on se rend compte de l’existence d’un phénomène grandissant, troublant pour une société : l’éducation, surtout supérieure, dispensée par des universités et institutions privées a dépassé le cadre d’une simple vocation, elle est devenue une activité marchande. Sous couvert des nobles ambitions d’éduquer et d’instruire, elle brasse des millions tranquillement. Étudiants et parents sont dans des positions fragiles, comparés à des institutions bien rodées dans le domaine du marketing.

Mettons de côté les photos types de l’étudiant ou de l’étudiante qui apparaît dans les réclames proposées. Regardons ces astuces pour appâter. Ici, on parle du lien avec une université internationale de renom, l’enseigne porte le nom d’une université anglaise, puis, en petites lettres, la mention branche locale d’un pays autre que l’Angleterre. Ailleurs, dans le journal, on lit une citation de l’avocat politicien, qui sert de message, avec photo à l’appui, pour que dans l’esprit de l’étudiant, se fasse un déclic : grâce à l’institution, l’étudiant pourra un jour faire partie de l’élite politique, ou devenir avocat populaire, pouvant avoir beaucoup de clients.

Protection légale nécessaire

Il y a nécessité de protection. Il y a nécessité à ce que le cadre juridique puisse voir de près toutes ces campagnes de publicité qui se mettent en place pour appâter, avec des messages qui contiennent, bien souvent, des subtilités connues seulement de ceux qui maîtrisent le secteur de l’éducation supérieure dans les différents systèmes, français, anglais ou autre.

La loi doit prévoir que les informations fournies aux étudiants et à leurs parents soient complètes. Il y a nécessité pour que la réglementation en matière de publicité soit adaptée et appliquée. Car, sous le couvert de l’offre de formation universitaire et de l’épanouissement de l’individu, il y a avant tout la vente d’un service, une opération marchande, avec des offres faites pour attirer les étudiants et surtout leurs parents à investir financièrement dans un projet.

Et les corps régulateurs, la TEC et le ministère de l’Éducation doivent aussi s’y mettre : il n’est pas donné à tous de comprendre ces différents systèmes. Ils doivent donc jouer un rôle proactif, et qu’ils n’attendent pas que l’affaire éclate dans la presse ou autres médias pour qu’ils réagissent. Déjà en regardant les grands panneaux publicitaires, enseignes et autres pages entières des tabloïds, ils doivent être en mesure de déceler les pièges tendus aux étudiants et à leurs parents.

Vocation

À l’heure où l’on parle d’Education Hub, il serait utile d’examiner les opérations de séduction que mènent des institutions qui recrutent et de prévoir un cadre régulateur, avec des normes sur le contenu des messages. On doit faire en sorte que l’éducation puisse conserver son fondement d’épanouissement de l’être humain, et qu’elle ne soit pas que vocation… marchande !

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