Une affaire de langues

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L’être humain parle. En règle générale, l’homme et la femme s’expriment. Que ce soit par signes ou par des sons structurés, qu’on appelle aussi le langage. Ces sons et ces signes sont codifiés et prennent la forme d’une langue. C’est, dans un format ultrasimplifié, une explication comme une autre pour dire que l’humain à la capacité de se servir du langage, donc des langues, pour comprendre et se faire comprendre.

La langue n’est pas un outil figé dans le marbre. C’est un processus dynamique et évolutif. Tout le long de notre Histoire, les langues ont pris naissance, se sont épanouies et transformées, ont voyagé et ont fini, aussi, par disparaître. Mais la transmission de la connaissance et de l’héritage linguistique s’est néanmoins faite, de génération à génération. Et la traduction a été l’un des vecteurs de ce partage.

Beaucoup d’entre nous ont dû lire les livres sacrés des diverses religions du monde. Ou des œuvres intemporelles de la littérature et de la culture mondiale, comme l’Odyssée, le Ramayana, les sagas nordiques, les manuscrits de la Mer Morte ou, encore, des chefsd’oeuvres littéraires, passés et contemporains, écrits dans différentes langues. Ou, même, de simples écrits communs et vulgaires, sans réelle importance que celle historique. Comment l’avons-nous fait ?

Les Mauriciens, dans leur grande majorité, parlent et écrivent plusieurs langues. Mais sont-ils aussi nombreux à comprendre le latin, le grec ancien, le tamoul, le sanskrit, les hiéroglyphes égyptiens ou autres, ou, plus simplement, l’allemand, l’espagnol, le mandarin, l’arabe, le swahili, ou les milliers d’autres langues qui existent actuellement de par le monde ? Non, évidemment. Encore une fois, la solution à ces dilemmes vient de la traduction. La traduction, qu’elle soit écrite ou orale, sert à reproduire un matériel de la langue source vers la langue comprise par le lecteur ou le locuteur. La traduction, cependant, pour autant fidèle qu’elle puisse l’être, n’est jamais une reproduction totale du matériau d’origine. Mais, si bien faite, elle permet de rendre justice à l’œuvre originelle.

Traduire des œuvres d’une langue source vers une langue cible n’affaiblit en aucun cas cette dernière. Bien au contraire, la traduction permet d’enrichir la langue choisie. Savons-nous, par exemple, le nombre incroyable de mots anglais qui sont venus enrichir la langue française ? Et la même chose pour le chemin inverse ? À Maurice, trois des langues les plus usitées sont le kreol, le français et l’anglais. Il est impossible de croire, à titre d’exemple, que le français ou l’anglais seront créolisés si des œuvres littéraires créoles sont traduites dans ces deux langues. Au contraire, cela permettra sûrement à des mots de notre langue maternelle de s’intégrer dans ces langues étrangères, leur procurant une saveur exotique, voire exquise. Le tout sur fond de développement langagier.

Il n’y a pas de langues nobles, et, a fortiori, de langues bâtardes. Ces concepts sont d’une autre époque. Révolu est le combat de l’exception langagière. Bien sûr, le nationalisme aidant, chaque population linguistique essaie de défendre «sa» langue. Ce n’est pas une mauvaise chose en soit. Mais nous devons aussi tenir compte du fait que l’humain est citoyen du monde. Et en tant que tel, il doit se montrer ouvert et réceptif envers d’autres systèmes langagiers que le sien. Ou que ceux qu’il croit être «supérieurs» à d’autres.

Le kreol morisien est une belle langue. Li pa enn langaz ki pli bon ou mwin bon ki bann lézot. Li enn langaz striktiré, ki ena so bann kod, so lortograf ek so gramer. Li enn lang ki pé kontinié evolié ek li bien ris. Fodré pa ki nou per pou koz ou pou ékrir kreol, ki langaz maternel laplipar Morisien. Kreol finn rant dan lékol, dan kolez ek dan liniversite. Nou bizin travay ansam pou ki li rant dan Parlman aster. Et la meilleure façon d’y arriver serait de faire connaître sa littérature à d’autres populations linguistiques.

Avec un esprit ouvert...

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